Birmanie : les étudiants dénoncent un pas en arrière

Des leaders birmans de Génération 88, une organisation étudiante, montrent la photo d'une étudiante arrêtée la veille, le 7 juillet 2012 à Rangoun[AFP]

Les leaders étudiants birmans ont appelé samedi à la libération immédiate de leurs camarades interpellés la veille, dénonçant un pas en arrière du pouvoir qui n'avait pas mené ce type d'opérations depuis la dissolution de la junte, en mars 2011.

Au moins vingt responsables étudiants, selon leurs pairs, ont été arrêtés vendredi soir à travers le pays, à la veille de cérémonies consacrées au cinquantenaire des manifestations de 1962, année qui a marqué le début d'un demi-siècle de juntes militaires.

Malgré cette vague d'interpellations inattendue et la présence de policiers en civil prenant des photos, plus de 300 personnes se sont réunies à Rangoun au siège de Génération 88, une organisation étudiante à l'origine du soulèvement de 1988 réprimé dans le sang, a constaté une journaliste de l'AFP.

"Nous appelons à la libération immédiate des étudiants arrêtés", a déclaré Kyaw Ko Ko, un jeune leader étudiant. "Des arrestations sans raison peuvent causer du tort à la réconciliation nationale. Nous accusons aussi le gouvernement d'essayer de reculer", a-t-il déclaré.

Il y a cinquante ans tout juste, les étudiants avaient manifesté contre le coup d'Etat ayant porté au pouvoir le général Ne Win, qui dirigera la Birmanie d'une poigne de fer jusqu'en 1988.

La répression avait fait plusieurs dizaines de morts et le bâtiment de l'Union étudiante, où s'étaient réfugiés des blessés, avait été dynamité le lendemain par les autorités.

"Les arrestations sont un obstacle sur le chemin vers la démocratie", a estimé Mie Mie, cadre historique de Génération 88, réclamant elle-aussi la "libération immédiate" des militants qui avaient prévu de rendre hommage à leurs prédécesseurs tombés le 7 juillet 1962.

Cette vague d'arrestation est surprenante alors que le régime a libéré mardi dernier une vingtaine de prisonniers politiques supplémentaires, après les quelque 500 libérés en octobre et janvier, dont les leaders du mouvement de 1988.

"Le gouvernement était inquiet que ce type de cérémonie des étudiants puissent causer des troubles. Ils ont pris des précautions en interpellant les plus importants", a justifié samedi à l'AFP un responsable gouvernemental. "Ils pourraient être libérés dans les prochains jours".

Des responsables birmans ont confirmé des interpellations à Rangoun et plusieurs autres villes du pays, mais aucun n'a pu donner de chiffre précis.

Si les leaders étudiants voient dans cette opération un pas en arrière de la part d'un gouvernement qui a multiplié les réformes spectaculaires depuis la dissolution de la junte en mars 2011, certains sont plus prudents pour décrire ce qui pourrait n'être qu'un incident de parcours.

Aung Naing Oo, analyste au Vahu Development Institute, a évoqué samedi une possible action "temporaire", dans un contexte de tensions lié aux violences entre musulmans et bouddhistes qui ont fait plus de 80 morts en juin dans l'Etat Rakhine.

"Depuis le problème en Arakan (ancien nom de l'Etat Rakhine, ndlr), le pays est sur les nerfs et le gouvernement va être plus que prudent", a-t-il estimé, notant que le régime de Naypyidaw était actuellement "inquiet de tout rassemblement".

Mais le président Thein Sein a, par ses réformes, réussi à persuader l'Occident de commencer à alléger ses sanctions et n'a aucune raison de saboter son propre bilan, a ajouté l'expert.

"Le gouvernement fait également attention à ses relations internationales et je ne pense pas qu'il ferait quoi que ce soit, comme des arrestations de masse" qui risque de le mettre en danger.

Plusieurs conservateurs du régime birman, dont des ministres et l'un des deux vice-présidents, ont été donnés partant cette semaine, une annonce considérée comme la confirmation que les réformateurs rassemblés autour de Thein Sein consolidaient leur emprise sur le pouvoir.

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