Espagne: les indignés se dirigent vers le Congrès des députés

Les "indignés" espagnols manifestent à Madrid le 25 septembre 2012 [Dominique Faget / AFP] Les "indignés" espagnols manifestent à Madrid le 25 septembre 2012 [Dominique Faget / AFP]

Pour dénoncer une démocratie "séquestrée", assujettie "aux marchés financiers", les "indignés" espagnols mettaient le cap mardi sur le Congrès des députés à Madrid, transformé en camp retranché derrière un dispositif policier ultra-renforcé.

Dès le matin, des centaines de policiers anti-émeutes étaient en position derrière les barrages dressés dans les rues menant au Congrès, dans le centre de Madrid, où les députés étaient réunis en session plénière.

"Aujourd'hui, c'est un jour décisif pour attaquer le système de l'Etat et les politiciens", lance Jose Luis Sanchez, un étudiant ingénieur de 23 ans venu en train de Burgos, dans le nord de l'Espagne, parmi les tout premiers manifestants rassemblés sur la Plaza de Neptuno, près de la Chambre des députés.

A quelques centaines de mètres, d'autres se rassemblent devant la gare d'Atocha, un autre point de ralliement, aux cris de "Sauvons la démocratie", "Ils ne nous représentent pas".

Luttant au prix d'une cure de rigueur historique pour réduire son déficit public, le gouvernement conservateur a adopté depuis décembre des mesures d'austérité qui ont provoqué un mécontentement social croissant.

"Toute une série de mesures ont été adoptées par décret, sans qu'elles ne passent par les députés", explique sous couvert d'anonymat une porte-parole de Coordinadora #25S, plate-forme censée coordonner la mobilisation.

Son mot d'ordre: "la démocratie est séquestrée. Le 25 septembre nous allons la sauver".

Parmi les manifestants ayant répondu à cet appel, Carmen Rivero, photographe sympathisante du mouvement des "indignés" de 40 ans, affirme que la police a arrêté et fouillé le bus dans lequel elle a voyagé pendant la nuit avec une cinquantaine d'autres manifestants depuis Grenade, dans le sud, avant de vérifier les identités.

"Nous ne sommes pas d'accord avec les coupes" budgétaires, explique-t-elle.

"Nous voulons une dissolution de l'assemblée, un référendum et une assemblée constituante pour que les gens puissent avoir leur mot à dire".

D'autres bus devaient rallier la capitale mardi depuis une dizaine de villes d'Espagne, selon les organisateurs.

Leur destination: Atocha, Neptuno mais aussi la Plaza Espana, à l'autre extrémité du centre-ville.

A la mi-journée, une centaine de manifestants y étaient rassemblés, eux-aussi surveillés par des policiers anti-émeutes.

Sur chacun des points de ralliement, des pique-niques étaient prévus avant que les "indignés" convergent vers les alentours du Congrès à partir de 15H30 GMT.

"Je viens manifester contre une classe politique qui ne laisse aucune chance au peuple de donner son opinion", lance Romulo Banares, un artiste de 40 ans qui vient d'arriver sur la Plaza de Espana.

Il porte le panneau immobilier "Se Vende Espana", et des lunettes de soleil avec le signe du dollar et de l'euro sur chacun des verres.

Cible de sa colère: l'aide aux banques espagnoles, qui pourront recevoir jusqu'à 100 milliards d'euros, concédée par la zone euro en juin. Et l'hypothèse que le gouvernement sera finalement forcé de demander une aide financière globale pour son économie.

"Ils ont demandé un sauvetage sans convoquer de referendum et là ils vont demander un second sauvetage sans consulter le peuple, qui va en subir toutes les conséquences", lance-t-il.

L'appel à "encercler" le Congrès" circulait depuis plusieurs semaines sur Internet.

L'annonce de cette mobilisation, aux contours flous, a mené les autorités à avertir à plusieurs reprises que le code pénal espagnol prévoit des peines de prison de six mois à un an pour les responsables de manifestations qui "troublent" le fonctionnement des institutions parlementaires.

La porte-parole de Coordinadora #25S a insisté, avant la manifestation: "Il s'agit d'une action non violente. Nous n'allons pas empêcher les députés de passer".

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