Invité de la Grande Interview de Sonia Mabrouk sur CNEWS, lundi 19 mai, au lendemain de sa victoire pour la présidence du parti Les Républicains, Bruno Retailleau a dressé les grandes lignes de sa politique, en revenant sur sa place au gouvernement et en évoquant les sujets de l'immigration et du narcotrafic.
Ce dimanche, les plus de 120.000 adhérents du parti Les Républicains ont voté pour choisir le nouveau chef du parti. Après Éric Ciotti, élu en 2022, c'est Bruno Retailleau, qui a été nommé, au terme d'une course à la victoire face au chef des députés Droite républicaine, Laurent Wauquiez.
une victoire écrasante
«J'ai été surpris par le score», a d'emblée admis le ministre de l'Intérieur. Le Vendéen de 64 ans a été élu largement avec 74,31 % des voix (72.629 votes). Laurent Wauquiez, quant à lui, a cumulé 25,69 % des voix (25.107 voix). 97.736 suffrages ont ainsi été exprimés sur un nombre d'électeurs inscrits qui était de 121.617. «J'avais des indices. Il y avait le remplissage des salles qui étaient combles, dans des campagnes et des petites villes. Il y avait aussi les élections partielles, dans lesquelles nous progressions. Même dans les rêves les plus fous, je n'aurais pas imaginé. Maintenant, le plus difficile commence», a-t-il rappelé, en vue de l'élection présidentielle de 2027.
Pourtant, rappelle Bruno Retailleau, sa candidature n'était pas une évidence. «J'avais des réticences au départ. J'avais quelques doutes.» Mais depuis son entrée au gouvernement, il a «senti qu'il y avait un vent d'espérance». Raison pour laquelle il s'est engagé. «Avec tous ces militants qui sont revenus – parce que la droite avait courbé l'échine et n'avait pas tenu ses engagements –, j'ai compris qu'on pouvait faire la même chose avec une ligne assumée. Je ne veux pas d'une droite à mi-temps, je veux une droite assumée, sereine, audacieuse et courageuse et qui soit elle-même.»
Un candidat rassembleur
Tout au long de son entretien, Bruno Retailleau a rappelé que l'unité allait permettre la victoire à la droite en 2027. Son concurrent à la présidence LR, Laurent Wauquiez, l'a appelé dimanche soir, pour lui apporter son soutien. «Il faut qu'on arrive à rassembler. Ce score va permettre ce rassemblement. Si on veut gagner l'élection présidentielle, on aura besoin de tout le monde. On a beaucoup de talent.»
La participation des électeurs confirme la nouvelle dynamique du parti, dont les dernières élections avaient laissé entrevoir un futur moribond. «Je veux ouvrir les choses et une ligne claire. On a besoin, quand on gagne, de diriger. J'assumerai cette responsabilité. Je veux l'assumer en rassemblant. Le rassemblement se fait par le haut, par les convictions et les idées. Ma ligne n'est pas tant éloignée de Laurent Wauquiez.»
Interrogé sur une possible alliance avec le leader d'Horizons, Edouard Philippe, qui prétend lui aussi rassembler la droite, Bruno Retailleau a laissé la porte entrouverte, tout en gardant une ligne claire. «J'ai brigué la présidence pour ce parti. Je n'ai pas fait tout ça pour abdiquer. On ne peut pas mélanger l'huile et l'eau. En revanche, on peut rassembler, mais par le haut», a-t-il déclaré.
sa place au gouvernement
Nommé ministre de l'Intérieur il y a sept mois, le nouveau patron de la droite n'entend pas quitter le gouvernement Bayrou. «Si nos militants avaient voulu que je quitte le gouvernement, pensez-vous vraiment qu'ils auraient voté à 74% ? Rentrer dans ce gouvernement, ce n'est pas se macroniser ou se dissoudre. Rentrer au gouvernement était simplement pour éviter à la France le pire et faire barrage à la gauche en évitant le chaos. J'aime la France et je veux être utile. Les électeurs veulent que la droite se mette les mains dans le cambouis. Si nous sommes au gouvernement, ce n'est pas pour abdiquer et renoncer à notre personnalité.»
Depuis son arrivée à Beauvau, Bruno Retailleau, qui ne cesse de rappeler ses origines vendéennes et rurales, a acquis une certaine notoriété. «J'ai considéré que la politique, c'étaient d'abord les idées et un combat culturel. Les victoires idéologiques précèdent toujours les victoires politiques. Je veux porter un projet qui permet de défendre la France des honnêtes gens. Cette France-là, les hommes et les femmes politiques ne les écoutent plus. Ils ont coupé la France en rondelles de saucisson.»
Lundi, le ministre de l'Intérieur a rappelé son gaullisme, niant tout rapprochement avec le macronisme. «Je veux porter la préoccupation de ces gens qui sont silencieux, qui travaillent et qui aiment la France. Les Français veulent une école méritocratique, l'ordre républicain et que le travail paye plus que l'assistanat.»
Selon le candidat LR, cette victoire va lui donner encore davantage de poids au sein du gouvernement. «Je pense que ces résultats vont renforcer le poids du ministre de l'Intérieur. Nos sympathisants veulent d'une droite utile et dans l'action, qui ne renonce pas à son identité. Nous n'avons toujours pas de majorité mais j'aurais rêvé appartenir à un gouvernement qui a une majorité solide pour faire encore plus. Je fais avec ce que j'ai, en posant des actes.»
Immigration
Depuis sa nomination en tant que ministre de l'Intérieur par l'ancien gouvernement Barnier, Bruno Retailleau a multiplié les mesures pour lutter contre l’immigration irrégulière, en durcissant les critères de naturalisation des étrangers et en appelant à un bras de fer avec l’Algérie au sujet des OQTF. «J'ai fait deux circulaires fondamentales pour durcir les conditions de la régularisation des étrangers et la naturalisation.»
L'omniprésence médiatique de Bruno Retailleau, présent en premier à Mayotte après le passage du cyclone Chido, et sur tous les fronts, a sans doute séduit les électeurs LR. Dans un objectif de restaurer la souveraineté de la France, le locataire de la place Beauvau s'est en effet dit «favorable» à un référendum sur la question migratoire. «Dans ces conditions, l'immigration n'est pas une chance. Je n'ai jamais cru à une immigration 0, hormis en Corée du Nord. Il faut une révolution pénale. En France, on refuse la sanction et la prison. Il faut des courtes peines aux premiers gros écarts, c'est comme ça qu'on aura une justice des mineurs efficace. Il faut abroger la loi de Nicole Belloubet. [qui encadre la justice pénale des mineurs depuis 2019].»
Dans cette optique, le 21 mai se tiendra un conseil de défense présidé par Emmanuel Macron au cours duquel sera évoqué un rapport sur le mouvement des Frères musulmans. Un compte rendu qui évoque cette «menace pour la République». Il a rappelé toute la difficulté qu'a le gouvernement à mesurer l'entrisme des Frères musulmans en France, qui «se dissimule» dans de nombreuses sphères de la société.
Narcotrafic
Sur le sujet du narcotrafic, Bruno Retailleau a rappelé sa position. «Il y a aussi la loi narcotrafic, qui est un combat majeur de toute la nation. On a combattu le terrorisme, et il faut continuer à le combattre. Désormais, il y a le narcotrafic. La France ne va pas bien. Il y a un ensauvagement de la société et on ne peut pas attendre 2027.»
Le ministre de l'Intérieur peut compter sur l'appui du garde des sceaux, Gérald Darmanin, qui a fait de la lutte contre le narcotrafic une priorité. Sous l’impulsion de ces deux ministres, le Parlement a récemment durci les règles. Le 29 avril dernier, une proposition de loi visant à «sortir la France du piège du narcotrafic» a été définitivement adoptée. Celle-ci prévoit notamment la création d’un parquet national anticriminalité organisée et l’instauration d’un régime carcéral plus strict. «La politique est une ligne claire. J'essaye, par des prises de position claires, de gagner le combat d'idées. Sur l'immigration et le narcotrafic, les lignes bouges. On prépare le terrain pour demain. Nous allons bâtir un projet, ce ne sera pas de l'eau tiède ni de la rustine. Ce sera un projet de rupture.»
Bruno Retailleau a rappelé la chance d'avoir «un couple régalien qui est sur la même ligne». Dans cette optique de renforcer les conditions de détention, le ministre de la Justice a visité mercredi, en compagnie du président Emmanuel Macron, la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil dans le Pas-de-Calais, choisie par le garde des Sceaux pour accueillir les 100 narcotrafiquants les plus dangereux à partir de juillet.
«Il y avait une société laxiste qui a déconstruit méticuleusement tous les repères et les cadres communs que sont l'autorité, le respect de l'autre et la hiérarchie. Il faudra donc du temps pour effacer ces décennies de laxisme» a expliqué Bruno Retailleau, avant de conclure. «La France est belle et encore grande. On est le pays des grands scientifiques et des écrivains. Nous sommes le pays de Saint-Vincent-de-Paul et des Restos du cœur. On a des racines judéo-chrétiennes et de la République sociale. Aucune souffrance française ne doit nous être étrangère».