Birmanie: 7 musulmans condamnés à la prison pour violences religieuses

Vue générale le 23 mars 2013 de la ville de Meiktila, dans le centre de la Birmanie [Soe Than Win / AFP/Archives] Vue générale le 23 mars 2013 de la ville de Meiktila, dans le centre de la Birmanie [Soe Than Win / AFP/Archives]

Sept musulmans ont été condamnés à des peines de deux à 28 ans de prison pour leur rôle dans des émeutes religieuses meurtrières en mars dans le centre de la Birmanie, a-t-on appris mardi de source judiciaire, alors qu'aucun bouddhiste n'a encore été condamné.

Fin mars, une dispute avait éclaté à Meiktila, dans un marché entre un vendeur musulman et des clients bouddhistes. Peu après, un moine bouddhiste avait été tué, lançant trois jours d'émeutes.

Selon les chiffres officiels, 44 personnes ont été tuées, 27 mosquées et 14 écoles islamiques détruites, avant que l'armée ne reprenne le contrôle de la situation en vertu de l'état d'urgence.

Les sept accusés, dont un mineur, étaient passibles de la peine de mort pour le meurtre du moine. Ils ont été condamnés notamment pour meurtre, incitation au meurtre et incendie, a indiqué Ye Aung Myint, avocat général de la région de Mandalay.

Au total, dix personnes sur 87 arrêtées ont jusqu'ici été condamnées pour les violences de Meiktila, a-t-il précisé.

Trois Birmans musulmans -- le propriétaire du magasin où avait eu lieu la dispute initiale, son épouse et un employé -- avaient été condamnés en avril à 14 ans de prison.

Mais si 38 bouddhistes sont poursuivis, aucun n'a été condamné pour ces violences qui visaient principalement des musulmans.

Un rapport de l'organisation Physicians for human rights publié lundi décrit notamment le "massacre" de vingt élèves et quatre enseignants d'une école islamique de Meiktila par une foule de bouddhistes.

Violation des droits de l'homme

Selon les témoins, un élève a été décapité, un autre brûlé vif.

"Des enfants et des adultes innocents ont été humiliés, battus et tués en toute impunité, ce qui, si on ne s'y attaque pas, ne peut mener qu'à plus de violations des droits de l'Homme", a commenté l'un des auteurs du rapport, Holly Atkinson.

Ye Aung Myint s'est défendu pour autant de tout "préjugé basé sur la religion" dans le processus judiciaire.

Des mosquées de plusieurs villes au nord de Rangoun avaient été détruites après les émeutes de Meiktila, pendant que des moines extrémistes distillaient des discours nationalistes. Fin avril, une nouvelle flambée de violences anti-musulmans avait fait un mort dans la même région.

En 2012, dans l'ouest cette fois, des affrontements entre bouddhistes de l'ethnie rakhine et musulmans de la minorité apatride des Rohingyas avaient fait environ 200 morts et 140.000 déplacés.

Dans une Birmanie en plein bouleversement depuis la dissolution de la junte en mars 2011, ces événements ont remis en lumière un fond islamophobe latent dans un pays majoritairement bouddhiste où vivent officiellement 4% de musulmans.

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