Cameron Carpenter : «Je suis un artiste ancré dans mon époque»

Un feu follet dans l’univers feutré de l’orgue. Pour sa première française, vendredi prochain à l’Olympia dans le cadre du Festival de Paris, Cameron Carpenter entend secouer les habitués, et séduire les néophytes, attirés par son look de rock star. 

Mais il serait dommage de réduire le jeune américain à son exubérance. Orgue numérique unique au monde, virtuosité époustouflante, présence scénique et répertoire allant du baroque à la pop, l'organiste à l'iroquoise ne manque pas d’arguments pour faire de son concert un événement. Au sein du Festival de Paris, dont il ouvre la deuxième édition, l’organiste se dit ravi de jouer dans la capitale.

Que représente ce premier concert en France, à Paris ?

Je connais la France et Paris pour y être souvent venu. Mais c’est mon tout premier concert ici, et j’ai hâte de jouer dans la mythique salle de l’Olympia, dont je connais l'importance ici. Je suis ravi de pouvoir transfomer cette salle, le temps d'une soirée, en hall de concert pour orgue. C’est un honneur de participer au Festival de Paris avec les autres invités prestigieux, que je connais déjà de réputation mais que je n'ai jamais rencontré. J'ai hâte de me confronter au public de France, un pays dont je connais bien les compositeurs pour orgue.

Parlez-nous de votre orgue numérique, unique au monde, que le public va découvrir.

En effet, je joue depuis 2014 avec un instrument numérique, créé en collaboration avec les équipes du fabriquant américain du Massachussets Marshall & Ogletree, qui, une fois installé, mesure près de quinze mètres de long, et nécessite une grosse logistique pour le transporter. Mais il peut s'adapter à de nombreuses salles à travers le monde. Il est très justement baptisé «The International Touring Organ», et permet de se débarasser des encombrants tuyaux métalliques. J’y ai synthétisé le son des grandes orgues à travers le monde, tous ceux qui possédaient une âme particulière dont j'ai essayé de capter l'essence. Il permet de faire cohabiter le numérique, avec les systèmes manuel et hydraulique, plus traditionnels.  

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Outre la mobilité, à quel besoin répond-il ?

Cela permet de jouer avec la même sonorité tout le temps, et partout, plutôt que de s’adapter au son des instruments déjà existants. Une fois installés, les orgues ne quittent en effet jamais leur enceinte, et subissent les aléas du temps, l'accoustique du lieu...Quand on est organiste, le musicien doit ainsi toujours adapter son jeu à l'instrument, et non l'inverse. Je voulais sortir de cette dépendance. Et comme tous les interprêtes de leur temps, il est nécessaire de réflechir à l'évolution de son instrument, faire évoluer les formes et les sons pour s'adapter à l'esprit de l'époque. A l'heure du numérique, il me paraissait inconcevable d'envisager mon art comme le font les organistes depuis des siècles. Je joue pour le public de mon temps, et non pas pour un petit cercle d'amateurs qui feraient office de gardiens du temple. Tout répertoire, artiste ou instrument doit savoir s'adapter sous peine de disparaitre.

A quel genre de prestation doit-on s’attendre pour votre concert ?

Pour moi, le concert est quelque chose d’unique, il ne sert à rien si c’est pour reproduire le contenu d’un album studio. Savoir que vous ne jouez que pour le public, et pas pour un disque, permet d’interagir avec lui, de ressentir l'atmosphère d'un lieu et de s'en inspirer sur le moment. Ce programme parisien, qui ira de Bach à Piazzolla, en passant par quelques-unes de mes compositions, sera donc unique et inédit.

Vous êtes déjà considéré comme une superstar dans de nombreux pays. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour venir jouer en France ? 

Sans doute qu'il manquait une bonne occasion ! L'univers de l'orgue est resté très traditionnel en France, ce qui est dû à la longue et belle histoire de cette instrument dans ce pays. Cela reste naturel de se rendre dans une église, ou une salle de concert lyrique traditionnelle pour en écouter. Les répertoires abordés ici sont, en plus, très souvent associés aux rites religieux, à une approche sacrée de la musique. Au contraire, je veux le sortir de ce cadre, je suis un athée convaincu, et pour moi l'orgue est un instrument comme un autre pour qu'un artiste contemporain puisse parler de son époque. 

Récital Cameron Carpenter, vendredi 15 juin, 20h30, l’Olympia, Paris 9e. lefestival.paris

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