Sophia Majnoni : « un nouveau Fukushima est possible »

Une famille prie pour les victimes de Fukushima, le 10 mars 2013 Une famille prie pour les victimes de Fukushima, le 10 mars 2013[AFP PHOTO/Toru YAMANAKA]

Deux ans après la catastrophe de Fukushima, les Japonais sont toujours traumatisés. Pourtant, le gouvernement n’a pas l’intention d’abandonner le nucléaire. Pour Sophia Majnoni, en charge des questions nucléaires pour Greenpeace France, « un nouveau Fukushima est possible ».

 

Comment qualifier la catastrophe nucléaire de Fukushima ?

Fukushima est la deuxième catastrophe nucléaire de niveau 7 de l'échelle internationale des événements nucléaires après Tchernobyl. Mais l’accident en lui-même est plus grave, parce qu’il a touché plusieurs réacteurs, trois cœurs plus quatre piscines, et que le réacteur n°4 n’est toujours pas stabilisé. Si bien que nous militons pour qu’un niveau 8 soit inventé, pour y classer Fukushima.

 

Quelles sont les conséquences de la catastrophe ?

Cet accident à deux conséquences. Les conséquences sanitaires ne seront malheureusement mesurables que dans plusieurs dizaines d’années. Les cancers de la thyroïde, notamment, ne se décèlent pas tout de suite. Les conséquences économiques non plus ne sont pas encore totalement connues. Elles s’élèvent à environ 200 milliards d’euros, mais c’est loin d’être fini. Il y a encore beaucoup de victimes à indemniser, beaucoup de détritus à éliminer, beaucoup de personnes à reloger. On n’en est qu’au début.

 

L’OMS a affirmé qu’aucune hausse des risques de cancers n’était observée au-delà de 20km. Qu’en pensez-vous ?

Le rapport de l’OMS est scandaleux. C’est un rapport politique qui vise à minimiser l’accident. L’OMS a un accord avec l’AIEA qui fait qu’ils ne peuvent pas être critiques. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas de hausse des risques alors qu’on ne connaît pas les effets d’un exposition à faibles doses sur le long terme. On ne sait pas non plus à quelles doses ont été exposées les victimes pendant les premières heures.

 

Le nouveau gouvernement n’a pas l’intention d’abandonner le nucléaire. La sécurité peut-elle être garantie ?

Les gouvernements changent mais la population, elle, reste opposée au nucléaire. Heureusement, des mesures beaucoup plus strictes ont été mises en place, qui pourraient amener à la fermeture de 17 anciennes centrales. De plus, la zone de gestion de crise à été étendue à 30km autour des centrales, ce qui fait que plus de préfectures ont leur mot à dire sur le financement de chaque établissement, et pas seulement des villes qui en profitent économiquement.

 

Une telle catastrophe peut-elle se renouveler ?

Un nouveau Fukushima est encore possible. Il y a deux ans il y a eu un séisme et un tsunami, certes, mais également des erreurs humaines. Les facteurs sont multiples, le risque zéro n’existe pas.

 

 

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