Etats-Unis : le groupe de presse Tribune pourrait passer aux mains des conservateurs

Le siège du groupe de presse Tribune (au centre avec le drapeau), en 2012 à Chicago [Scott Olson / Getty Images/AFP/Archives] Le siège du groupe de presse Tribune (au centre avec le drapeau), en 2012 à Chicago [Scott Olson / Getty Images/AFP/Archives]

La polémique fait rage autour de la cession du grand groupe de presse américain Tribune, propriétaire entre autres du Los Angeles Times, qui intéresse des investisseurs proches des milieux ultra-conservateurs et fait craindre un changement radical de ligne éditoriale.

Le groupe The Tribune Company est propriétaire du Los Angeles Times, du Chicago Tribune, du Baltimore Sun et de cinq autres grands quotidiens. Sa vente constituerait la plus importante transaction du secteur de la presse écrite aux Etats-Unis.

Même si aucune offre officielle n'a pour l'instant été annoncée, les milliardaires Charles et David Koch, connus pour soutenir financièrement des groupes conservateurs, semblent toutefois très intéressés.

Cette perspective a déclenché les réactions épidermiques d'opposants, qui ont déjà organisé plusieurs manifestations de protestation.

Le milliardaire David Koch (g), le 5 novembre 2011 à Washington [Nicholas Kamm / AFP/Archives]
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Le milliardaire David Koch (g), le 5 novembre 2011 à Washington
 

Selon le News York Times, le rachat de ces titres permettrait aux deux frères milliardaires de faire la promotion de leurs idées libertariennes (libérales radicales) et de soutenir leur campagne destinée à réduire le rôle de l'Etat fédéral, faire baisser les impôts et diminuer la réglementation.

"Il est peu probable que les frères Koch prennent le contrôle de ces journaux sans vouloir faire passer leurs idées conservatrices", estime également Angelo Carusone, de Media Matters, un groupe de réflexion qui a pour mission de traquer les "fausses informations conservatrices" dans les médias.

"On ne parle pas de simples journaux, mais de huit publications qui sont soit exclusives soit très influentes au niveau local", ajoute M. Carusone.

"Les frères Koch n'ont jamais été engagés dans les journaux. La seule raison pour laquelle cela peut les intéresser c'est pour faire avancer leurs idées au niveau politique", dit de son côté Rick Jacobs, du groupe Courage Campaign, qui a organisé certaines des manifestations.

Des passants dans une rue de Chicago devant le siège du journal Chicago Tribune, en juin 2012 [Scott Olson / Getty Images/AFP/Archives]
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Des passants dans une rue de Chicago devant le siège du journal Chicago Tribune, en juin 2012
 

Selon un article du Chicago Tribune, une quarantaine d'acheteurs potentiels ont exprimé leur intérêt pour un ou plusieurs journaux, mais les actuels propriétaires aimeraient vendre le groupe en une seule fois.

Revenus et circulation en baisse

Pour Dan Kennedy, professeur de journalisme à la Northeastern University, cette volonté de tout vendre en une seule transaction signifie "qu'il ne peut s'agir que d'acheteurs potentiels très riches", comme les frères Koch, ou le groupe News Corp. de Rupert Murdoch.

M. Kennedy ajoute qu'il n'y a "rien de nouveau à voir des gens acheter des journaux pour faire passer leurs points de vue", mais les frères Koch ont déclenché de telles réactions parce que "ce sont des libertariens extrêmes, qui semblent en plus haïr les médias".

A l'inverse, malgré toutes les critiques auxquelles il doit faire face, Rupert Murdoch est un "homme de journaux" qui a une longue histoire dans ce secteur en Australie, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, où il possède le Wall Street Journal et le New York Post.

"Si j'étais l'un de ces journaux (du groupe Tribune) je soutiendrais Murdoch plutôt que les frères Koch", ajoute Dan Kennedy.

Une boîte à jounaux du Los Angeles Times devant le siège du quotidien, propriété du groupe Tribune, en 2007 à Los Angeles [Gabriel Bouys / AFP/Archives]
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Une boîte à jounaux du Los Angeles Times devant le siège du quotidien, propriété du groupe Tribune, en 2007 à Los Angeles
 

Koch Industries, dont les principaux secteurs d'activité sont le raffinage, les produits chimiques et les oléoducs, a diffusé un communiqué dans lequel la société explique "explorer constamment les opportunités de profits dans nombre d'industries et de secteurs".

Considérations politiques mises à part, l'aspect économique de ce rachat pourrait s'avérer intimidant.

La valeur des journaux mis en vente a été estimée à 623 millions de dollars, mais selon un analyste des médias, Ken Doctor, celle-ci "diminue chaque année, chaque mois".

"Les revenus sont en baisse, leur circulation aussi", a-t-il ajouté, soulignant que les journaux allaient devoir trouver un moyen d'effectuer la transition vers l'ère numérique.

Or si les frères Koch rachètent ces journaux et en font des publications partisanes, cela fera fuir encore plus les abonnés, rendant cet investissement inutile.

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