Salaires décriés, surcharges de travail... le malaise perdure à l’hôpital

Une crise qui s’éternise. Les urgentistes et personnels soignants de tout le pays vont à nouveau battre le pavé, ce jeudi 14 novembre à Paris, «pour défendre l’hôpital public».

Huit mois après le début de la grève des urgences, qui touche désormais plus de 260 services, médecins, internes ou étudiants de santé, réclament toujours à l’Etat un grand plan pour sauver un service public qu’ils jugent à l’agonie.

Lors de cette manifestation prévue pour être d’une ampleur inédite depuis une dizaine d’années, ils pourraient même être rejoints par les ambulanciers et les pompiers.

Une situation suivie de près par le gouvernement qui, malgré l’annonce depuis cet été de deux plans en faveur des urgences, n’est jusqu’ici pas parvenu à éteindre, ni même contenir, l’incendie.

Un dialogue de sourds

Illustration d’une situation totalement bloquée, les revendications n’ont pas évolué au fil des semaines. Parmi elles : des demandes d’ouvertures de lits massives pour accueillir des patients toujours plus nombreux, ainsi que des recrutements de personnels suffisants pour y faire face.

Selon une récente étude du ministère de la Santé, sur 3.000 établissements de soins recensés, pas moins de 17.500 lits d’hospitalisation ont en effet été fermés en six ans.

Des fermetures qui ne sont pas seulement guidées par des économies mais qui sont aussi liées au manque de personnels. Dans les 39 établissements franciliens de l’AP-­HP, plus de 900 lits sur 20 000 sont ainsi fermés parce que plus de 500 postes d’infirmiers sont vacants faute de candidats.

Dans ce contexte, les blouses blanches réclament une augmentation immédiate de 300 euros net mensuels de tous les salaires, seule à même, selon eux, d’attirer des personnels et de maintenir ceux tentés de jeter l’éponge pour rejoindre un secteur privé plus généreux.

Après l’octroi d’une prime de 100 euros nets en juin, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé, en septembre, un plan de 750 millions sur trois ans pour les urgences. Mais celui-ci, ne comprenant ni ouvertures de lits, ni revalorisations salariales, n’a en rien calmé la colère des soignants qui veulent des mesures immédiates.

«Ce système s’écroule», préviennent encore, ce mercredi, 70 directeurs de l’AP-HP dans une tribune au Monde.

Une marge de manœuvre réduite

Après avoir tenté de répondre au ras-le-bol par des réformes de long terme, visant à réorganiser non seulement les urgences mais également l’ensemble du système de santé, l’Etat semble désormais prêt à des concessions plus importantes, mais ses marges de manœuvre sont très réduites.

Mardi, lors de l’examen du projet de budget 2020 de la Sécurité sociale au Sénat, Agnès Buzyn a ainsi annoncé que des «discussions étaient en cours» sur la hausse du niveau de dépenses de l’hôpital public, fixée aujourd’hui à 2,1 %.

La ministre de la Santé doit par ailleurs annoncer prochainement un nouveau plan censé inclure des mesures concrètes pour recruter dans les postes vacants.

Alors que la dette des hôpitaux culmine à 30 milliards d’euros, pas question pour autant d’augmenter de 300 euros les salaires, car cela coûterait plus de 3 milliards d’euros par an.

Répondre favorablement à cette demande pourrait en outre produire un effet d’entraînement chez d’autres corporations, comme les professeurs.

Un exercice d’équilibriste dans un pays prêt à s’embraser à tout moment. 

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