Viol en Inde : l'ami de la victime raconte

Des policiers le 3 janvier 2013 à l'entrée du tribunal de Saket [Prakash Singh / AFP/Archives] Des policiers le 3 janvier 2013 à l'entrée du tribunal de Saket [Prakash Singh / AFP/Archives]

L'affaire de viol collectif d'une étudiante à New Delhi devait être transférée samedi à un tribunal permettant une instruction accélérée, alors que l'ami de la victime, témoin de l'agression mortelle, a pour la première fois dit son impuissance face à la cruauté de ses assaillants.

La jeune femme, une étudiante en kinésithérapie de 23 ans, est morte le 29 décembre dans un hôpital de Singapour après avoir lutté treize jours pour survivre aux terribles blessures qui lui avaient été infligées dans un autobus.

Six suspects ont été arrêtés et la police a formellement inculpé cinq hommes, âgés de 19 à 35 ans, d'enlèvement, viol et meurtre lors d'une première audience jeudi devant le tribunal du district de Saket, dans le sud de la capitale.

Un sixième auteur présumé a subi des examens osseux pour vérifier qu'il est bien âgé de 17 ans, avant de le faire juger devant un tribunal pour enfants.

Le tribunal de Saket, où les autorités ont maintenu une forte présence policière, devait tenir une deuxième audience samedi pour transférer l'affaire à un tribunal permettant un jugement rapide. La présence des suspects à cette audience était pour l'heure une donnée inconnue.

La nature particulièrement ignoble de cette affaire a profondément choqué le pays, donnant lieu à de nombreuses manifestations pour que les femmes soient mieux protégées dans une société encore largement dominée par les hommes.

L'ambulance transportant le corps de l'Indienne victime d'un viol collectif, le 30 décembre 2012 à New Delhi [Sajjad Hussain / AFP]
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L'ambulance transportant le corps de l'Indienne victime d'un viol collectif, le 30 décembre 2012 à New Delhi
 

L'ami de la victime, un ingénieur informatique de 28 ans, est pour la première fois sorti de son silence vendredi en témoignant auprès de l'AFP et d'une chaîne de télévision en hindi, Zee News. Dans un entretien à l'AFP sous le couvert de l'anonymat, il a raconté la "cruauté" des assaillants et son traumatisme de n'avoir pu la sauver.

"Que puis-je dire ? On ne devrait plus jamais voir la cruauté que j'ai vue. J'ai essayé de lutter contre les hommes mais après je les ai suppliés encore et encore de la laisser", a-t-il confié par téléphone depuis Gorakhpur, une ville de l'Uttar Pradesh (nord) où résident ses parents.

Le jeune homme, "amoureux" de la victime sans toutefois confirmer des propos de proches sur leur mariage programmé, a raconté comment il avait perdu le contrôle de la situation une fois dans le bus. Alors qu'ils revenaient du cinéma et venaient de se faire éconduire par plusieurs rickshaws, les deux jeunes gens sont montés à bord d'un autobus habituellement destiné au ramassage scolaire mais qui était occupé par un groupe d'hommes ayant pris le véhicule pour une "virée nocturne".

Le chauffeur a commencé à faire des remarques obscènes et ses comparses se sont joints à lui pour railler le couple. Le petit ami a raconté avoir ensuite demandé au chauffeur d'arrêter l'autobus mais ses complices avaient verrouillé les deux portes.

Des policiers indiens inspectent le 18 décembre 2012 le bus dans lequel s'est déroulé le viol collectif d'une jeune étudiante [ / AFP/Archives]
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Des policiers indiens inspectent le 18 décembre 2012 le bus dans lequel s'est déroulé le viol collectif d'une jeune étudiante
 

"Ils m'ont battu avec un court bâton et ont traîné mon amie jusqu'à un siège près de la cabine du chauffeur". Après cela, "le chauffeur et les autres hommes ont violé mon amie et l'ont battue de la pire façon sur les parties les plus intimes de son corps". "Je ne peux pas vous dire ce que je ressens lorsque j'y pense. Je tremble de douleur".

Il a aussi dénoncé le comportement de la police, qui, selon lui, n'a pas bien pris en compte les blessures ni le traumatisme psychologique qu'ils venaient de subir. Quant à l'hôpital public où la victime a été emmenée, il en a également critiqué les infrastructures et le traitement prodigué par les médecins.

Le père du jeune homme, interrogé par l'AFP par téléphone, a confié que son fils était toujours dans un état de choc. "Il a vu le crime horrible en train d'être commis sous ses yeux. Il va falloir du temps pour cicatriser psychologiquement".

La police a annoncé samedi à l'AFP avoir engagé des poursuites contre la chaîne de télévision au motif que l'identité de la jeune femme pouvait être connue après le témoignage du petit ami, qui apparaissait non masqué. Cette initiative a été critiquée par le Comité de protection des journalistes.

La loi indienne stipule que les victimes de viol doivent être protégées par l'anonymat.

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