Le show total d'Alex Lutz aux Folies Bergère

Alex Lutz invite sur scène un superbe cheval blanc, qui fera partie intégrante du spectacle. Alex Lutz invite sur scène un superbe cheval blanc, qui fera partie intégrante du spectacle. [@ J.-C.LAUTHER]

Alex Lutz le touche-à-tout. Non content d'avoir récolté cette année le César du meilleur acteur pour son rôle-titre dans le film «Guy» - qu'il a réalisé -, le comédien reprend actuellement aux Folies Bergère son spectacle présenté pendant 15 dates dans un Olympia archi-plein.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il sait tout faire. Celui dont le talent a fait merveille dans la pastille «Catherine et Liliane» sur Canal+ prouve une nouvelle fois que son imagination est sans limite, et surtout sans équivalent. Car si rire est bien la motivation première du show concocté par Lutz, il sait, en comédien multicarte, déjouer les attentes des spectateurs, et ce dès l'entame, lorsqu'il arrive sur scène accompagné d'un sublime... cheval, avec lequel il réalise quelques mouvements. Un instant de grâce et de poésie que l'humoriste va se faire un plaisir de reproduire, cassant les codes du one-man show classique et son enfilade ininterrompue de sketchs.

Repoussant toujours plus loin la facilité, Alex Lutz évite ainsi l’écueil du rire à tout prix en osant par petites touches faire réfléchir, soupirer, sourire voire même verser une petite larme à son public, comme lorsqu'il esquisse quelques pas de danse, ou croque à la perfection - l'un de ses nombreux talents - cette mamie souriante pour qui tout va bien, hormis l'enfilade de problèmes qu'elle égrène dans la bonne humeur.

Toutes ces fêlures dont il vaut mieux rire

C'est donc armé d'une longue et solide galerie de personnages que l'humoriste va embarquer son public à travers un large éventail d'émotions, sur des thèmes souvent en résonance avec notre époque, comme ce soudain appel au calme pour les hommes, face à ces «femmes qui l'ouvrent en ce moment».

Si tous sont des échorchés vifs, des paumés, des caractériels ou des asociaux en quête de réussite ou de sérénité, leurs fêlures portent à rire autant qu'à s'émouvoir. Dans des postures et gestuelles précises dont il a le secret - pour lui pas besoin de déguisements -, usant du silence autant que des onomatopées (hilarant passage remontant à l'invention du rire par un pétomane de la préhistoire), il fait se plier en deux la salle avec ce chef d'orchestre sans bras maniant la baguette avec la bouche, ou lorsque, façon Deschiens, il campe ce père de famille soucieux de voir sa fille privilégier l'entrée à Science Po plutôt que ses vocalises pour le concours de «The Voice».

En résulte un show délicieusement loufoque, sur le fil, dans lequel le comédien, qui n'aime rien tant que les personnages à son image qui doutent, se pose tout un tas de questions - les nuages sont-ils les excréments des anges, les peintures rupestres étaient-elles des listes de course ? - et y répond avec autant de franchise que d’absurdité. Pas étonnant que le monsieur ait mis si longtemps à se défaire de son premier spectacle, pour lequel il avait obtenu un Molière de l'humour en 2016. Un artiste aussi complet qu’essentiel, et dont les spectacles possèdent cette qualité rare de pouvoir être revus sans lassitude.

Alex Lutz, jusqu'au 25 février, Folies Bergère, Paris 9e.

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