Paris prend des mesures pour la fin des spectacles d'animaux sauvages dans les cirques et en appelle à l'Etat

Les cirques accueillant des animaux sauvages pourraient ne plus pouvoir venir à Paris dès janvier 2020. [© PIERRE VERDY / AFP]

Tigres, lions, éléphants... La capitale veut mettre fin à la présence d'animaux sauvages dans les cirques, nous révèle ce jeudi 31 octobre l'adjointe chargée du sujet. L'équipe d'Anne Hidalgo a prévu de communiquer cette décision vendredi 15 novembre, lors du conseil de Paris.

La fuite (et l'abattage) d'un tigre du cirque Bormann Moreno en novembre 2017 dans le 15e arrondissement de Paris avait fait couler beaucoup d'encre et marqué les esprits. En réaction, les élus parisiens avaient voté l'interdiction des animaux sauvages dans les cirques, sans pour autant que cette mesure n'entre vraiment en vigueur.

«La législation actuelle ne le permet pas. Tous les arrêtés en ce sens pris par des villes ont été systématiquement annulés par la justice», explique Pénélope Komitès, adjointe à la maire de Paris chargée de la nature et de la biodiversité. Car c'est l'Etat qui a le pouvoir de modifier l'arrêté ministériel du 18 mars 2011, autorisant «des animaux d'espèces non-domestiques dans les établissements de spectacles itinérants».

Un arrêt de ces spectacles d'ici à 2022 ?

Dans un contexte de poussée des écologistes et à l'approche des élections municipales, la mairie de Paris s'est mise autour d'une table pour discuter avec les circassiens – ainsi que des représentants des autres groupes politiques et des acteurs extérieurs –, à l'occasion de plusieurs réunions en 2018 et 2019. «L'idée n'était pas de mettre les professionnels sur la paille» mais de leur permettre «de vivre correctement», assure Pénélope Komitès.

Il en est ressorti des propositions de la mairie, dans le cadre d'une convention à signer. En échange de l'arrêt de ce type de spectacles dans les trois ans (d'ici à 2022), la municipalité s'engage à soutenir financièrement des mesures de reconversion et l'achat de nouveaux matériels, à hauteur «d'environ 40.000 euros par structure et par an». Les animaux, eux, seront placés à la retraite, dans des refuges dédiés ou des zoos.

Et pour les récalcitrants, la ville brandit la menace, dès janvier 2020, de ne plus accorder d'autorisations d'occupation temporaire du domaine public. En bref, de ne plus les laisser venir à Paris.

Pour l'instant, une seule des trois grandes institutions parisiennes concernées a accepté la convention proposée par la mairie : le cirque Pinder. L'accord devrait être signé «en début d'année prochaine».

Un cirque sur trois a donné son accord

Les cirques d'Hiver Bouglione (qui est propriétaire de ses locaux) et Arlette Gruss, eux, ont refusé. Si chez les premiers, on préfère «ne pas s'exprimer alors que des discussions sont en cours avec le ministère de la Culture», du côté du cirque Gruss, on assume sa position.

Car selon son porte-parole, Rémy Becuwe, le public tient  à ce type de spectacles : «on a lancé un questionnaire sur Internet concernant les numéros préférés. Sur les 3.000 réponses, ce sont les fauves qui arrivent en tête». Et le représentant du cirque Gruss d'ajouter : «légalement, ils n'est pas possible de justifier aujourd'hui une telle interdiction. Mais l’Etat va bientôt parler. Si ça devient interdit, on se pliera à la loi, il n’y a pas de problème. En attendant, on est autorisé à le faire, donc le fait».

«Une question nationale de bien-être animal»

C'est pour cette raison que Pénélope Komitès «attend une prise de position du gouvernement» la plus rapide possible. «J’espère que l’impact financier potentiel ne portera pas uniquement sur les collectivités territoriales, chacun doit prendre ses responsabilités. C’est une question nationale de bien-être animal», plaide l'adjointe.

A noter que le cirque Bormann Moreno se dit «pas concerné» par le sujet : «nous n'avons plus d'animaux sauvages depuis deux ans, et nous n'en auront plus».

Le député président de la commission sur le bien-être animal, Loïc Dombreval, a pour sa part interpellé les candidats aux municipales sur le sujet, via un message publié sur Twitter. 

De son côté, le ministère de la Transition écologique a réagi en déclarant «avoir lancé au printemps des groupe de travail surle bien-être animal de la faune sauvage captive. La question de la place des animaux sauvages dans les cirques y est abordée et fait l'objet de travaux en cours de la part du Gouvernement. La ministre Elisabeth Borne fait du bien-être animal un dossier prioritaire et annoncera des décisions dans les prochaines semaines. Elle a reçu ces dernières semaines les associations de protection animale ainsi que les professionnels des cirques pour y travailler». 

Actuellement, plusieurs centaine de communes en France, de tailles variables, ont pris des mesures (souvent des délibérations de conseils municipaux) pour empêcher l'accueil de cirques comportant des animaux sauvages.

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