Birmanie : Suu Kyi en appelle à la transparence des investissements étrangers

L'opposante birmane Aung San Suu Kyi le 10 juillet 2012 à Naypyidaw[AFP/Archives]

Le parti d'Aung San Suu Kyi a salué jeudi l'allègement des sanctions américaines sur la Birmanie, mais l'opposante a fait preuve d'une certaine prudence en renouvelant son appel à la "transparence" des investissements, désormais autorisés, dans le pétrole et le gaz.

Barack Obama a décidé de permettre aux entreprises américaines, sous réserve de notification au Département d'Etat, d'investir dans les hydrocarbures avec le groupe public Myanma Oil and Gaz Enterprise (MOGE).

Un groupe contre lequel Suu Kyi avait mis en garde le mois dernier lors de sa tournée en Europe.

"Ce que j'ai dit, c'est que (les pays étrangers) devaient demander à la MOGE de faire preuve de transparence. Je ne sais pas s'ils l'ont demandé ou pas", a-t-elle déclaré à l'AFP dans la capitale Naypyidaw, jugeant que l'annonce américaine n'avait "rien de significatif".

Les analystes relèvent que les bénéfices des revenus pétroliers et gaziers ont été confisqués depuis 50 ans par l'ancienne junte.

Selon la CIA américaine, la Birmanie disposerait de réserves de 283,2 milliards de m3 de gaz naturel, dont une grande partie au large, et de seulement 50 millions de barils de pétrole. Des chiffres qui se limitent aux réserves "prouvées" et sont en deçà de beaucoup d'autres estimations.

Le porte-parole du parti de Suu Kyi a de son côté salué la décision américaine. "Il n'y a rien qui justifie que nous soyions déçus", a expliqué Nyan Win.

"Je pense qu'ils ont fait ce qu'ils devaient faire", a-t-il ajouté en précisant que la Ligue nationale pour la démocratie (LND) ne s'était jamais opposée aux investissements pour peu qu'ils "deviennent transparents".

Les conditions dans lesquelles les investisseurs américains vont affluer en Birmanie, sans cadre légal fort ni système bancaire digne de ce nom, constituera un des grands enjeux des mois à venir.

Dans un entretien au Financial Times cette semaine, le président Thein Sein, qui a multiplié les réformes depuis la dissolution de la junte en mars 2011, a indiqué qu'il voulait s'assurer du "maximum de transparence" pour être sûr "que les bénéfices iront au plus grand nombre et pas à un petit groupe".

La promesse va dans le sens des déclarations de Barack Obama, selon lequel l'allègement des sanctions va "permettre aux entreprises américaines de faire des affaires de façon responsable en Birmanie", où le manque de transparence et "le rôle de l'armée dans l'économie" demeurent selon lui préoccupants.

Naypyidaw n'a pas officiellement réagi. Mais un responsable du ministère birman des Affaires étrangères a salué la décision américaine. "D'un point de vue politique, c'est un autre signe positif", a déclaré Aung Lynn en marge d'une réunion régionale à Phnom Penh.

C'est dans ce contexte que la secrétaire d'Etat Hillary Clinton s'entretiendra vendredi avec le président Thein Sein à Siem Reap, dans le nord du Cambodge, dans le cadre d'une réunion d'hommes d'affaires américains.

Thein Sein a récemment annoncé un nouveau volet de réformes économiques, après une première année essentiellement consacrée au chantier politique, notamment l'élection de Suu Kyi au parlement, qui lui a valu de convaincre les Occidentaux de sa sincérité.

L'Union européenne a suspendu ses sanctions en avril. Les Etats-Unis devront de leur côté passer par le Congrès pour abolir certaines restrictions. Mais les relations entre Washington et Naypyidaw n'ont plus rien à voir avec l'époque de la junte.

Derek Mitchell, spécialiste réputé de l'Asie, est ainsi devenu mercredi le premier ambassadeur américain en Birmanie depuis 22 ans lorsqu'il a présenté ses lettres de créances à Thein Sein.

L'Association des nations d'Asie du sud-est (Asean), dont la Birmanie est membre depuis 1997, a appelé, elle, à la levée totale des sanctions.

Leur allègement est "une nouvelle fantastique" et un signe que "nous sommes sur le bon chemin", a estimé le ministre indonésien des Affaires étrangères Marty Natalegawa.

"S'ils pouvaient lever toutes les sanctions ce serait mieux, comme l'Australie. C'est que nous voudrions voir", a renchérit le chef de la diplomatie thaïlandaise, Surapong Tovichakchaikul.

Vous aimerez aussi

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe lors de l'Assemblée générale annuelle de l'ONU à New York, le 25 septembre 2018 [Don EMMERT / AFP]
Diplomatie Le Premier ministre japonais Abe prêt à rencontrer Kim Jong-un
Diplomatie Fous rires à l'ONU pendant le discours de Donald Trump
Migrants Les Européens s'accordent pour faire accoster l'Aquarius à Malte

Ailleurs sur le web

Derniers articles