L’étau se resserre autour de Bachar al-Assad

Pour de nombreux observateurs, dont Barack Obama, le président Bachar al-Assad doit quitter le pouvoir Pour de nombreux observateurs, dont Barack Obama, le président Bachar al-Assad doit quitter le pouvoir[ACHILLEAS ZAVALLIS / AFP]

Les Etats-Unis ont évoqué ce matin, une possible intervention militaire en Syrie en cas de déplacement ou d’utilisation d’armes chimiques dans le pays. La Russie quant à elle estime que les efforts de la Syrie pour la paix sont insuffisants. Les rebelles revendiquent le contrôle des deux tiers d’Alep. Enfin, la Syrie semble prête à discuter la démission de Bachar al-Assad.

Le régime de Bachar al-Assad compte-t-il ses derniers jours ? Le gouvernement syrien est en tout cas prévenu, les choses pourraient s’accélérer très rapidement si rien n’est fait pour rétablir la paix. La Russie, pourtant hostile à des sanctions contre Damas et plus grand soutien de la Syrie, a déclaré mardi que les efforts du régime syrien pour mettre un terme aux violences étaient encore insuffisants.

La Russie tempère son soutien

C’est le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov qui a déclaré mardi que les efforts du régime syrien pour mettre un terme aux violences qui font rage dans le pays depuis près de 17 mois étaient encore insuffisants, ont rapporté les agences russes. "D'après ce que nous observons en Syrie, il semble que pour l'instant les mesures prises ne sont pas suffisantes, mais nous sommes convaincus qu'il n'y a pas d'autre voie que de continuer dans cette ligne d'action", a-t-il déclaré, s'exprimant devant le vice-Premier ministre syrien chargé de l'économie, Qadri Jamil, en visite à Moscou.

M. Lavrov a déclaré au début de leur rencontre qu'il était "très intéressé à l'idée d'entendre son évaluation de ce qui se passe (en Syrie) et des plans d'actions futures". Il s'agit de la deuxième visite en deux semaines de M. Jamil en Russie pour rencontrer le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. M. Jamil s'était déjà entretenu avec le ministre russe des Affaires étrangères le 3 août à Moscou, au sujet de l'assistance économique que pourrait porter la Russie à son partenaire de longue date. Aucun engagement ferme n'a toutefois été annoncé durant ces discussions.

Moscou demeure encore le plus fort soutien du régime syrien et a mis son veto à trois reprises avec Pékin à des résolutions du Conseil de sécurité menaçant Damas de sanctions. Des résolutions auxquelles les Etats-Unis étaient favorable.

Obama hausse le ton

Barack Obama a clarifié la situation mardi. Tout déplacement ou utilisation d’arme chimique en Syrie obligerait les Etats-Unis à intervenir militairement. Cela reviendrait à franchir une "ligne rouge" et aurait des "conséquences énormes". "Jusqu'ici, je n'ai pas donné l'ordre d'intervenir militairement " en Syrie, a déclaré le président Barack Obama dans une conférence de presse. Mais "si nous commencions à voir des quantités d'armes chimiques déplacées ou utilisées, cela changerait mon calcul et mon équation", a-t-il ajouté.

La question de ces armes, dont Damas a reconnu posséder d'importants stocks, ne concerne "pas seulement la Syrie, mais aussi nos proches alliés dans la région, dont Israël. Cela nous inquiète. Nous ne pouvons pas avoir une situation dans laquelle des armes chimiques ou biologiques tombent dans les mains des mauvaises personnes", a développé le président. "Nous surveillons la situation de très près, nous avons mis sur pied un ensemble de plans", a encore dit M. Obama.

Le Président américain en a profité pour rappeler que Bachar al-Assad devait quitter le pouvoir suite aux propos ambigüs et controversés du nouveau médiateur des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, Lakhdar Brahimi, sur ce sujet. Un souhait qui pourait bien se réaliser plus vite que prévu. Le vice-Premier ministre syrien a annoncé mardi à Moscou que la Syrie était prête à discuter la démission de Bachar al-Assad dans le cadre de négociations avec l'opposition. 

"Pendant le processus de négociations, on peut étudier toutes les questions et nous sommes prêts à étudier même cette question", a déclaré M. Jamil lors d'une conférence de presse, à l'issue d'une rencontre avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.

Il a toutefois estimé que l'idée "d'une démission comme condition pour mener un dialogue - cela signifie de facto qu'il est impossible d'ouvrir ce dialogue".

Bachar al-Assad pourrait être contraint de quitter avant même toute démission car les rebelles ont affirmé contrôler mardi après-midi, près des deux-tiers d’Alep.
 

Alep presque aux mains des rebelles

Les rebelles syriens contrôlent près des deux-tiers d'Alep, deuxième ville de Syrie où se déroule une bataille décisive pour le régime, a affirmé mardi à l'AFP le chef du conseil militaire rebelle de la province d'Alep. "Nous contrôlons désormais plus de 60% de la ville d'Alep. Chaque jour, nous contrôlons des quartiers supplémentaires", a affirmé le colonel Abdel Jabbar al-Oqaidi contacté par l'AFP par téléphone. "A chaque fois que nous contrôlons un quartier, l'armée riposte par des bombardements", explique-t-il.

Une version immédiatement contredite par l’armée syrienne : "Ceci est totalement faux, ce ne sont pas les terroristes qui avancent, c'est l'armée qui progresse doucement. Les groupes terroristes sortent de temps à autre des quartiers qu'ils contrôlent pour faire des incursions dans d'autres parties de la ville pour affirmer qu'ils ont une rue ici ou là puis regagnent rapidement leurs repaires", a déclaré à l’AFP un responsable au sein des services de sécurité. Les autorités syriennes qualifient de terroristes les rebelles ayant pris les armes pour combattre le régime de Bachar al-Assad.

Le colonel Oqaidi a cité plus d'une trentaine de quartiers entre les mains des rebelles, dont Saïf al-Dawla, Boustane al-Kasr, Machad, Ansari et Firdous, Soukkari (sud-ouest), Chaar, Hanano et Sakhour (est), Boustane al-Bacha (nord-est), Cheikh Saïd et Firdous (sud) et Kalassé (centre-sud). Quant au quartier emblématique de Salaheddine, dans l'ouest, il est contrôlé à 50% par les insurgés. Le colonel rebelle a également affirmé que les habitants d'Alep étaient en train d'aider les rebelles, en leur apportant eau et nourriture. "Le peuple est avec nous. Comment croyez-vous sinon que nous aurions pu tenir pendant un mois?", a-t-il conclu.

Depuis le début de la révolte contre le régime du président Bachar al-Assad en mars 2011, la répression et les combats ont fait plus de 23.000 morts selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

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