Nabil Attar : premier chef réfugié de La Résidence

Nabil Attar, cuisinier syrien, officie en tant que chef invité au restaurant La Résidence jusqu'en avril.[©Camille Hispard]

Installé en plein coeur du 12e arrondissement, le restaurant La Résidence a décidé de confier ses fourneaux à Nabil Attar, premier chef syrien invité. Originaire de Damas, ce passionné de gastronomie s'en est sorti en se professionnalisant dans la cuisine.

Nabil Attar revient de loin. Avant d’avoir été contraint de fuir la Syrie fin 2015, il était ingénieur de système bancaire et vivait dans un 220m2 avec sa femme Suzana et ses deux fils à Damas. A son arrivée dans la capitale, la transition a été difficile. «J’avais un très bon salaire et une excellente qualité de vie. En arrivant en France on a du habiter dans un studio une pièce, c’était très dur», confie-t-il. En se remémorant ces quelques pages du passé, Nabi regarde La Résidence et retrouve un sentiment d’apaisement.

Dans les locaux de Ground Control, Nabil paraît déjà à son aise. Après avoir contrôlé une dernière fois la cuisson de son riz au lait, il prend le temps de bien nouer son tablier en s'assurant que tout est en ordre. A la fois déterminé et optimiste, Nabil se dit aussi très chanceux d’en être arrivé là. Bien que l’adaptation et l’intégration n’aient pas été simple au début, il ne s’est pas découragé :  Quand j’ai tout perdu, j’ai décidé de suivre mon rêve», affirme-t-il.

Sur le chemin de la reconversion

Pour s’en sortir, Nabil a dû enchainer les petits boulots avant de trouver sa voie dans la cuisine, ce langage universel. Ne parlant pas francais, il partageait des desserts et des plats pour communiquer et casser les barrières de la langue. Habitué à cuisiner pour le restaurant d’un ami en Syrie et particulièrement doué avec la charcuterie, il entame une reconversion professionnelle en développant son activité de traiteur.

De cette passion est né un rêve, celui de devenir cuisinier sur le sol français car dit-il, «quand on a réussi une fois à Damas, on peut réussir une nouvelle fois en France avec de la volonté». Plein d’entrain et persuadé que l’on n'obtient rien sans rien, cet amoureux de la gastronomie a donc décidé de contacter le Refugee Food Festival, un événement itinérant qui ouvre les cuisines de restaurants à des chefs réfugiés le temps de ce festival culinaire et solidaire.

A cette occasion, Nabil a aiguisé bien des palais et a su se démarquer en proposant un houmous aux lentilles noires, zeste d’orange et togarachi, encore jamais réalisé. A l’issue de ses trois participations, la Refugee Food Festival a souhaité l’inviter en tant que premier chef réfugié à La Résidence. Cette aventure raconte-t-il, l’a aidé à réaliser un rêve, à ressentir de la fierté et de la réussite après avoir tout perdu. Une expérience qui lui a donné l’opportunité de tester sa cuisine et de se professionnaliser avant de se lancer.

Le goût de la réussite

Aujourd'hui, Nabil vit dans un pavillon avec sa famille, et va ouvrir son propre restaurant à Orléans à base de produits locaux. Il portera le nom de Narenj, en hommage aux oranges amères très plébiscitées à Damas. En attendant, il interviendra à La Résidence jusqu’au mois d’avril et mettra à l’honneur le Frikeh, une spécialité à base de blé vert, mijoté de boeuf, et zeste de citron.

Un plat qui le représente tout particulièrement : «Son parfum me rappelle des souvenirs d’enfance, lorsque ma grand-mère me le préparait. C’est ma madeleine de Proust», ajoute-t-il. Le chef a réalisé l’un de ses rêves, mais le prochain se réjouit-il d’avance, c’est d’être invité à l’Elysée pour faire découvrir ses spécialités au président Emmanuel Macron en personne.

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