Réforme des retraites : pourquoi les avocats font-ils grève ?

Les robes noires dans la rue. Déterminés à défendre leur régime autonome, les représentants des avocats ont appelé à durcir la grève dans les tribunaux à partir de ce lundi 6 janvier.

Contrairement aux autres professions libérales, les avocats ont en effet leur propre régime de retraite. Un régime de base d'abord auquel s'ajoute un régime complémentaire réservé à leur profession. Mais dans le cadre de la réforme voulue par Emmanuel Macron, ce régime spécial, comme la quarantaine d'autres qui existent aujourd'hui en France, est amené à disparaître.

Tous devraient en effet fusionner dès 2025 afin de laisser place à un «régime universel» par points où, selon l'argumentaire du gouvernement, «1 euro cotisé donne les mêmes droits quel que soit le moment où il a été versé et quel que soit le statut de celui qui a cotisé.» Une thèse à laquelle n'adhèrent pas du tout les avocats pour qui ce nouveau système universel constitue, selon eux, une véritable menace pour leur profession.

«Notre position, c'est ‘Non’ au régime universel. Notre régime autonome a fait ses preuves depuis plus de 50 ans», affirme Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux (CNB), qui représente les 70.000 avocats français. De son côté, Estellia Araez, présidente du Syndicat des avocats de France (SAF), vante un système qui est «vertueux car excédentaire, égalitaire et solidaire».

la profession craint une hausse des cotisations

D'une façon générale, les professionnels estiment que si la réforme passe en l'état, les cotisations que les avocats doivent verser à leur caisse de retraite allaient doubler «pour au moins un professionnel sur deux.», a expliqué Christiane Feral-Schu.

A la retraite, les avocats perçoivent actuellement au minimum 1.416 euros par mois, met en avant Estellia Araez. Après la réforme, ce montant tomberait à 1.000 euros, alors que les cotisations doubleraient, passant de 14 à 28% pour ceux qui gagnent moins de 40.000 euros par an. «Cela va se répercuter sur nos honoraires», prévient la syndicaliste.

En septembre, des milliers d'avocats (20.000 selon le CNB) ont manifesté à Paris contre la réforme. Le 5 décembre, une journée «justice morte» a été organisée. A Lyon, les avocats sont appelés à participer à une assemblée générale puis à un rassemblement. Onze audiences vont être perturbées par le mouvement, selon le parquet qui s'attend à ce que l'appel soit «énormément suivi».

A Bobigny, «une journée totale de grèves» est prévue ce lundi 6 janvier, avec «demande de renvoi dans tous les dossiers, et une assemblée générale pour déterminer une éventuelle poursuite de ce mouvement sur toute la semaine, voire la semaine d'après», explique le bâtonnier Frédéric Gabet. «Ce qu'on souhaite expliquer, c'est que tous les avocats ne sont pas des nantis, loin de là».

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