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Voyage du pape en Corse : pourquoi «la foi populaire» est-elle au cœur de la venue de François ?

Le pape François est très attaché à la dévotion populaire. [REUTERS/Guglielmo Mangiapane]

Le pape François doit se rendre en Corse le dimanche 15 décembre prochain à l’occasion de sa participation à un colloque consacré à «la religiosité populaire en Méditerranée» par le diocèse d’Ajaccio. Un sujet qui tient à cœur au souverain pontife.

Un Saint-Père attaché à cette dévotion particulière. A l’occasion d’un colloque sur la «religiosité populaire en Méditerranée», organisé par le diocèse d’Ajaccio, le pape François va se rendre en Corse ce dimanche 15 décembre. 

«Je demande que personne ne se moque des expressions de ferveur croyante du peuple saint et fidèle de Dieu qui, dans sa piété populaire, cherche à consoler le Christ», a écrit le pape François dans sa récente encyclique sur la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, Dilexit nos («Ils nous a aimés»).

Rendre la foi accessible, visible, sensible et facile à mémoriser pour le «peuple de Dieu» est un axe essentiel pour le souverain pontife. Ce dernier n’a cessé de prôner, dans sa vie de prêtre, d’évêque et de pape, une approche de la foi ne s’appuyant pas seulement sur les ressources intellectuelles, mais aussi sur la sensibilité et les émotions parfois de manière excentrique. 

Lorsqu’il était archevêque de Buenos Aires, le pape François avait par exemple pris l’habitude de proposer aux enfants de la catéchèse de «brûler le diable». En 2016, il avait raconté : «Je préparais un grand diable en tissu et je glissais des pétards à l’intérieur. On donnait une catéchèse puis on allumait le feu… C’était une explosion de pétards ! Tous criaient. Les enfants s’amusaient. C’était du théâtre mais cela les aidait à retenir.»

La foi populaire au service du monde

Dès sa première exhortation apostolique Evangelii Gaudium, publiée à l’automne 2013, le pape François avait expliqué que les dévotions populaires «ont beaucoup à nous apprendre et, pour ceux qui savent les lire, sont un lieu théologique auquel nous devons prêter attention».

Le pape y martelait que la religiosité populaire «est le système immunitaire de l’Église» contre tous les réductionnismes et intellectualismes qui excluent une partie du peuple de Dieu de la compréhension des mystères chrétiens. 

En mars 2020, c’est aussi pour «immuniser» l’Église contre une approche purement sécuritaire et hygiéniste du choc mondial provoqué par la pandémie de Covid-19 que le pape François avait offert au monde une bénédiction Urbi et Orbi exceptionnelle, sur une place Saint-Pierre vide et sous une pluie battante qui ruisselait sur le Christ de San Marcello al Corso. 

Quelques jours, il s’était rendu dans cette église proche de la Place de Venise, au centre de Rome, pour y prier devant ce crucifix miraculeux. Vénéré par les Romains depuis qu’une procession avec ce Christ en croix qui avait mis fin à une épidémie de peste en 1522. Le pape François avait ainsi rejoint l’âme populaire des habitants de la capitale italienne en se référant à ce symbole historique. 

Le succès des dévotions populaires, des chemins de croix du Vendredi Saint aux processions mariales du 15 août ou du 8 décembre, ou encore des crèches traduisent un réel besoin du «peuple fidèle de Dieu» de vivre sa foi autour de symboles visibles et forts. 

Néanmoins, ces représentations peuvent impliquer certaines ambiguïtés. Par exemple, dans le sud de l’Italie, les processions religieuses rassemblent une partie importante de la population, mais sont aussi parfois récupérées par la mafia.

En septembre 2020, en marge d’une visite en Calabre, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège avait évoqué la nécessité de «purifier la religiosité populaire des éléments qui ne sont pas les siens, a fortiori s’il s’agit d’éléments de la pègre ou de la criminalité». 

Rétablir les symboles de la piété

Le Directoire sur la piété populaire et la liturgie publié en 2001 par la congrégation pour le Culte divin, qui demeure à ce jour le principal document de référence du Vatican sur ce sujet, alertait également sur certaines dérives.  «Les expressions de la religiosité populaire apparaissent parfois polluées par des éléments incompatibles avec la doctrine catholique », y avertissait déjà le pape Jean-Paul II dans le message introductif de ce document. 

Au-delà de ces nuances, l’insistance du pape François sur la valeur de ces pratiques populaires marque en tout cas une rupture nette avec un certain «iconoclasme» qui a marqué le catholicisme français dans la deuxième moitié du XXe siècle. Au nom d’une mauvaise interprétation de «l’esprit du Concile», certains curés de paroisse avaient rejeté certaines traditions religieuses assimilées à de la superstition, allant jusqu’à jeter des statues de saints ou supprimer des fêtes populaires.

Particulièrement présente des années 1960 aux années 1980, cette logique de liquidation des pratiques traditionnelles a contribué au schisme plus ou moins silencieux d’une partie des catholiques français vis-à-vis de leur clergé diocésain. 

Derrière la réhabilitation des traditions populaires et des symboles de la piété catholique que le pape François souhaite mettre en avant, c’est donc aussi la promotion de l’unité de l’Église qui est en jeu. 

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