Affaire Al-Doura: une décision attendue en France mercredi sur fond de polémique

Le journaliste de France 2 Charles Enderlin, à Paris, le 4 octobre 2010 [Joel Saget / AFP/Archives] Le journaliste de France 2 Charles Enderlin, à Paris, le 4 octobre 2010 [Joel Saget / AFP/Archives]

Trois jours après la publication d'un rapport gouvernemental israélien jugeant "infondé" un reportage de France 2 sur la mort d'un enfant palestinien en 2000, la cour d'appel de Paris doit rendre sa décision mercredi dans une affaire de diffamation entre le journaliste Charles Enderlin et le directeur d'un site d'analyse des médias.

Près de 13 ans après les faits, la polémique reste vive et les débats passionnés à propos de ces images qui avaient fait le tour du monde et constituent un épisode marquant de la guerre médiatique entre Israéliens et Palestiniens.

Elles montraient la mort de Mohammad al-Doura, protégé par son père Jamal, sous les tirs croisés de l'armée israélienne et de combattants palestiniens au début de la deuxième Intifada (2000-2005) à un carrefour près de Gaza.

Le premier rapport officiel israélien, diffusé dimanche, exonère l'armée israélienne du décès de l'enfant sur lequel il jette le doute.

"Contrairement à l'affirmation du reportage selon lequel l'enfant a été tué, le visionnage par la commission (gouvernementale) des images non montées montre que dans les scènes finales, qui n'ont pas été diffusées par France 2, on voit l'enfant vivant", selon le texte.

Des captures d'écran d'un reportage de France 2 montrant un jeune Palestinien et son père sous des tirs, le 30 septembre 2000 à Gaza [- / France2/AFP/Archives]
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Des captures d'écran d'un reportage de France 2 montrant un jeune Palestinien et son père sous des tirs, le 30 septembre 2000 à Gaza

Selon le rapport israélien, il n'y a pas de "preuve que Jamal ou l'enfant aient été blessés de la manière présentée par le reportage (...). Au contraire, il y a de nombreuses indications selon lesquelles aucun des deux n'a été touché".

"Nous avons toujours dit, y compris à la Cour suprême israélienne, que nous étions prêts à une enquête publique indépendante selon les standards internationaux", a répondu M. Enderlin à l'AFP

"Nous n'avons jamais été contactés pour une enquête israélienne quelconque", a dit M. Enderlin, expliquant que l'auteur du rapport "n'a jamais contacté France 2. S'il l'avait fait, nous aurions demandé de quelle enquête il s'agissait et s'il était question d'une commission indépendante", a-t-il souligné.

"Il n'y a rien ici de nouveau pour quiconque a déjà examiné cette affaire par le passé", reconnaît un éditorialiste du quotidien Maariv (droite) et d'autres commentateurs jugent même cette publication inutile voire nuisible à Israël.

Le père de l'enfant, Jamal al-Doura a réaffirmé lundi à l'AFP à Gaza être "prêt à une commission d'enquête internationale" et estime que le rapport "a été fabriqué de toutes pièces".

La famille de Mohammad al-Doura se recueille sur sa tombre, au cimetière de Bureij, dans la bande de Gaza, le 20 mai 2013 [Mohammed Abed / AFP]
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La famille de Mohammad al-Doura se recueille sur sa tombre, au cimetière de Bureij, dans la bande de Gaza, le 20 mai 2013

Ce rapport, n'ayant pas été produit lors des débats devant la cour d'appel de Paris, n'a aucune incidence dans la procédure opposant M. Enderlin à Philippe Karsenty, directeur de Média Ratings, qui se présente comme une agence de notation des médias.

Ce dernier est poursuivi pour avoir affirmé en 2004 que le reportage était "une supercherie", une "série de scènes jouées".

Condamné en première instance, M. Karsenty avait bénéficié d'une relaxe en appel. La décision avait été annulée par la Cour de cassation.

Lors de l'audience, l'avocat général avait laissé à la cour le soin d'apprécier si M. Karsenty devait être condamné ou non, affirmant que la cour devait se livrer à un "débat technique" sur la diffamation et non établir ou rétablir une "réalité historique".

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