Les séries françaises peinent à s'exporter

L'acteur français Gregory Fitoussi, héros de la série "Engrenages", à Monaco le 8 juin 2009[AFP/Archives]

Des épisodes en nombre insuffisant, des scénarii trop longs à aboutir et un manque d'audace : les séries télévisées françaises peinent à s'exporter, face à des productions américaines et européennes qui ont pris depuis longtemps le train de l'industrialisation.

"En France, on a de bons auteurs qui ont du talent, des univers, de la personnalité mais qui ne sont pas forcément capables de transmettre une technique. On a besoin en France de passer par de grands auteurs (étrangers), comme (l'Américain) Tom Fontana ("Borgia") pour comprendre", constate le directeur de la fiction de Canal +, Fabrice de la Patellière.

Depuis des années, les exportations de séries françaises à l'étranger peinent à décoller : leur chiffre d'affaires était d'un peu moins de 20 millions d'euros en 2011, selon l'association des exportateurs de programmes audiovisuels français, TVFI.

Un problème de rythme

En cause, le rythme et la technique narrative des scénaristes : "On a malheureusement trop tendance à raconter la situation. Les scénaristes américains font en sorte que les comédiens les vivent", estime le directeur de Lagardère Entertainement, Takis Candilis.

Pour fabriquer sa nouvelle série policière tournée en anglais, "A Cop in Paris" ("Le Grand" en français, qui sera diffusé sur TF1), Lagardère Entertainement a fait appel au scénariste canadien René Balcer ("New York, section criminelle"), pour être le "showrunner", c'est-à-dire le directeur artistique de la série. Jean Reno et Jill Hennesy ("Preuve à l'appui") feront notamment partie du casting de la série déjà prévendue dans une quinzaine de pays.

"On est très demandeur d'une logique industrielle mais il faudrait élaborer des règles du jeu", insiste Jean-André Yerlès, président de la Guilde des scénaristes, à l'occasion du festival "Séries Séries" de Fontainebleau.

"En France, on est obligé de travailler sur 5 ou 10 projets en même temps car on ne rémunère pas notre exclusivité, contrairement aux Etats-Unis où les scénaristes sont à la fois payés pour l'épisode qu'ils écrivent et pour leur jus de cerveau lors de +writting rooms+ (ateliers d'écriture)", déplore M. Yerlès.

Quelques réussites

Le secteur semble toutefois sortir peu à peu de l'ornière, dynamitée par l'offre de Canal +. Parmi les récents succès à l'export figurent notamment "Braquo", "Mafiosa" et surtout "Engrenages", devenue la série française la plus vendue à l'international dans près de 70 pays.

Reste que le nombre d'épisodes dans chaque saison est encore trop peu nombreux pour les acheteurs étrangers, qui ont besoin de se constituer un catalogue pour créer des rendez-vous fidélisants.

"Parfois je suis obligée d'attendre trois ou quatre ans avant de lancer une série car on n'existe pas sur le marché si l'on n'a pas assez d'épisodes. Pour +Soeur Thérèse.com+, il n'y a eu en 10 ans que 21 épisodes produits. C'est incompréhensible pour les étrangers. Le minimum doit être de 12 épisodes par an", souligne la distributrice de Newen, Laetitia Recayte.

Pour espérer rivaliser avec leurs concurrentes américaines, britanniques ou scandinaves, les séries françaises doivent non seulement se doter d'un budget plus important, via les coproductions internationales, être tournées en anglais ("Borgia") et surtout ne plus souffrir du manque d'audace des chaînes.

"Il y a eu un +trou noir+ pendant cinq ou six ans pendant lesquels les diffuseurs hésitaient à prendre un risque et cédaient à la facilité de trouver sur le marché international des séries longues toutes faites, qui ne coûtaient pas cher", explique Jean-Pierre Guérin, président de la confédération des producteurs de l'audiovisuel.

L'effet se fait encore sentir aujourd'hui : en 2011, sur les 100 meilleures audiences figuraient seulement quatre fictions françaises, contre 56 en 2005, selon le président du CSA, Michel Boyon.

Vous aimerez aussi

Médias Vidéo : Frédéric Beigbeder crée le malaise et arrête sa chronique sur France Inter
Réseaux sociaux Consentement sexuel : polémique chez Fun Radio autour d’un tweet
Polémique Jean-Luc Mélenchon ouvre un nouveau front contre les médias

Ailleurs sur le web

Derniers articles