Le scandale du Lazio accroît le discrédit des politiques

Une affiche de Renata Polverini devant la siège de la région de Rome, le 25 septembre 2012 [Andreas Solaro / AFP] Une affiche de Renata Polverini devant la siège de la région de Rome, le 25 septembre 2012 [Andreas Solaro / AFP]

Le scandale financier qui a entraîné lundi la démission de la présidente de la région de Rome porte un coup au parti de Silvio Berlusconi mais risque surtout d'accroître le discrédit des hommes politiques en Italie, estiment les experts.

"Aucun parti politique ne doit se faire d'illusion. Même si tous n'ont pas agi de la même façon, il existe une rage à leur encontre qui peut devenir dangereuse", estime pour l'AFP Giacomo Marramao, professeur de philosophie politique à l'Université Rome III.

Lundi soir, Renata Polverini, une ex-syndicaliste élue pour cinq ans en mars 2010, a annoncé sa démission "irrévocable", en affirmant vouloir mettre fin à l'utilisation laxiste des financements régionaux par le groupe parlementaire local de son propre parti, le Peuple de la Liberté (PDL), fondé par le Cavaliere.

Une enquête a été ouverte par le parquet de Rome contre une dizaine de conseillers régionaux de ce parti soupçonnés de malversations financières.

Au centre du scandale, l'ex-chef de groupe du PDL, Franco Fiorito, surnommé "Batman", soupçonné d'appropriation illicite de fonds publics pour environ un million d'euros. Lui s'en défend, affirmant avoir toujours agi dans la légalité.

"Il est facile d'être honnête en se divisant légalement tout l'argent public", commentait récemment un éditorialiste de La Repubblica (gauche), Francesco Merlo, rappelant les substantielles augmentations que se sont octroyées les conseillers régionaux -toutes étiquettes confondues- ces deux dernières années, au moment-même où l'Italien lambda était soumis à une sévère cure d'austérité.

Selon la presse, les conseillers régionaux, qui touchaient déjà 12.000 euros mensuels, se sont accordés, sous le mandat de Mme Polverini, une enveloppe supplémentaire de 8.300 euros mensuels. Les chefs de groupe touchent encore plus, y compris si le groupe est composé d'une personne!

Quant aux dotations accordées par la Région aux partis politiques, elles sont passés de 1 à 14 millions d'euros en deux ans.

"Scandale semi-légal"

Dans le même temps, afin de résorber le grave déficit du Latium (nom de la région de Rome), les impôts locaux étaient multipliés par trois. Et des coupes budgétaires étaient opérées dans les hôpitaux, les dépenses sanitaires, la culture...

"Le pire est qu'il s'agit d'un scandale semi-légal", note Stefano Folli, éditorialiste du quotidien économique Il Sole 24 ore, pour qui l'affaire risque de renforcer les mouvements hostiles aux partis comme celui de l'ex-comique Beppe Grillo.

"C'est un système entier" qui est en cause, selon le professeur Marramao: "Machiavel avait déjà observé l'absence de sens civique en Italie", où "chacun cherche dans la politique une manière de s'enrichir au lieu de porter des projets".

Pour l'Unità (gauche), le scandale "alimente la défiance et le mépris des citoyens envers les partis et les institutions".

En fin de semaine dernière, quand Mme Polverini avait déjà menacé de démissionner, Berlusconi l'en avait dissuadée pour éviter des élections anticipées à risque avant les législatives prévues en avril 2013. Il redoute un effet boule de neige sur le PDL, déjà très mal en point depuis la démission du Cavaliere en novembre 2011, en pleine tourmente sur la zone euro.

Mais mardi, le Cavaliere, sous le coup de trois procès dont un pour prostitution de mineure, a apporté son soutien à Mme Polverini et s'est posé en justicier.

"Il est nécessaire d'intervenir avec courage et sévérité: la politique en Italie est en train de mourir de discrédit en raison de comportements collectifs et individuels intolérables", a-t-il martelé.

Des politiques discrédités? Dimanche, son ex-hygiéniste dentaire devenue conseillère régionale en Lombardie, Nicole Minetti, poursuivie pour incitation à la prostitution, défilait en maillot de bain sur les podiums milanais: "Je fais un deuxième boulot, comme beaucoup de gens", a-t-elle expliqué.

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