Le frère d'un gros gagnant à l'Euro Millions poursuit UBS pour mauvais conseils

Pascal Brun pose, le 21 décembre 2004 à Boulogne-Billancourt, avec le chèque de 26.215.627 euros gagné à l'Euro Millions [Jack Guez / AFP/Archives] Pascal Brun pose, le 21 décembre 2004 à Boulogne-Billancourt, avec le chèque de 26.215.627 euros gagné à l'Euro Millions [Jack Guez / AFP/Archives]

Le frère d'un homme qui avait gagné plus de 26 millions d'euros à l'Euro Millions fin 2004 réclame mardi devant la cour d'appel de Versailles plus de 5,4 millions d'euros à une filiale de la banque suisse UBS, estimant qu'elle l'a mal conseillé dans une opération immobilière.

Cette filiale, UBS Immobilier, estime au contraire n'avoir rien à se reprocher.

Pascal Brun, 43 ans, boucher à Bègles (Gironde), qui a gagné 26,2 millions d'euros au jeu Euro Millions l'année précédente, aide en 2005 son frère Stéphane, 47 ans, buraliste, à racheter à une compagnie d'assurances l'hôtel Victoria, à Grasse (Alpes-Maritimes), dans l'objectif de le revendre rapidement avec une plus-value.

L'année suivante, Stéphane, via sa société Nevets III, choisit le candidat au rachat le mieux-disant, à 4,5 millions d'euros, parmi ceux trouvés par UBS Immobilier, mandatée pour l'opération: la société FGOMES, dirigée par un certain Fernando de Almeida Gomes, prétendûment richissime.

Mais au moment de signer la promesse de vente, le 27 avril 2006, celui-ci n'a pas les 225.000 euros de caution nécessaires. Stéphane Brun est inquiet, hésite à signer, mais le fait quand même, encouragé notamment, dit-il, par la directrice d'UBS Immobilier, présente à la transaction. Il accepte même que FGOMES prenne possession immédiate des lieux, sous bail précaire d'un an.

Mais l'acheteur ne consigne jamais la caution, ne paie pas les loyers, sa société est mise en liquidation judiciaire en octobre 2007, et lui-même placé en faillite personnelle. M. Brun s'aperçoit par ailleurs que la directrice d'UBS Immobilier est l'épouse de l'avocat de FGOMES.

Manquements d'UBS ou mauvais choix de M. Brun ?

Nevets III parvient à faire condamner UBS le 28 janvier 2010, par le tribunal de commerce de Paris, à lui verser 312.000 euros au titre des dommages et intérêts, du préjudice moral et des frais de justice. Le tribunal relève "une grande négligence" et des "manquements graves" d'UBS dans cette affaire.

Mais ce jugement est infirmé le 17 mars 2011 par la cour d'appel de Paris. Nevets III obtient que la Cour de cassation, le 28 juin 2012, casse l'arrêt de la cour d'appel, pour insuffisance de motivations, et renvoie l'affaire à la cour d'appel de Versailles.

L'avocat d'UBS, Me Jean-Pierre Mattout, considère comme "extravagantes" les demandes d'indemnisation de Nevets III, d'un montant de 5.411.962 euros. Pour l'avocat, UBS Immobilier "avait donné par écrit des conseils pour réaliser l'opération de manière très sûre", et c'est M. Brun qui a "choisi de changer les données". Me Mattout observe qu'UBS n'a rien gagné dans cette affaire.

L'avocat estime que Stéphane Brun était déjà en 2006 un marchand de biens aguerri, puisque Nevets III était sa troisième société immobilière. Quant au lien entre la directrice d'UBS Immobilier et l'avocat de FGOMES, UBS met cette coïncidence sur le compte de "l'étroitesse des réseaux et des relations professionnelles dans le milieu de l'investissement immobilier".

M. Brun estime au contraire être tombé "dans un guet-apens". "A l'époque, assure-t-il, je ne m'y connaissais pas comme marchand de biens". "Aujourd'hui, après cette affaire, beaucoup mieux", sourit-il. Il compte désormais transformer l'hôtel en résidence pour seniors.

Il assistera à l'audience devant la 13e chambre.

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