Bernard Werber : "J’écris d’abord les livres que j’ai envie de lire"

Bernard Werber, auteur de l'ouvrage "La Voix de la Terre" paru aux éditions Albin Michel Bernard Werber, auteur de l'ouvrage "La Voix de la Terre" paru aux éditions Albin Michel[Alain Jocard / AFP]

A la tête d’une oeuvre lue par 20 millions de personnes, Bernard Werber est l’un des écrivains français les plus connus et suivis hors de nos frontières. Avec "La Voix de la Terre", l’auteur des "Fourmis" ajoute une pierre à un édifice fort de vingt-un romans qu’il se plaît à qualifier de philosophie de fiction.

 

Vous avez donné la parole à des fourmis, à des anges... Aujourd’hui c’est au tour de la Terre.

Je crois que la meilleure manière de comprendre un système est d’en sortir. Comprenons qui nous sommes à partir de la vision des fourmis, des extra-terrestres... C’est une sorte de philosophie de fiction.

Faire parler la Terre relativise nos problèmes, nous replace dans un espace-temps plus large. La planète est immense et ancienne. Nous sommes des parasites qui n’avons pas plus de légitimité que les autres formes animales pour l’occuper.

 

Le début du livre emprunte, non sans humour, aux classiques des films catastrophes tels que "Deep Impact", "Armageddon"…

Je ne voulais pas écrire un livre défaitiste, ni un livre où la Terre se serait plaint de la pollution, du comportement des hommes… Je voulais montrer qu’il y a toujours eu des problèmes. Et que ce n’est pas une question de morale, mais une question d’imagination. Il faut remettre l’imagination au centre du débat, y compris au centre des débats écologiques.

 

Etes-vous engagé, à titre personnel, pour l’écologie ?

J’ai été contacté par les écologistes. Ils m’ont demandé de faire de la politique mais je me suis aperçu qu’ils étaient dans des débats politiciens, qu’ils n’étaient pas du tout dans une vision globale de la planète. Pour moi, faire de l’écologie, ce n’est pas seulement faire des alliances entre des partis, et faire des coups. En fait, tous les partis devraient être écologistes.

Ce qu’on peut appeler l’écologie est l’envie de laisser à nos enfants une planète avec de l’air, de l’eau et de préférence la paix. Est-ce qu’il y a un parti qui se bat pour ça ? J’ai l’impression que pour l’instant, le combat écologiste, fait par les Verts notamment, est très politico-politicien. Il n’y a pas d’envergure, pas de vision globale.

C’est pour ça que dans "La Voix de la Terre", j’ai voulu rappeler la nécessité de regarder dans le temps et l’espace qui nous sommes et ce que nous sommes en train de faire. Ce n’est pas à un petit parti de faire la morale. C’est à tous les partis d’aller vers l’évidence. Laisser la planète propre, ça veut dire renoncer à la consommation à outrance pour rentrer dans un système harmonieux. Notre intérêt consiste à protéger la planète sur laquelle nous marchons.

 

Menez-vous une vie écoresponsable ?

Je circule essentiellement à Vélib' à Paris. Je fais des grandes marches en forêts. Je mange peu de viande. Tout ça ne m’a pas l’air d’être de l’écologie mais de l’hygiène.

Mes personnages fonctionnent aussi comme ça. Ils ont pris conscience qu’il y avait une autre manière de faire de l’écologie qui consiste à se rappeler que nous sommes des parasites sur un être plus grand, qui peut nous supporter si nous ne faisons pas trop de dégâts. Mais si tous les dix ans, nous multiplions notre population, il y aura un moment où la planète ne pourra plus nous fournir ses fruits et ses trésors.

 

Quel est le secret de votre longévité?

Ca fait 23 ans que je fais ce métier et j’ai publié 21 romans et je dois avoir 20 millions de lecteurs. Voilà les chiffres que me donne mon éditeur. Mon secret repose sur le rythme. J’écris tous les jours depuis l’âge de 16 ans. De 8h à 12h30. Et je n’ai jamais dérogé à cette règle. Ainsi, j’écris 10 pages tous les jours.

L’écriture est un muscle qui s’entretient. Plus vous écrivez, plus c’est facile et plus vous devenez audacieux.

 

Si cette rigueur entretient l’écriture, il faut quand même trouver l’inspiration…

J’étais journaliste avant et j’ai accumulé à cette occasion beaucoup de documentation ainsi qu’un réseau de scientifiques et d’historiens que je continue à voir tous les jours. C’est par le biais de conversations avec eux que me vient l’étincelle.

Une autre rigueur m’aide également : écrire tous les jours une petite idée de nouvelle. Je me retrouve ainsi avec une masse très importante d’idées dont je sélectionne les meilleures.

 

L’accueil des médias est souvent partagé sur vos ouvrages.

Mon éditeur m’a toujours dit : "soit vous plaisez aux critiques, soit vous plaisez aux lecteurs. Mais les deux sont antinomiques". Je sais comment fonctionne le système. L’accueil qui m’importe est celui des lecteurs. La meilleure critique est le temps. En France, la littérature de l’imaginaire est peu connue et peu développée. Mais il faut une littérature plus ambitieuse, qui donne plus de perspectives. J’écris d’abord les livres que j’ai envie de lire.

 

Etes-vous plutôt optimiste ou pessimiste concernant l’avenir de la race humaine ?

Pessimiste sur le court terme et optimiste sur le long terme. Chaque fois qu’il y a eu une erreur à faire, elle a été faite. Mais il y a eu des gens pour rectifier le tir. Le discours moralisateur n’a pas d’écho. Par contre, l’expérience négative donne à réfléchir. La Société des Nations est née de la Deuxième Guerre mondiale... Il y aura d’autres Tchernobyl, d’autres Fukushima, d’autres conflits dans le monde, de plus en plus de pollution. Ca fait partie d’un cheminement nécessaire qui nous amènera à devenir intelligents et conscients. L’homme apprend par l’erreur et par le danger.

 

"La Voix de la Terre", de Bernard Werber, éd. Albin Michel, 22,90€.

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