Réforme des retraites : un compromis, et maintenant ?

Subissant la grève depuis plus d’un mois, les usagers des transports ont peu d’espoir de voir la situation s’améliorer rapidement. [Photo d'illustration / Konrad K. pour Sipa].

A quoi s’attendre désormais ? Telle est la question que se posent, à présent, les syndicats et le gouvernement après l’annonce faite, samedi 11 janvier, par Edouard Philippe.

Dans une lettre adressée à tous les partenaires sociaux, et alors que se tenait une nouvelle journée de mobilisation, le Premier ministre s’est en effet dit prêt à retirer «provisoirement» l’âge pivot du projet de réforme des retraites.

Mais si ce geste a été salué par la CFDT, pour qui l’âge pivot constituait une «ligne rouge», il est loin de faire l’unanimité dans l’ensemble des organisations syndicales. En conséquence, il est difficile de savoir si cela va mettre fin à la paralysie, et encore moins, quand.

Une proposition en sursis

Subissant la grève depuis plus d’un mois, les usagers des transports ont, alors que doit débuter une nouvelle semaine, peu d’espoir de voir leur situation s’améliorer.

L’intersyndicale, emmenée par la CGT et FO, a même annoncé, dès samedi, vouloir durcir le mouvement et a, pour cela, déjà annoncé trois nouvelles journées de mobilisation, mardi, mercredi et jeudi.

Si elle réclame toujours le retrait pur et simple du projet de réforme des retraites, elle souligne que dans la proposition faite par l’exécutif, l’âge pivot est toujours maintenu.

Seule la mesure d’économie à court terme a en effet été provisoirement retirée. Dans sa version originale, la réforme prévoyait ainsi que cet «âge d’équilibre», à atteindre pour avoir le droit de bénéficier d’une retraite à taux plein, soit mis en place dès 2022. Il aurait alors été de 62 ans et 4 mois, et aurait augmenté ensuite de quatre mois par an pour atteindre 64 ans en 2027.

C’est cette transition qu’Edouard Philippe a décidé de suspendre, le temps que les organisations syndicales et patronales lui fassent, avant la fin du mois d’avril, des propositions alternatives sur les moyens d’atteindre l’équilibre financier du système. Or, dans sa lettre, le chef du gouvernement prévient que «dans l’hypothèse» où un tel accord «ne pourrait intervenir», il se réserve la possibilité de réintroduire l’âge pivot dès 2022.

Une «part de risque» qu’est pourtant prêt à accepter, de son côté, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, moins virulent, qui dit vouloir à nouveau mettre sur la table «ses propositions et revendications», comme il l’a déclaré, hier, au Journal du dimanche (JDD).

Pour autant, trouver des solutions alternatives pour rééquilibrer financièrement le système des retraites va s’avérer compliqué, le Premier ministre ne voulant par exemple pas entendre parler d’une hausse des cotisations patronales et salariales. 

Le gouvernement joue l’apaisement

En attendant, le gouvernement veut tout faire pour éviter une radicalisation du mouvement et multiplie les déclarations d’apaisement. Ainsi, alors que le JDD affirmait qu’un recours à l’article 49-3 de la Constitution n’était pas exclu - une hypothèse «débattue au plus haut sommet de l’exécutif» - Muriel Pénicaud a, sur RTL, démenti cette idée, qualifiée de «saugrenue».

Reste que ce premier recul du gouvernement ne peut «qu’encourager la mobilisation», analyse de son côté le secrétaire général de Force ouvrière, Yves Veyrier. De quoi donner un peu plus de grain à moudre à la droite qui estime que ce premier compromis «n’est pas loin de l’abandon [de la réforme]», a taclé, hier, sur CNEWS, le président du Sénat, Gérard Larcher. 

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