Le Premier ministre roumain essaie de rassurer et contre-attaque

Le Premier ministre roumain Victor Ponta dirige une réunion gouvernementale, le 11 juillet 2012 à Bucarest[AFP]

Le Premier ministre roumain Victor Ponta a contre-attaqué en arrivant à Bruxelles où il doit tenter de rassurer ses partenaires de l'UE sur le respect de l'Etat de droit dans son pays, après l'offensive éclair de sa coalition de centre gauche pour destituer le chef de l'Etat Traian Basescu.

La commissaire européenne chargée de la justice, Viviane Reding, très en pointe sur ce dossier, a averti que cette crise constituait un "" et pourrait mettre en cause les progrès de la Roumanie vers une "pleine intégration" à l'Union européenne.

Elle a exprimé sa "sérieuse préoccupation" à propos de "l'évolution rapide de la situation", avant les rencontres de M. Ponta avec les dirigeants de l'UE.

Dans un communiqué publié à Bruxelles, M. Ponta a jugé ces craintes infondées. Dénonçant la "propagande politique", y compris "au niveau européen", il a appelé ses "partenaires européens à nous juger sur nos actions".

En l'espace d'une semaine, la majorité parlementaire de centre gauche a réussi à suspendre de ses fonctions M. Basescu, son principal rival politique de centre droit. Sa destitution ne sera définitive que si elle est validée par un référendum prévu le 29 juillet, dont les conditions d'organisation suscitent la controverse.

Mme Reding n'a "pas exclu à titre personnel que la Commission soit amenée à poursuivre pendant plusieurs années" la surveillance de l'Etat de droit en Roumanie, "avec les conséquences que les Etats membres pourraient en tirer pour le développement de l'espace Schengen".

La Commission doit normalement rendre dans la deuxième quinzaine de juillet son rapport sur l'Etat de droit en Roumanie et en Bulgarie, qui s'inscrit dans le cadre d'un mécanisme de surveillance mis en place pour ces deux anciens pays communistes après leur adhésion à l'UE en 2007.

C'est au vu de ce rapport que le gouvernement néerlandais décidera en septembre s'il lève ses réserves pour l'adhésion des deux pays à Schengen, l'espace sans visas qui réunit actuellement 22 des 27 membres de l'UE. Or l'unanimité des Etats membres est nécessaire pour de nouvelles adhésions à Schengen.

M. Ponta doit rencontrer jeudi le président de l'UE Herman Van Rompuy puis celui de la Commission José Manuel Barroso, après une entrevue mercredi soir avec le président du Parlement européen Martin Schulz.

Dans son communiqué, il se dit "confiant" que les décisions prises à Bucarest sont "pleinement constitutionnelles et en ligne avec les règles européennes".

Si le processus de destitution, prévu par la Constitution, a été validé par la Cour constitutionnelle, devenue l'arbitre de cette guerre politique d'une rare intensité, la manière dont il a été mené suscite les vives inquiétudes de la Commission européenne, des Etats-Unis mais aussi de l'Allemagne et de la France.

Mercredi, M. Schulz a estimé que les Etats membres de l'UE étaient "un peu trop " sur cette crise.

Parmi les mesures les plus contestées prises par le gouvernement Ponta, il y a la réduction des pouvoirs de la Cour constitutionnelle par décret, les attaques contre certains de ses juges et le remplacement surprise du médiateur, seul habilité à contester les décrets du gouvernement.

Dans une décision décrite par les analystes comme un revers pour la majorité de M. Ponta, la Cour constitutionnelle a décidé que la destitution de M. Basescu ne peut être validée par que si cette consultation atteint un seuil minimum de participation de 50% plus une voix. Un chiffre qui semble difficile à atteindre, selon les analystes, dans un pays où la participation électorale est généralement faible.

Plusieurs ministres du gouvernement Ponta avaient fait savoir mardi soir que le référendum se tiendrait selon un décret adopté la semaine dernière, qui ne prévoit pas de seuil de participation et donc sans tenir compte de la décision de la Cour constitutionnelle.

M. Ponta a pourtant promis une nouvelle fois de "respecter pleinement les décisions de la Cour". "S'il y a des preuves convaincantes que nous avons enfreint les règles de l'UE, ce qui n'a jamais été notre intention, nous changerons de direction", a-t-il assuré.

Il a promis qu'après le référendum, il présenterait un programme de "réformes qui rendront irréversible notre pleine intégration au reste de l'Europe".

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