Une note confidentielle du ministère de l’Intérieur, fait état des dérives du réseau social TikTok, devenu «pour la sphère islamiste, l’un des viviers d’audience en ligne les plus conséquents». Elle dénonce également les «rappels islamiques» exercés par certains prédicateurs.
Le ministère de l’Intérieur lance une alerte. Ce dernier a publié une note, axée sur «les narratifs islamistes de TikTok». Consultée par Le Figaro, ce mercredi, la note de neuf pages dresse le portrait des influenceurs promouvant l’islam radical sur TikTok.
«La plateforme TikTok est devenue, pour la sphère islamiste, l’un des viviers d’audience en ligne les plus conséquents. La rhétorique islamiste y est majoritaire par rapport aux autres courants de l’islam et suscite parfois des commentaires plus radicaux que le message initial», peut-on lire dans le document.
«courts rappels religieux face caméra»
«Ces contenus émis par les influenceurs islamistes parfaitement au fait des codes du marketing digital, sont d’autant plus viraux qu’ils sont relayés par des comptes dits de rappels, agrégateurs, en particulier de messages en rupture avec les valeurs et principes républicains, ainsi que par une myriade de comptes anonymes, en particulier de micro-influenceuses», est-il écrit, selon Le Figaro. Le document précise également que les «prédicateurs islamistes institués utilisent comme canal de diffusion principal leur chaîne YouTube», TikTok étant désormais réservé aux plus offensifs.
Dans des formats de quelques secondes, les fondamentalistes diffusent ainsi «de courts rappels religieux face caméra». «Un pool d’influenceurs et d’influenceuses islamistes autoproclamés, générant de très fortes audiences, véhicule sur TikTok des expressions ultra-rigoristes, bâtissant autour d’eux des communautés significatives», précise la note de Beauvau qui dénonce notamment que les «vidéos charrient parfois, dans le flot de réactions qu’elles génèrent, des commentaires appelant explicitement à la haine ou la violence».
Féminisation des prédicateurs
Les analystes signalent que depuis plusieurs mois, une féminisation de la prédication en ligne est observée, à travers une «nouvelle génération d’influenceuses, générant des audiences très significatives qui voit le jour sur la plateforme TikTok et dans une moindre mesure sur Instagram». La note constate une «forme de complémentarité dans l’engagement islamiste entre les hommes et les femmes qui s’insère, plus globalement, dans une stratégie de dissémination de la rhétorique radicale en ligne».
D’après la note, «cette propagande à dominante féminine sur les plateformes est essentiellement assurée par des jeunes femmes musulmanes, pour la plupart majeures et converties. Sous le vernis de la modernité, elles participent à la promotion, et a fortiori, à l’imposition du voile et du niqab dans l’espace public, conformément à la stratégie d’entrisme islamiste».
Selon Le Figaro, les forces de l’ordre ont déjà repéré plusieurs comptes participant «à cette logique de normalisation du port du voile dans l’espace public et de valorisation des "conversions" ». L’un d’entre eux cumule plus de 199.000 abonnés depuis sa création en novembre 2022, cherchant «à faire émerger une forme de sororité islamiste», montrant une «image douce et apaisée» dans laquelle l’islam radical serait «valorisé comme une tendance contemporaine sur les réseaux sociaux».
Enfin, la note aborde le sujet du niveau de contrôle des jeunes femmes par la mouvance islamiste. Un dernier chapitre y est d’ailleurs dédié, dans lequel il est rappelé que «les contenus diffusés par ces influenceuses suscitent régulièrement des controverses au sein de la sphère islamiste». Ces contenus participent en effet «au climat général d’une perception possiblement exagérée de persécutions religieuses et incitent au port du voile» mais «ils ne sont pas repris par des acteurs islamistes significatifs».