Régis Lambert, de l’Union nationale des géomètres-experts : «Les quotas ne peuvent être la seule solution»

2.000 postes de géomètres sont actuellement à pourvoir.[GERARD MALIE / AFP]

Le gouvernement a annoncé vouloir instaurer prochainement des quotas d’immigration professionnelle, afin de pallier au manque de main d’œuvre dans certains métiers. Régis Lambert, président de l’Union nationale des géomètres-experts, dont le secteur est considéré comme «en tension», explique la portée et les conséquences attendues de cette mesure.

Le métier de géomètre est l’un des premiers sur la liste des emplois «en tension», où la main d’œuvre manque. Comment est-ce que cela se matérialise concrètement ?

Nous avons 2.000 postes à pourvoir dans la profession de géomètre, sur environ 12.000 salariés. En faisant le ratio, le manque est assez flagrant. Nous n’en sommes pas encore au point d’avoir des chantiers bloqués, mais pour l’éviter, des collaborateurs doivent faire des heures supplémentaires semaines après semaines. On essaie de se débrouiller en cherchant dans d’autres viviers les techniciens dont on a besoin, comme des filières d’architectes, de bureaux d’études, qu’on va ensuite former en interne.

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[Regis Lambert, président de l'UNGE/ @UNGE]

Pourquoi est-ce aussi difficile de recruter ?

Il y a deux raisons principales. Nos métiers ont énormément changé ces dernières années, avec l’apparition des nouvelles technologies. Le profil des candidats que l’on recherche est différent donc de ce qu’il pouvait être il y a dix ou quinze ans. La filière de formation n’a pas forcément suivi et la profession n’est pas encore perçue comme nécessitant un niveau technologique aussi important. On reçoit parfois des candidats qui ne répondent pas du tout à ce que l’on recherche. L’autre aspect est plus global et est partagé avec d’autres métiers techniques : il y a une désaffection pour ce genre de métiers. Les jeunes se sont orientés vers d’autres secteurs. Il y a des écoles d’ingénieurs et des universités techniques qui n’arrivent pas à remplir leurs classes. Il faut profiter de cette mise en lumière sur nos difficultés à recruter pour dire aux jeunes et aux parents qu’il n’y a, chez nous, aucun problème d’embauche à la sortie. Ils sont sûrs de trouver du travail.

Il faut rendre les formations plus lisibles

Le besoin de travailleurs étrangers est donc une nécessité ?

En aucun cas cela peut être la seule solution, ni la principale. La ministre du Travail (Murielle Pénicaud) a été très claire à ce sujet, il s’agit de court terme, c’est ponctuel, pour répondre à un besoin qui est criant. La vraie bonne solution, qui sera pérenne, c’est de rendre plus attractifs ces métiers, d’autant qu’il n’y existe pas de chômage. Mais il faut aussi rendre les filières de formation plus lisibles, permettre les réorientations professionnelles vers nos métiers, et s’assurer que les demandeurs d’emploi puissent y avoir accès. Ce sont des choses qui sont en cours, mais cela va prendre de nombreuses années pour porter ses fruit.

La raréfaction des profils fait que l’on accueille favorablement la proposition du gouvernement, surtout si les démarches sont simplifiées pour les entrepreneurs qui voudraient embaucher des étrangers. On reçoit déjà des candidatures de ce type qui pourraient nous intéresser, mais les dirigeants de TPE doivent alors faire de l’administratif en parallèle. C’est plus compliqué de faire venir quelqu’un de plusieurs milliers de kilomètres, sans savoir s’il va vous convenir et passer la période d’essai, que s’il s’agissait d’une personne de votre secteur géographique. L’ouverture des quotas ne va surement pas créer un appel d’air, mais cela peut résoudre certaines situations compliquées. Et vu l’urgence, il ne faut négliger aucune piste

La majorité de l'immigration viendra du Maghreb

Comment être sûr que des travailleurs immigrés seront suffisamment qualifiés ?

Clairement, la langue sera un élément déterminant pour l’embauche d’étrangers. Même si on ne partage pas la même culture, si on parle le même langage c’est déjà plus simple. Tout le monde ne maîtrise pas l’anglais parmi les dirigeants de nos entreprises et s’il faut échanger comme cela avec son salarié, ça risque d’être compliqué. La vraie difficulté sera aussi d’être capable d’évaluer le niveau des diplômes. Quand vous embauchez quelqu’un en France, vous voyez sur son CV quelle école il a fait et vous savez ce qu’elle vaut. Mais, par exemple, si vous voyez un diplôme de géomètre de l’université de Tunis, vous ne savez pas si c’est plutôt un bon niveau, et quelle est son équivalence. Cela peut en revanche devenir intéressant si on accueille plusieurs profils, qui nous permettront de comparer la valeur des différents diplômes et de voir quels travailleurs sont vraiment opérationnels.

Existe-t-il déjà des pays où les candidats aux métiers de géomètres se manifestent ?

On reçoit régulièrement des CV de pays étrangers francophones, comme ceux du Maghreb par exemple. Il y a une proximité avec cette région, d’une part par la langue, mais aussi par certains cursus d’études. Le niveau de leurs ingénieurs est plutôt bon. En Europe de l’est, je ne sais pas s’ils sont beaucoup à vouloir encore venir travailler en France. Concernant l’Asie, il y a des collaborations qui existent avec de succursales, notamment en Inde, mais le problème de la langue est clairement un frein. Je ne sais pas comment les annonces (de quotas d’immigration professionnelle) se traduiront en chiffres, mais vous verrez que la majorité de l’immigration viendra du Maghreb, car ce sont des gens qui seront opérationnels le plus vite.

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