Tout comprendre à la controverse sur l'évolution du terme «antisémitisme»

Certains croyants juifs réfutent le lien entre antisémitisme et antisionisme Certains croyants juifs réfutent le lien entre antisémitisme et antisionisme. [AHMAD GHARABLI / AFP]

Antisionisme et antisémitisme, bonnet blanc et blanc bonnet ? C'est tout le débat alors que Sylvain Maillard, député La République En Marche, a déposé une proposition de résolution afin de sévir contre les «nouvelles formes» d'antisémitisme. Un texte débattu à l'Assemblée nationale ce 3 décembre.

Une proposition polémique

Face à la montée des actes antisémites au début de l'année 2019, l'idée d'un texte assimilant antisionisme et antisémitisme fait son chemin en France. A l'origine de cela, une définition de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste qui reprend ces termes. En février 2019, Emmanuel Macron soutient le principe, assurant que «l'antisionisme est l'une des formes modernes de l'antisémitisme». Il insiste cependant sur le fait que l'antisionisme ne doit pas être pénalisé. Le texte présenté le 3 décembre reprend bien cette ligne, puisqu'il n'y a aucune sanction en tant que telle qui est énoncée. Le tout peut donc paraître avant tout symbolique, mais comme le rappellent les opposants, les symboles ne sont pas anodins.

Une tribune qui pose le débat 

À l'occasion de l'examen de la proposition à l'Assemblée nationale, un collectif de 127 intellectuels juifs a signé une tribune dans Le Monde pour s'opposer formellement à ce texte. Pour eux, l'assimilation de l'antisémitisme à l'antisionisme est «très problématique». La proposition affirme ainsi que «critiquer l'existence même d'Israël en ce qu'elle constitue une collectivité composée de citoyens juifs revient à exprimer une haine à l'égard de la communauté juive dans son ensemble» .

Or, comme le rappellent les signataires de la tribune, «environ 20% de la population d'Israël sont des citoyens palestiniens, dont la plupart sont musulmans ou chrétiens». De plus, ils assurent que «pour les nombreux juifs se considérant antisionistes, cet amalgame est profondément injurieux». Le débat n'est d'ailleurs pas uniquement français, certains leaders du parti travailliste anglais sont régulièrement accusés d'antisémitisme pour leurs positions contre la politique du gouvernement israélien. 

Quel curseur entre antisémitisme et antisionisme ?

Le point de vue de Sylvain Maillard, partagé par une partie de la majorité et des intellectuels, est que sous couvert de critique de la politique israélienne nationaliste (qui est considérée comme une politique «sioniste»), les idées antisémites se véhiculent insidieusement. L'exemple d'Alain Finkielkraut insulté de «sale sioniste de merde» en février dernier est d'ailleurs mis en avant par les défenseurs de la résolution.

Seulement, pour d'autres, comme les signataires de la tribune, déclarer formellement que critiquer la politique israélienne est de l'antisémitisme représente une encoche importante à la liberté d'expression. Une vision partagée par une frange du paysage politique, de députés LREM à Europe Ecologie Les Verts. Ces derniers ont d'ailleurs publié un communiqué le 3 décembre assurant défendre «au nom de la démocratie, la liberté de pouvoir critiquer tout Etat, dont l'Etat d'Israël, lorsque celui-ci commet des violations des droits de l'Homme et du droit international». 

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