Birmanie : Aung San Suu Kyi en route vers l'histoire

Aung San Suu Kyi, l'opposante birmane lors d'un meeting Aung San Suu Kyi, l'opposante birmane lors d'un meeting. [SOE THAN WIN / AFP]

Les bureaux de vote ont ouvert dimanche en Birmanie pour des élections partielles historiques qui devraient permettre à l'opposante Aung San Suu Kyi d'entrer au parlement après 15 ans en résidence surveillée.

Les électeurs ont commencé leur devoir civique comme prévu à 6h00 locales (samedi 23h30 GMT) dans la capitale Rangoun. Les bureaux doivent fermer à 16H00.

La lauréate du prix Nobel de la paix, considérée il y a encore deux ans comme l'ennemie publique numéro un par la junte alors au pouvoir, est largement favorite à Kawhmu, une circonscription rurale à deux heures de Rangoun où elle affronte le verdict des urnes pour la première fois de sa vie.

Un total de 45 sièges sont en jeu dont 44 brigués par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Suu Kyi: 37 à la chambre basse du parlement, six à la chambre haute et deux dans des chambres régionales.

Le gouvernement, composé d'anciens militaires réformateurs arrivés au pouvoir il y a un an, tente de prouver que ses réformes politiques sont sincères et peuvent justifier la levée des sanctions occidentales qui étranglent l'économie du pays. Au terme d'un processus de transition non violent et sous contrôle de l'armée, cette nouvelle équipe a proposé à Suu Kyi d'intégrer l'échiquier politique officiel. Selon tous les analystes, le gouvernement a lui-même intérêt à voir l'opposante triompher sous le regard de la communauté internationale.

Suu Kyi a dénoncé une campagne pleine d'irrégularités. Mais elle a aussi revendiqué le besoin de participer - donc de légitimer - le processus en cours pour changer les choses de l'intérieur. "Une fois au parlement, nous pourrons travailler pour une véritable démocratisation", a-t-elle justifié vendredi.

Après avoir mis un terme à ses déplacements il y a quelques jours à la suite de problèmes de santé mineurs, Suu Kyi a quitté samedi sa maison de Rangoun pour rejoindre Kawhmu.

"J'ai pas mal d'inquiétudes. Nous devons attendre et voir comment ça se passe", a admis Nyan Win, porte-parole de la LND, sans autre précision. Suu Kyi "va bien", a-t-il cependant précisé. "Elle est fatiguée mais il n'y a pas de raisons de s'inquiéter" sur ce point.

Après des années à dissimuler leur soutien pour une femme qui s'est muée en icône de la résistance à la junte, ses partisans laissaient depuis quelques semaines éclater leur joie. La chanson "Notre mère est de retour" est ainsi devenue un tube de campagne.

Et sur les trottoirs, les habitants étaient visiblement heureux de pouvoir enfin exprimer librement leur soutien.

Aung San Suu Kyi avait triomphé aux élections de 1990, sans que la junte ne reconnaisse jamais les résultats. Elle était encore en résidence surveillée vingt ans plus tard, en novembre 2010, lors de législatives boycottées par la LND et qualifiées de mascarade par l'Occident.

"Le processus électoral de 2010 (...) a représenté une opportunité ratée (...) Cela ne doit pas se reproduire alors que la Birmanie entre dans une ère nouvelle et plus ouverte", a estimé dans un communiqué l'envoyé spécial de l'ONU sur les droits de l'Homme en Birmanie, Tomas Ojea Quintana.

La LND vise une victoire dans les 44 circonscriptions où elle se présente. Mais si le charisme et l'expérience de sa chef de file semblent inébranlables, certains de ses autres candidats sont opposés à des leaders fortement implantés localement, notamment dans les zones ethniques des confins du pays.

Quels que soient les résultats, le pouvoir n'a pour sa part rien à craindre de ces partielles.

Le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP), créé de toutes pièces par l'ancienne junte, avait revendiqué environ 80% des sièges en 2010. Et un quart des parlementaires sont, en vertu de la Constitution, des militaires d'active désignés en marge du processus électoral.

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