Violents combats à Alep, l'Iran propose des observateurs

Le survivant d'une frappe aérienne arrive dans un hôpital d'Alep, en Syrie, le 18 septembre 2012 [Marco Longari / AFP] Le survivant d'une frappe aérienne arrive dans un hôpital d'Alep, en Syrie, le 18 septembre 2012 [Marco Longari / AFP]

De violents combats ont eu lieu mardi dans des quartiers rebelles d'Alep, selon des habitants de cette métropole du nord de la Syrie, où l'Iran, allié de Damas, a proposé d'envoyer des observateurs pour tenter de faire taire les armes.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Ali Akbar Salehi se rend d'ailleurs mercredi en Syrie, où aucune issue au conflit ne semble se dessiner en raison notamment des profondes divergences internationales.

Plus de 27.000 personnes ont péri depuis mars 2011 et des dizaines de milliers d'autres ont dû fuir dans les pays voisins.

L'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe Lakhdar Brahimi a visité mardi après-midi le camp de réfugiés de Zaatari dans le nord de la Jordanie, où quelque 200 personnes en colère ont jeté des pierres sur son convoi au moment où il partait. Voir la vidéo.

"Brahimi, pars d'ici !", ont-ils scandé, furieux que l'émissaire ait rencontré le président Bachar al-Assad la semaine dernière.

M. Brahimi, qui a déploré l'aggravation de la situation en Syrie, s'était rendu plus tôt mardi dans le camp d'Altinözü, dans la province turque de Hatay et qui héberge actuellement quelque 1.300 Syriens.

L'émissaire a achevé dimanche une visite de quatre jours à Damas, lors de laquelle il s'est entretenu avec des responsables syriens et des chefs de la rébellion. Mais l'opposition a déjà estimé que la poursuite des violences et le blocage au Conseil de sécurité de l'ONU vouaient sa mission à l'échec.

M. Brahimi rencontrera lundi les ambassadeurs des 15 pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU pour rendre compte de ses entretiens à Damas, a indiqué mardi l'ambassadeur allemand à l'ONU Peter Wittig.

Dans un entretien publié mercredi par le quotidien britannique The Times, un général syrien ayant fait défection affirme que le régime syrien prévoit d'utiliser "en dernier recours" des armes chimiques contre sa propre population.

Le général Adnan Sillu, présenté comme l'ancien chef de l'arsenal chimique du pays, assure avoir participé à des entretiens à un haut niveau sur l'utilisation d'armes chimiques contre les rebelles et la population.

"Nous avions des discussions sérieuses sur l'usage d'armes chimiques, y compris sur la manière de les utiliser et dans quelles zones", a déclaré l'officier au Times.

"Nous avons discuté de cela comme étant un dernier recours, tel que la perte par le régime du contrôle d'un zone importante, comme Alep", ajoute l'ancien général.

Afflux de blessés dans un hôpital d'Alep

Sur le terrain, des combats ont eu lieu dans plusieurs quartiers rebelles, où armée et insurgés s'affrontent depuis plus de deux mois, selon une journaliste de l'AFP sur place et des habitants.

Les civils, parmi lesquels de nombreux enfants, sont les principales victimes des attaques menées de façon continue et aveugle par l'armée syrienne, a dénoncé mercredi Amnesty International dans un communiqué.

Les affrontements ont éclaté à Boustane al-Kasr (sud-ouest), le secteur proche d'Izaa, Soukkari (sud) et surtout le quartier de Sakhour (est).

La journaliste de l'AFP a vu un couple et leurs trois enfants arriver dans l'hôpital de Chaar, dans l'est de la ville. Le bébé était blessé à la tête, le visage ensanglanté. La mère tentait de consoler ses deux autres enfants qui pleuraient.

Le régime a affirmé que ses troupes contrôlaient le quartier stratégique de Midane (centre), après une semaine de combats acharnés. Sur place, l'armée conseillait toutefois aux habitants d'éviter une partie du quartier, prévenant que des tireurs embusqués pourraient y être retranchés.

"Quand l'armée dit contrôler un secteur, ce n'est que temporaire", a déclaré le président de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, rappelant que la situation à Alep était très mouvante.

Au nord d'Alep, d'intenses combats opposaient dans l'après-midi l'armée à des rebelles qui tentaient de prendre le contrôle du poste frontière avec la Turquie de Tall al-Abyad, a rapporté l'agence de presse turque Anatolie.

A Damas, des combats faisaient rage à la périphérie des quartiers de Hajar el-Aswad et Assali qui étaient pilonnés par les forces gouvernementales, selon l'OSDH qui a précisé que des habitants avaient trouvé 20 corps à Hajar el-Aswad.

Au total, 86 personnes dont 65 civils, ont été tuées mardi , selon un bilan provisoire de l'OSDH.

Appel à un règlement sans intervention étrangère

Lors d'une réunion lundi soir au Caire du "groupe de contact" quadripartite sur la Syrie (Iran, Egypte, Turquie et Arabie saoudite), Téhéran a proposé l'envoi d'observateurs des quatre pays, malgré l'échec de missions similaires sous l'égide de la Ligue arabe cet hiver puis de l'ONU.

Le ministre iranien des Affaires étrangères a appelé à "un arrêt simultané des violences par les parties en présence, à un règlement pacifique sans intervention étrangère et à un arrêt de l'aide financière et militaire à l'opposition syrienne".

Son ministère a parallèlement démenti l'envoi en Syrie de Gardiens de la révolution (Pasdaran), la force d'élite du régime iranien, au lendemain de déclarations du commandant en chef des Pasdaran, qui avait évoqué une mission de conseil en Syrie et au Liban voisin.

En visite au Caire, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a affirmé que le conflit syrien ne devait pas se propager au Liban voisin.

La France travaille avec l'ensemble de l'opposition syrienne, y compris les groupes armés, et le sujet de livraisons d'armes est discuté "très sérieusement", même si la décision est "compliquée", a déclaré de son côté l'ambassadeur de France en Syrie Eric Chevallier.

Des sources diplomatiques européennes ont indiqué en outre que le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov devrait participer à des "discussions sérieuses" sur la Syrie avec ses homologues européens à la veille de leur prochaine réunion à Luxembourg en octobre.

A cette occasion, l'UE envisage notamment de renforcer ses sanctions contre le régime de Bachar al-Assad, alors que Moscou, fidèle allié du président syrien, bloque l'adoption de mesures similaires à l'ONU depuis le début de la crise.

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