Afghanistan : Ban Ki-moon veut préparer l'après-OTAN

Le président afghan Hamid Karzai (2e g), le Premier ministre japonais Yoshihiko Noda (2e d) et le secrétaire général de l'ONU, Ban ki-Moon, le 8 juillet 2012 à Tokyo[AFP]

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a exhorté dimanche à Tokyo la communauté internationale à maintenir son soutien financier à l'Afghanistan après le départ des forces de l'Otan fin 2014 sous peine de voir réduits à néant dix ans d'efforts pour stabiliser ce pays.

Les représentants de plus de 80 nations se sont réunis dimanche dans la capitale japonaise pour une conférence internationale consacrée à l'aide civile qui sera accordée à l'Afghanistan, en sus des soutiens sécuritaires dont le pays continuera de bénéficier.

"Ne pas investir dans la gouvernance, la justice, les droits humains, l'emploi et le progrès social pourrait réduire à néant l'investissement et les sacrifices conduits depuis dix ans", a averti M. Ban.

Un montant total de 16 milliards de dollars d'ici à 2015, comprenant des engagements en cours et de nouvelles promesses, devrait être mis sur la table à l'issue de cette réunion d'une journée, d'après le Japon, qui co-préside les débats avec l'Afghanistan.

Mais le principal enjeu de la conférence sera d'étalonner les engagements d'aides civiles pour la période postérieure au retrait des soldats de l'Otan du pays à la fin 2014, c'est-à-dire à partir de 2015 et pour les années suivantes.

"L'Afghanistan continue d'être gravement menacé par le terrorisme et l'extrémisme", a en effet prévenu le président afghan, Hamid Karzaï, en appelant la communauté internationale à ne pas relâcher ses efforts.

Havre pour Oussama Ben Laden lorsque le pays était aux mains des talibans, l'Afghanistan a été propulsé au centre de l'attention par les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et sa stabilité continue de préoccuper, le régime de M. Karzaï étant confronté à des foyers d'insurrection.

La communauté internationale, Etats-Unis en tête, a déjà promis de fournir 4,1 milliards de dollars chaque année au pays pour sa seule défense.

Mais, comme l'a souligné la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, "la sécurité de l'Afghanistan ne se mesurera pas seulement à l'absence de conflit", mais aussi à sa capacité à créer des "emplois et des opportunités économiques".

M. Karzaï, qui espère un soutien civil de 4 milliards de dollars par an, a demandé à ses interlocuteurs de "rester à ses côtés" afin d'assurer les conditions "de créations d'emploi, du développement de l'Etat, de l'investissement dans l'agriculture, l'énergie et les mines afin d'assurer une économie viable".

L'Afghanistan reste aujourd'hui très dépendant de l'aide internationale et, après 30 ans de conflits divers, les quelque 30 millions d'Afghans constituent l'une des populations les plus pauvres du monde, avec un Produit intérieur brut de 528 dollars par habitant en 2010/11, d'après la Banque mondiale.

Mais plus de dix ans après avoir renversé le régime des talibans, nombre de nations occidentales font montre d'une certaine lassitude face à un conflit qui s'embourbe et une administration afghane accusée de corruption endémique, entraînant quelques remontrances à l'égard des autorités de Kaboul.

"Notre appui ne peut être un succès que si nous tenons nos engagements, les uns et les autres", a prévenu le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

"De notre côté, nous nous engageons à tenir nos promesses. Côté afghan, ils s'engagent à une bonne gouvernance, à l'organisation d'élections équitables dans les délais impartis, à la mise en oeuvre des recommandations économiques internationales, à la lutte contre la corruption, (au respect) des droits de l'Homme et notamment du droit des femmes, si menacé par le passé", a-t-il énuméré.

M. Karzaï a promis d'assurer une meilleure gouvernance d'ici à la fin de son mandat, mais a martelé que "la responsabilité de faire de l'Afghanistan un pays stable (appartenait) avant tout aux Afghans", signe de l'agacement perceptible à Kaboul vis-à-vis des leçons reçues de l'étranger.

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