Vincent Reynouard est l'une des personnalités négationnistes françaises les plus connues. Il a déjà été emprisonné à de multiples reprises en vertu de la loi Gayssot et pourrait connaître une nouvelle incarcération, le jugement de son délibéré étant prévu ce mercredi 19 mars.
Le 22 janvier 2025, Vincent Reynouard a comparu pour trois chefs d'accusation remontant à 2017 et 2020. Il s'agit de propos négationnistes tenus dans des vidéos publiées sur Internet. Le procureur a requis 18 mois de prison ferme et 15.000 euros d'amende. Son jugement est attendu ce 19 mars.
Vincent Reynouard n'en est pas à sa première affaire. Membre du Parti nationaliste français et européen, groupuscule d'extrême droite néonazi inactif depuis 1999, il a déjà fait parler de lui à de nombreuses reprises pour avoir tenu des propos niant les crimes de guerre, contestant certains crimes contre l'humanité et cherchant à provoquer la haine. Il se revendique du groupuscule post-révisionniste des héritiers de Robert Faurisson.
Dès 1992, il est condamné par la cour d'appel de Caen pour contestation d'un ou plusieurs crimes contre l'humanité. Il aurait envoyé des écrits niant l'existence des chambres à gaz durant la Seconde Guerre mondiale à 24 étudiants d'un lycée. Il a écopé d'un mois d'emprisonnement avec sursis et 5.000 francs d'amende.
Après avoir suivi des études d'ingénieur dans la même ville normande, il a créé une association négationniste appelée l'ANEC (Association normande pour l'éveil du citoyen). Il y a rédigé des bulletins, notamment avec Rémi Pontier et Philippe Costa. Il a fait également parler de lui à la fin des années 1990 en écrivant «Le Massacre d'Oradour. Un demi-siècle de mise en scène» où il a tenté d'innocenter les SS du massacre d'Oradour-sur-Glane (Nouvelle-Aquitaine). Il a sorti également une cassette, qui est interdite dès 2001.
Une première fuite vers la Belgique
Sa deuxième affaire impliquant la justice intervient en 2004, où la cour d'appel de Limoges l'a condamné d'abord à 24 mois de prison, dont 6 fermes, pour apologie de crimes de guerre. Mais cette décision est révoquée par la Cour de cassation, qui a qualifié son discours de «contestataire de crime de guerre», ce qui n'est pas réprimé par la loi. Pendant ce procès, il s'est réfugié en Belgique où il a fondé «Vision historique objective» (VHO) et a démarré sa revue appelée «Sans concession». Il a établi également une structure appelée «Mouvement de combat Saint-Michel» qui se veut catholique national-socialiste et révisionniste.
A partir de 2007, Vincent Reynouard est dans le viseur de la justice française pour son ouvrage «Holocauste, ce que l'on vous cache». La LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) l'a poursuivi notamment et a obtenu des dommages-intérêts. De son côté, l'auteur est condamné à 1 an de prison et 10.000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Saverne. Il est aussi jugé en Belgique pour négationniste et a décidé donc de vivre en clandestinité pendant une année. Il est finalement retrouvé par des journalistes d'investigation et arrêté en 2010. Il est extradé en France et incarcéré à Valenciennes.
Sa situation pousse l'écrivain Paul-Eric Blanrue à lancer une pétition, non pour «soutenir les idées de Vincent Reynouard» mais pour «défendre son droit à les exprimer». On retrouve parmi les signataires des personnalités comme Robert Faurisson, Yann Moix, Robert Ménard ou encore Dominique Jamet.
Retour en France depuis la Grande-Bretagne
En 2015, une nouvelle condamnation provient du tribunal correctionnel de Coutances. Cette fois, Vincent Reynouard écope de deux ans de prison ferme pour avoir diffusé des vidéos sur son site où il explique que les commémorations du 70e anniversaire du débarquement en Normandie étaient des actes de propagande. Sa peine est finalement réduite à 1 an ferme, les 2 années étant jugées au-dessus des plafonds légaux.
Ainsi, il a décidé alors de s'exiler à Londres. Il y a donné des cours de mathématiques. Après de nouvelles sollicitations de la part de la justice, il a refusé d'être extradé en France en 2022 et est placé en détention provisoire à Edimbourg, en Ecosse, en attendant une audience. La condamnation d'une personnalité anglaise (Alison Chabloz) pour des faits similaires à ceux reprochés par la justice française à Vincent Reynouard permet à celle-ci de convaincre son homologue écossaise d'autoriser son extradition.
En 2024, l'originaire de Boulogne-Billancourt ayant épuisé tous les recours juridiques possibles, il est livré aux autorités françaises.