Municipales 2020 : Paris, Lille, Marseille, Lyon... Le point dans les grandes villes

Anne Hidalgo, Gérard Collomb et Martine Aubry (de gauche à droite) cherchent tous à se faire réélire.[AFP]

Deuxième rendez-vous politique majeur du quinquennat Macron, les élections municipales se tiendront les 15 et 22 mars prochains. Si Paris concentre tous les regards, le résultat dans la capitale étant déterminant pour le président et La République en marche, d'autres villes présentent elles aussi des enjeux importants. Revue de détails.

paris : anne hidalgo encore en pôle position

La maire sortante Anne Hidalgo vient tout juste d'officialiser sa candidature à un deuxième mandat. Grâce notamment à la division de ses rivaux, l'élue de gauche est donnée favorite à sa succession dans les sondages depuis plusieurs mois.

Face à elle, le parti présidentiel part en ordre dispersé. Outre le candidat officiel de LREM, Benjamin Griveaux (ancien porte-parole du gouvernement), le mathématicien et député de l'Essonne Cédric Villani a fait dissidence et s'est aussi présenté.

Autre grande figure de la capitale, Rachida Dati, la maire du 7e arrondissement, a peiné à imposer sa candidature chez Les Républicains. Et encore maintenant, les relations tendues entre son parti et l'ancienne ministre de la Justice menacent la fragile unité de la droite.

Les Verts, eux, sont emmenés par un élu relativement méconnu, David Belliard, mais qui milite dans la capitale depuis près de deux décennies. Les écologistes sont toutefois tiraillés : alliés traditionnels de la majorité d'Anne Hidalgo, ils discutent aussi avec Cédric Villani.

Marseille : tout le monde veut prendre la place de Jean-Claude Gaudin

Personnage politique de premier plan au niveau national et surtout véritable baron local, le Républicain Jean-Claude Gaudin, 79 ans, ne se représentera pas en mars 2020.

Maire emblématique de la cité phocéenne - élu pour la première fois en 1995 - le «vieux lion», comme on le surnomme parfois en référence à Gaston Defferre, ne rempilera donc pas pour un cinquième mandat.

Pour lui succéder, il soutient néanmoins la candidature de Martine Vassal, la présidente LR du conseil départemental des Bouches-du-Rhône et de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

Un avantage dont ne bénéficie pas Bruno Gilles, candidat dissident après avoir quitté Les Républicains, qui a démissionné de son poste de président de la fédération locale.

A gauche, la classe politique marseillaise apparaît tout aussi divisée. La sénatrice Samia Ghali, élue sous l'étiquette du PS mais qui a rompu les liens avec sa formation, s'est portée candidate. Un possible rassemblement avec La République en Marche avait été évoqué, mais le parti présidentiel a désigné l'ancien président de l'université Aix-Marseille, Yvon Berland.

Dans ce contexte un peu compliqué et empreint de divisions, le sénateur Rassemblement National Stéphane Ravier espère bien tirer son épingle du jeu. D'autant plus qu'il peut s'appuyer sur la très bonne performance de Jordan Bardella, arrivé premier aux Européennes (26 % des suffrages exprimés).

Lyon : gérard Collomb droit dans ses bottes, kimelfeld s'accroche

Dans la capitale des Gaules, la campagne s'annonce aussi très rude entre le maire LREM sortant de Lyon, Gérard Collomb, 72 ans, et revenu de la place Beauvau ; et son ancien poulain David Kimelfeld, 57 ans, ancien socialiste passé lui aussi chez La République en Marche.

Mais attention, petite particularité : les deux hommes ne visent pas la mairie mais la Métropole de Lyon. 

En mars 2020, les habitants de la métropole lyonnaise vont en effet voter deux fois. Une première. Pour leurs maires bien sûr et comme partout ailleurs, mais aussi pour le président de la Métropole.

Concrètement, Gérard Collomb souhaite quitter la mairie pour reprendre le siège de la métropole qu'il avait laissé à David Kimelfeld en partant au ministère de l'Intérieur en mai 2017, et que son ancien adjoint ne lui a pas remis à son retour à Lyon en octobre 2018.

Mais problème : David Kimelfeld compte rester en place et s'est déclaré candidat à l'investiture LREM à la Métropole, cette collectivité constituant le véritable siège du pouvoir lyonnais.

Interrogé mardi 10 septembre sur CNEWS, le patron de La République en marche, Stanislas Guerini, a assuré que la situation serait «très claire» entre les deux hommes, et en a appelé au «rassemblement».

Une solution pourrait résider dans un partage des pouvoirs entre les deux, la mairie pour l'un, la métropole pour l'autre, les deux mandats n'étant pas cumulables. Ce que ni Gérard Collomb, ni David Kimelfeld ne semble à ce stade prêt à accepter.

L'écologiste Bruno Bernard pourrait en profiter pour tirer son épingle du jeu, tandis qu'Andrea Kotarac, ex-insoumis passé au Rassemblement national sera lui aussi un candidat à prendre en compte.

Lille : martine Aubry ira bien

A Lille, Martine Aubry a mis fin à un faux suspense en annonçant briguer un quatrième et ultime mandat.

En 2014, elle avait pourtant assuré vouloir renoncer. Mais, aujourd'hui, bénéficiant d'un relatif horizon dégagé à droite - Les Républicains ont investi l'ancien ministre Marc-Philippe Daubresse, contesté par les élus locaux, qui soutiennent Thierry Pauchet, chef de file de la droite au conseil municipal-, elle met en avant la nécessité «d'aider la gauche» et de faire «rempart» à Emmanuel Macron.

Pour celle que l'on a surnommée «La Dame des 35 heures», le danger vient surtout du centre, en la personne de Violette Spillebout, son ex-directrice de cabinet, passée sous la bannière LREM.

A noter enfin que La France insoumise, qui, lors des législatives de 2017, avait raflé au PS ses deux sièges lillois, compte bien transformer l'essai. En ce sens, LFI a décidé d'aligner deux têtes de liste, Julien Poix et Elodie Cloez. Le RN ne semble pas en mesure de jouer les têtes d'affiche et les écologistes, qui sont alliés avec de nombreux mouvements de gauche, espèrent réaliser un gros score.

Bordeaux : l'ère de l'après-alain Juppé

A Bordeaux, Alain Juppé parti pour le Conseil constitutionnel, le maire actuel et dauphin désigné, Nicolas Florian (LR), est aujourd'hui prêt à remettre son poste en jeu sur son seul nom.

Un avertissement qu'il avait lui-même lancé et ce dès son élection par le conseil municipal en mars dernier, lorsqu'il avait proclamé qu'il refusait d'être un «maire d'intérim».

Réputé proche de Valérie Pécresse, l'actuelle présidente de la région Ile-de-France, le nouvel homme fort de Bordeaux, âgé de 50 ans, avait ajouté qu'il comptait, pour remporter le scrutin, rassembler gaullistes, centristes et «ceux qui n'ont pas de carte politique».

Face à lui, Nicolas Florian devra toutefois ferrailler contre le marcheur Thomas Cazenave, actuel délégué interministériel en charge de la réforme de l’État, et désigné par le parti majoritaire.

Mais, fait intéressant, Nicolas Florian reste cependant soutenu par le MoDem de François Bayrou. Bordeaux est ainsi devenu, de fait, le symbole des divergences au centre.

Par ailleurs, être adoubé par Alain Juppé, n'offre pas à Nicolas Florian, la garantie d'être facilement élu, loin s'en faut.

Il devra en effet assumer le bilan en demi-teinte de son mentor : une ville métamorphosée et attractive certes, mais des transports sclérosés, une urbanisation galopante et des prix immobiliers qui flambent.

Une combinaison qui, pour rappel, avait contribué à faire de la capitale girondine un bastion des gilets jaunes. Les écologistes de Pierre Hurmic pourraient en profiter, avec les alliances tissées à gauche.

Grenoble : Eric Piolle veut y croire... carignon aussi

Premier maire écologiste d'une grande ville au lendemain des municipales de 2014, Eric Piolle, 46 ans, avait dès son élection annoncé la couleur, en indiquant qu'il se porterait candidat à un second mandat à la tête de Grenoble.

Mais à l'heure du bilan, sa capacité à être élu une nouvelle fois, en mars 2020, n'est pas clairement établie. Et ce malgré le soutien d'une partie de la gauche.

Il devra faire face à la candidature de l’actuelle député LREM de l’Isère, Emilie Chalas, investie en juillet par le parti majoritaire, ainsi qu’au retour de l'insubmersible Alain Carignon, qui, à 70 ans, ne fait plus mystère de ses ambitions.

Maire de Grenoble entre 1986 et 1995, il avait été définitivement condamné en 1996 pour corruption, dans le cadre de l’affaire du marché de l’eau de la ville, à cinq ans de prison et d’inéligibilité.

L’ex-ministre de la Communication du gouvernement Balladur a séjourné en prison au total 29 mois. Un record, toujours à ce jour, pour un homme politique. Aujourd'hui dépêtré des affaires qui avaient signé sa sortie de la vie politique, il se dit «totalement tourné vers l’avenir.»

Et d'ajouter : «Je suis tellement convaincu que Grenoble mérite un autre départ que rien ne peut m’atteindre. J’accepte la vie telle qu’elle est.» Les Grenoblois trancheront.

Perpignan : le RN très ambitieux

Perpignan est la plus grande ville convoitée par le Rassemblement national. Pour s'imposer face au maire sortant Jean-Marc Pujol (LR), lui-même concurrencé en interne par deux anciens adjoints, Louis Aliot a décidé de se présenter sans étiquette, comme l'avait fait Robert Ménard à Béziers en 2014.

Pour lui faire face, l'idée d'un «front républicain» a d'ores-et-déjà été avancé par plusieurs candidats, dont l'écologiste Agnès Langevine, qui sera la tête de liste d'une alliance entre les verts, les socialistes et les radicaux.

La France insoumise a elle décidé de rejoindre les communistes et le NPA derrière Jean-Bernard Mathon.

Nice : christian Estrosi veut garder son siège

Christian Estrosi, maire sortant de Nice (LR), a annoncé qu'il briguait un troisième mandat. Face à lui, le Rassemblement national compte sur Philippe Vardon pour lui donner du fil à retordre, même s'il apparait peu probable que l'ancien ministre sarkozyste perde sa place.

La gauche apparait dispersée, avec un candidat socialiste et une liste «citoyenne», tandis que les écologistes ont décidé de faire bande à part, en présentant leur propre candidat, Jean-Marc Governatori. Côté LREM, le député Cédric Roussel s'est lui aussi lancé dans la bataille.

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