Alors que vient de débuter cette semaine à l'Assemblée nationale l'examen d'une proposition de loi controversée sur la «sécurité globale», un sondage exclusif, établi par l'institut Ifop pour CNEWS et Sud Radio, indique, ce jeudi 19 novembre, qu'une majorité de Français déclare être favorable à la mise en place, dans les villes, d'une police municipale équipée de dispositifs de défense, et même d'armes létales.
C'est donc un certain besoin de sécurité - ou un besoin de sécurité certain - qui semble bien se dégager de cette étude Ifop-fiducial qui s'est attelée, comme son nom l'indique, à scruter «l'adhésion des Français à différentes mesures sur l'équipement et la protection de la police».

[Ifop-fiducial pour CNEWS et Sud Radio]
Dans le détail, à la question de savoir s'ils sont «personnellement, favorables ou pas favorables» à la mise en place, dans les moyennes et grandes villes, d'une police municipale équipée (avec des matraques, des lacrymogènes, par exemple), mais pas d'armes létales (pouvant tuer), une majorité de Français répond par l'affirmative à 68 % (21 % favorables, 47 % plutôt favorables).
Lorsqu'on leur pose la même question incluant cette fois l'équipement en armes létales des policiers municipaux, une courte majorité (55 %) répond là encore par l'affirmative, ce qui représente, globalement, plus d'un Français sur deux (20 % très favorables, 35 % plutôt favorables).
65 % des Français favorables au floutage des policiers
Interrogés également sur la nécessité, ou non, de flouter le visage des policiers et gendarmes dans les médias de façon à ce qu'il ne soit plus visible, une large majorité (65 %) répond là encore par l'affirmative (29 % très favorables, 36 % plutôt favorables). Un point qui s'inscrit pleinement dans l'actualité puisque dans le cadre de la loi dite «sécurité globale», Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, plaide lui aussi pour le floutage des policiers, mais avant de diffuser les images sur Internet et les réseaux sociaux. Les Français semblent donc vouloir aller plus loin.
Mais s'il a été promis par Gérald Darmanin aux syndicats de police, qui le réclament de longue date, le floutage des visages des forces de l’ordre lorsqu’elles sont filmées en intervention ne figure pourtant pas dans le controversé article 24 de la proposition de loi, débattue depuis mardi à l’Assemblée nationale.
Actuellement, le texte, porté par les deux députés LREM, Jean-Michel Fauvergue (ancien patron du RAID) et Alice Thourot, prévoit de punir d’un an de prison et de 45.000 euros d’amende le fait de diffuser «l’image du visage ou tout autre élément d’identification» d’un policier ou d’un gendarme en intervention dans le but de porter atteinte à son «intégrité physique ou psychique».
«Depuis quelques jours, on nous gave de ce mot matin et soir ! Je le répète parce que des journalistes nous écoutent : cet article n’impose pas un floutage», avait d’ailleurs insisté Jean-Michel Fauvergue en commission des lois.
Reste que la proposition de loi suscite toujours l’opposition de certains défenseurs des libertés publiques, de journalistes et de militants anti-violences policières.
Enfin, le texte prévoit d'ailleurs d'élargir à titre d’expérimentation les pouvoirs des polices municipales, structurer le secteur de la sécurité privée et durcir la répression pénale contre les auteurs de violences sur les forces de l’ordre.
Une fracture gauche-droite indéniable
Autre point, et non des moindres, le sondage s'est intéressé à dégager les réponses suivant la proximité politique des personnes interrogées.
Et ces enjeux de sécurité révèlent une fracture gauche - droite affirmée.

[Ifop-fiducial pour CNEWS et Sud Radio]
D'une façon générale, le taux de rejet versus le taux d'adhésion aux propositions émises par ce sondage semble ainsi suivre une ligne gauche-droite, avec un assentiment plus fort à la République en Marche et, dans une moindre mesure, chez les Républicains et au Rassemblement national.
Si les sondés se réclamant de La France Insoumise (LFI) se montrent très largement favorables à la mise en place, dans les moyennes et grandes villes, d'une police municipale équipée de dispositifs de défense spécifiques (matraques, lacrymogènes) mais pas d'armes létales (à 65 %), ils rejettent - tout comme les sympathisants socialistes d'ailleurs - le floutage des policiers (taux d'adhésion de seulement 48 % chez LFI et 47 % au PS) et - surtout - et la mise en place de polices municipales armées (adhésion à 29 % chez LFI, 46 % au PS).
Historiquement connu pour ses prises de position affirmées en matière de sécurité, le Rassemblement national (ex-Front national) de Marine Le Pen dégage des taux d'adhésion globalement moindres comparés aux réponses des Républicains et, surtout, des sympathisants de la République en Marche. Sur la mise en place, dans les villes, de polices municipales équipées sans armes létales d'abord (adhésion RN/FN 67 %, versus LREM 75 %, et LR 70 %) puis sur le floutage des visages des policiers (adhésion RN/FN 66 %, versus 77 % LREM et 76 % LR). En revanche, les sympathisants frontistes se réaffirment sur la question de la mise en place de polices municipales équipées en armes létales, puisqu'ils y sont très largement favorables (à 76 % / taux maximum) comparés à ceux de LREM (57 %) et de LR (72 %).
![Le projet de loi prévoit notamment une utilisation élargie des drones par les forces de l'ordre. [JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP]](https://static.cnews.fr/sites/default/files/styles/image_375_210/public/000_1qt34q_5fb2915a44f41_0.jpg?itok=DFRMPYgu)