Faut-il acheter des actions de la Française des jeux ?

«Je souhaite que ce soit une opération populaire.» C'est par ces mots que le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a présenté la prochaine privatisation de la Française des jeux (FDJ). Avant son entrée en Bourse, les Français sont incités par le gouvernement à acheter des actions de l'entreprise, une possibilité ouverte à partir de ce jeudi 7 novembre. Mais est-ce vraiment intéressant ?

Selon les spécialistes du secteur, la FDJ offre un placement relativement peu risqué, grâce à ses nombreux atouts. «C'est une entreprise assez déconnectée des cycles économiques : on joue au loto et aux jeux à gratter tout le temps, même en période de crise», note l'économiste Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne. «Deuxièmement, elle pratique une activité qui n'a pas besoin d'infrastructures ou d'investissements lourds, contrairement par exemple à EDF, donc il n'y a pas le risque industriel. Et puis elle bénéficie d'un marché captif, grâce à son monopole sur les loteries», poursuit-il.

La bonne santé financière de la société joue également pour elle. Sur les neuf premiers mois de 2019, la deuxième loterie européenne et quatrième mondiale a vu les mises enregistrées gonfler de 8 % par rapport à la même période l'an dernier, pour s'élever à 12,54 milliards d'euros, et son chiffre d'affaires croître de 7 % sur un an, pour s'établir à 1,42 milliard d'euros fin septembre.

Autre donnée économique qui peut attirer les particuliers, le taux de redistribution des dividendes : 80 % du résultat net de l'entreprise est reversé aux actionnaires sous cette forme. Mais, la FDJ redonnant une grande partie des mises aux joueurs et payant beaucoup d'impôts, le résultat net de l'entreprise n'atteint pas des sommets, et donc les dividendes non plus. L'an dernier, ces derniers s'étaient élevés à 122 millions d'euros, et devraient être identiques cette année, ce qui est «relativement moyen» selon Philippe Crevel. Le magazine spécialisé Le Revenu a ainsi calculé qu' «investir 1.000 euros en titres FDJ permet d'espérer raisonnablement 1.222 euros au bout de cinq ans», en prenant pour hypothèse que le cours de l'action reste stable et un rendement du dividende de 4 %.

Un «placement de bon père de famille»

Il ne faut donc pas espérer devenir riche en acquérant des actions de la FDJ. Car là n'est pas sa nature. «La société fait des bénéfices de manière constante, qui ne sont pas énormes, mais elle a l'avantage de la stabilité et de la récurrence. C'est un placement de bon père de famille, de moyen ou de long terme», explique Philippe Crevel.

Malgré tout, il est important de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, rappelle l'économiste. «Il ne faut pas placer toute sa fortune dans la FDJ, comme dans aucune autre action. Il est évident qu'on ne doit pas dépendre d'une seule action, mais qu'il faut diversifier ses placements.» En effet, la Bourse est par nature un environnement incertain. Ainsi, même si l'action FDJ paraît sans risque, impossible de prédire si son cours va monter, rester stable ou descendre. Et puis l'entreprise de loterie n'est pas à l'abri d'un imprévu, comme «une ouverture du secteur à la concurrence ou un changement de règles», prévient Philippe Crevel, ce dernier pouvant être par exemple dans le cas de la FDJ un durcissement des taxes sur les jeux d'argent.

Pour les particuliers qui seraient partants pour investir dans la FDJ, une autre question se pose : faut-il acheter des actions tout de suite, lors de la souscription populaire courant entre le 7 et le 19 novembre, ou attendre un peu ? Parmi les spécialistes, les avis divergent. «L'investisseur prudent aura peut-être intérêt à laisser passer l’introduction et les premières semaines de cotations pour voir comment la FDJ était accueillie par les marchés», estime Nicolas Chéron, responsable de la recherche marchés pour le courtier en ligne Binck.fr, dans une analyse dédiée à la FDJ. Alors que pour Philippe Crevel, «autant acheter des actions dès l'émission des titres».

Une décote et une action gratuite pour dix achetées

L'Etat pousse en tout cas les investisseurs particuliers à ne pas attendre, en octroyant des avantages à ceux qui achèteraient des actions dès la période de souscription populaire. Ils auront droit à une action gratuite pour dix achetées et conservées pendant 18 mois, et une décote de 2 % sur le prix de l'action par rapport à celui payé par les investisseurs institutionnels. «Toujours ça de pris» selon Philippe Crevel.

Mais l'ampleur de ce bon plan dépendra «du prix final attribué à l'action», explique au Parisien Edouard Rousseau, analyste au sein de la société de gestion Montsegur Finance. De nombreux spécialistes gardent en effet en mémoire le précédent EDF, dont l'action a été introduite en Bourse à 32 euros en novembre 2005, son cours étant tombé depuis à 9 euros. Si le prix de l'action FDJ sera fixé à l'issue de la souscription populaire, en fonction de l'offre et la demande, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a d'ores et déjà annoncé au Parisien que celui-ci serait compris entre 16,50 euros et 19,90 euros..

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