On a testé «Close», la nouvelle expérience de théâtre immersif à Paris

[Alessandro Clemenza]

Jusqu'au 4 mai, Close, nouveau spectacle immersif imaginé par Big Drama, prend ses quartiers dans le 11e arrondissement, dans un lieu tenu secret. Une expérience en demi-teinte.

Dans la droite ligne du théâtre immersif, genre qui se multiplie depuis plusieurs mois dans la Capitale, «Close» propose aux spectateurs de plonger dans l'atmosphère d'un cabaret dans le Paris de 1917 en se mêlant aux comédiens et en déambulant à leurs côtés. Une expérience en demi-teinte. Tout commence par la réception d’un carton d’invitation dans votre boîte mail, le matin même de la représentation.

Ce dernier convie les spectateurs au mariage de Blanche et Vadim, dévoilant par la même occasion l’adresse secrète du Phénix. Un haut lieu fictif de fête et de liberté qui «en raison du couvre-feu, ne doit être révélée à personne». Le ton est donné. Le mystère qui entoure la représentation est prometteur. A l'heure dite (19h 30 ou 21 h 30), les invités pénètrent, par petit groupe de cinq, dans les lieux munis d’un loup autour des yeux. Dans un boudoir habillé d’affiche d’époque, un film est noir est blanc est projeté. On patiente autour d’un verre, dans la pénombre, avant de pousser les portes du Phénix. 

Un cadre soigné, des comédiens dans leurs rôles 

Le cadre vaut le détour. Sous une verrière, flottent de jolis lampions qui invitent au voyage. Dans un salon cosy chic et sexy, peuplé de guéridons et canapés en velours, les tours de chants s’enchaînent, mutins et efficaces, dans une ambiance de cabaret gentiment libertine. Le tout est séduisant. Olympia, longiligne artiste et star des lieux fait son effet, tout comme son compère travesti drôle et touchant, tout droit sorti de l’univers graphique de Pierre et Gilles. Un peu plus loin, la chambre de Blanche et son bureau attenant, truffé de robes et de bibelots d’époque, donnent à voir un cadre plus intime.

On feuillette ici une lettre manuscrite, là, de vieilles coupures de journaux, pendant que la vie de cette ancienne maison close et de ses occupantes se joue doucement sous nos yeux. Les filles s’habillent, papotent, vont et viennent, racontent les lieux, l'histoire de Blanche, «fille de prostituées, élevée par des prostituées». 

CLOSE (2019) - Official Trailer I Short from Big Drama on Vimeo.

Un récit en pointillé 

Déambulant d’une pièce à l’autre, le public observe, écoute, suit tel ou tel comédien. Entre deux coups de sirènes, rappelant que la scène se déroule en temps de guerre, le récit s’active. On attend Vadim, le futur époux. Pourquoi tarde-t-il ? Si la tension dramatique affleure, portée par la troupe de onze artistes, elle ne convainc pourtant pas totalement.

Drame, trahison, secret… il n’est pas si simple de suivre les subtilités du récit, qui se déroule à divers endroits, au risque de manquer certaines intrigues que l’on découvre en cours de route, par hasard, brisant ainsi le rythme des révélations. A souligner toutefois qu'on entre dans cette histoire comme dans une séance d'hypnose, porté par la voix et le décompte d'un conteur qui offrirait un voyage dans le temps. Un procédé entraînant et bien pensé qui plante le décor avec subtilité.   

Une interaction mitigée

Certes, les comédiens interpellent ici et là le public, demandent de l’aide pour habiller la mariée, posent une main sur une épaule, invitent ceux qui le souhaitent à pousser la chansonnette… et, en ce sens, «Close» brise le quatrième mur, c'est indéniable. Encore faut-il être au bon endroit, au bon moment. A noter, les détenteurs d’un billet VIP (à partir de 58 €), qui pourront comme l'annonce la production «influencer le cours de l’histoire en qualité de témoin de la mariée», devront être à l'affût pour ne pas manquer ce moment privilégié et devenir pleinement acteur de ce récit. Nous sommes malheureusement passés à côté. 

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