Explosions au Congo: la vie des sinistrés encore plus précaire avec les pluies

"Nos enfants ont pleuré toute la nuit": comme Estelle, des milliers de sans-abri depuis les explosions meurtrières du 4 mars à Brazzaville ont été effrayés dans la nuit lundi à mardi par un violent orage, au début de pluies faisant craindre une détérioration de conditions de vie déjà précaires.[AFP]

"Nos enfants ont pleuré toute la nuit": comme Estelle, des milliers de sans-abri depuis les explosions meurtrières du 4 mars à Brazzaville ont été effrayés dans la nuit lundi à mardi par un violent orage, au début de pluies faisant craindre une détérioration de conditions de vie déjà précaires.

"J'aurais voulu rentrer chez moi, mais je ne peux pas le faire parce que toute notre maison est par terre", raconte à l'AFP Estelle Wanangouti, 25 ans, hébergée dans la cour de la cathédrale Sacré Coeur comme quelque 6.500 autres sinistrés, selon la Croix-Rouge.

Ce site, un marché couvert et deux stades, entre autres, accueille au total plus de 14.000 sans-abri. Ils ont tout perdu lors des explosions d'un dépôt de munitions dans l'est de la capitale du Congo, qui ont fait 223 personnes morts et plus de 2.300 blessés.

"Ni moi, ni mon enfant, ni les amis que vous voyez à mes côtés, personne n'a fermé l'oeil de toute la nuit. La pluie qui s'est abattue sur la ville a tout mouillé", explique la jeune femme.

A la cathédrale, à moins de 3 kilomètres de l'épicentre de l'explosion, une vingtaine de tentes ont été dressées dans le jardin recouvert de gazon, mais de nombreuses familles sont toujours installées à même le sol et dorment à la belle étoile.

Défaisant les cheveux de sa fille de 3 ans, Estelle prie que son matelas détrempé sèche avant la nuit. Bien d'autres sinistrés sont dans le même cas et ont étendu leurs vêtements et leur matelas sur le toit des tentes, notamment.

"La plupart des sinistrés que nous avons ici dorment à la belle étoile. Avec les pluies, il faut craindre l'apparition des épidémies", s'inquiète Martin Bouiti, responsable du site. Des eaux de lessive et de vaisselle ruissellent.

"L'eau potable manque. Il faut en apporter et sensibiliser les occupants des sites", avait déjà prévenu il y a peu le ministre de la Santé, Georges Moyen, craignant une épidémie de maladies hydriques, comme le choléra.

Au milieu de la cour, une bâche à eau d'ordinaire alimentée par les humanitaires est vide et les sinistrés s'approvisionnent dans les environs en attendant qu'elle soit de nouveau remplie. Ailleurs, des fontaines sont en construction pour d'autres centres d'accueil.

Derrière le bâtiment où les repas sont distribués, les enfants font leurs besoins à l'air libre. "Nous demandons à tout le monde d'essayer de s'organiser en attendant que les latrines soient prêtes, mais chacun se soulage où il peut", déplore Leonel Omi, de la Croix rouge congolaise.

La situation des enfants devient préoccupante. "Depuis hier (lundi), nous avons recensé plus de dix enfants malnutris. Ce ne sont pas des cas graves", a indiqué à l'AFP Flora Pouela-Pouela de l'ONG Médecins d'Afrique (MDA).

L'Observatoire congolais des droits de l'homme (OCDH) a critiqué mercredi la gestion de la crise par les autorités "à tous les niveaux", déplorant notamment l'insuffisance des mesures d'accompagnement des sinistrés.

Dans le quartier de la cathédrale, une équipe du Centre de santé intégré (CSI) a commencé à vacciner contre la rougeole les enfants de 6 mois à 15 ans. Les moins de cinq ans reçoivent aussi de la vitamine A.

Pour reloger durablement les sinistrés, dont beaucoup ont aussi été accueillis chez des proches, le gouvernement a notamment promis la construction d'un "quartier d'habitation moderne de 5.000 maisons", en banlieue de Brazzaville, promettant "un achèvement rapide des travaux".

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