À partir de ce lundi 17 février 2025, cinq djihadistes sont jugés pour avoir détenu des journalistes français en 2013 en Syrie. Parmi eux, Mehdi Nemmouche, le tueur du musée juif de Bruxelles.
D'anciens otages face à leurs geôliers présumés : le procès de Mehdi Nemmouche, connu pour être le tueur du musée juif de Bruxelles, et de quatre autres jihadistes, accusés d'avoir détenu des journalistes français en Syrie en 2013, s'ouvre ce lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris.
Les journalistes Didier François et Edouard Elias, puis Nicolas Hénin et Pierre Torres, avaient été enlevés à dix jours d'intervalle en juin 2013, dans la région d'Alep pour les premiers, de Raqqa pour les seconds.
Reconnu par les otages dans la presse
Les quatre détenus avaient été libérés près d'un an plus tard, le 18 avril 2014, après des mois de supplice, entre violences physiques et psychologiques, privations de nourriture et simulacres d'exécutions.
Un mois après le retour en France des journalistes, le 24 mai 2014, Mehdi Nemmouche avait abattu froidement quatre personnes au musée juif de Bruxelles. Quand il avait été arrêté quelques jours plus tard à Marseille, sa photo avait été publiée dans la presse. Certains ex-otages l'avaient reconnu immédiatement : il est «Abou Omar», l'un de leurs geôliers en Syrie. En entendant sa voix, ils étaient sûrs «à 100%» que c'était lui.
L’homme, aujourd’hui âgé de 39 ans, avait déjà été condamné en 2019 à la perpétuité en Belgique pour l'attentat au musée juif. Il encourt la même peine dans ce dossier.
Des menaces ponctuées d’imitations
Pendant l'enquête, les journalistes ont décrit un homme «bavard», «pervers», délinquant converti dans le «nettoyage ethnique religieux» comme il disait, particulièrement antisémite et admiratif de Mohamed Merah, qui avait notamment tué plusieurs enfants juifs dans une école à Toulouse en 2012.
Entre les menaces d’égorgement, ce fan d'actualité et de «Faites entrer l'accusé» s’amusait à poser des questions à ses otages, à imiter Coluche ou les Inconnus, à chanter Aznavour ou des génériques des dessins animés de son enfance. «Tu ne t'attendais pas à entendre chanter un moudjahidin d'al-Qaïda», lançait-il. Ou souvent : «lorsque je serai sur le banc des accusés, vous viendrez témoigner».
Les ex-otages ont aussi raconté les insoutenables cris des détenus syriens torturés par des tortionnaires hurlant en français, le plaisir sadique de Mehdi Nemmouche quand il venait raconter, ou laissait un corps égorgé devant leur porte.
«Tout au long des débats, alors que nous rapporterons devant la cour les supplices que vous avez infligés à vos otages occidentaux, tuant même huit d'entre nous, il conviendra de se rappeler que les souffrances endurées par notre petit groupe n'étaient qu'une goutte dans l'océan de celles que vous avez fait subir à des millions de Syriens», a écrit Nicolas Hénin, dans une «lettre à ses ravisseurs» publiée cette semaine dans Le Monde.
Cinq accusés mais seuls trois présents
Outre Mehdi Nemmouche, sont aussi jugés, même s'ils sont présumés morts, le haut cadre de Daesh Oussama Atar (déjà condamné par défaut à la perpétuité au procès des attentats du 13-Novembre qu'il avait commandités) et Salim Benghalem, considéré comme le chef de la détention des otages.
Comparaîtront quoi qu'il en soit Abdelmalek Tanem (35 ans), déjà condamné en France pour avoir rejoint la Syrie en 2012 et soupçonné d'avoir été un des geôliers, et le Syrien Kais Al Abdallah (41 ans), facilitateur de l'enlèvement de Nicolas Hénin et Pierre Torres, selon l'enquête. Tous deux nient.
Les auditions des parties civiles sont prévues mercredi et jeudi, les interrogatoires sont prévus, eux, la semaine suivante avec celui de Mehdi Nemmouche. Le procès est prévu pour se tenir jusqu'au 21 mars.