Tout savoir sur le Collectif contre l'islamophobie (CCIF), l'un des initiateurs controversés de la marche contre l'islamophobie à Paris

En janvier 2016, le CCIF avait été à l'origine d'une manifestation à Paris contre l'inscription de l'état d'urgence et de la déchéance de nationalité dans la Constitution. En janvier 2016, le CCIF avait été à l'origine d'une manifestation à Paris contre l'inscription de l'état d'urgence et de la déchéance de nationalité dans la Constitution.[Geoffroy Van der Hasselt / AFP ]

Une marche contre l'islamophobie est en cours à Paris, pour dénoncer les actes antimusulmans. Parmi ses initiateurs figure le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), dont la présence suscite les critiques car accusé de promouvoir l'islam politique.

Une association «apolitique et areligieuse» fondée en 2000

Le CCIF est une association de défense des droits humains, «dont la mission est de combattre l’islamophobie, définie comme l’ensemble des actes de discrimination ou de violence contre des individus ou des institutions en raison de leur appartenance réelle ou supposée à l’islam», selon son manifeste, accessible sur son site internet. Fondée en 2000, l'organisation se concentre sur la lutte contre l'islamophobie seulement depuis 2003.

Elle se définit comme «apolitique et areligieuse», aspirant à «une société plus juste et plus égalitaire», qui œuvre «au quotidien pour que la liberté, l’égalité et la fraternité soient aussi une réalité pour les millions de Français musulmans».

Réalisant chaque année depuis 2004 un rapport recensant les actes antimusulmans en France, «ce conseil est le seul organisme digne de ce nom en France auquel les musulmans peuvent avoir recours s’ils sont victimes d’un acte islamophobe», souligne à 20 Minutes Bernard Godard, chercheur spécialiste de l’islam associé au Centre d’études en sciences sociales du religieux (CéSor).

Accusé d'être proche des Frères musulmans

La controverse autour du CCIF vient du fait qu'il est accusé d'entretenir des liens avec les Frères musulmans, une organisation internationale de promotion de l'islam politique. Une proximité que l'association nie. «On a accusé (comme depuis plusieurs années) le CCIF d’être 'islamiste', de faire de 'l’islam politique', d’être proche des 'Frères musulmans', d’être 'communautariste', etc. Jusqu’à aujourd’hui, personne n’a sérieusement prouvé ces accusations», se défend le collectif dans un billet publié sur son site internet.

Dans un article publié en 2016, Libération allait dans le même sens, soulignant que le CCIF n'avait jamais eu de lien organique avec l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), la branche française des Frères musulmans. Cette suspicion entourant le collectif vient notamment des liens que l'association nourrit avec des organisations ou des personnalités sulfureuses, comme l'islamologue Tariq Ramadan ou l'ONG musulmane Baraka City, soupçonnnée de financement du terrorisme, enquête classée sans suite en mars dernier.

Il s'est fait connaître lors de la polémique sur le burkini

C'est en 2016 que l'association a connu un véritable coup de projecteur médiatique. Face aux arrêtés anti-burkini mis en place par plusieurs municipalités du sud-est de la France, l'association a apporté son soutien aux femmes de confession musulmane portant ce maillot de bain islamique intégral.

Avec la Ligue des droits de l'homme (LDH), le CCIF avait saisi le Conseil d'Etat pour faire annuler l’arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), première ville à avoir pris une telle initiative à la fin du mois de juillet 2016. Ce qu'elle avait obtenu, la plus haute juridiction administrative jugeant que «l'arrêté litigieux a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle».

A l'époque, le Front national (devenu Rassemblement national), par la voix du sénateur-maire FN de Fréjus David Rachline, avait appelé à la dissolution du collectif qui, «grâce» à cette affaire, avait vu les demandes d'adhésion et les dons affluer.

Une organisation reconnue par l'ONU

En 2011, le CCIF a connu la consécration internationale, en obtenant le «statut spécial consultatif» au sein du Conseil Economique et Social (Ecosoc) de l'ONU. Celui-ci est «octroyé aux ONG internationalement reconnues pour leur compétence particulière dans certains domaines d’activité de l’Ecosoc», précisent les Nations Unies, ces organisations ayant du coup la possibilité de «soumettre des communications écrites et des pétitions» au Conseil.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) reconnaît également le CCIF, en l'invitant régulièrement à des conférences et en reprenant ses statistiques sur les crimes de haine chaque année. Idem pour la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) en France, qui l'auditionne régulièrement et juge son travail «utile» selon un article de Libération.

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