Guatemala: indignation après l'annulation de la condamnation de Rios Montt

Des membres de la communauté indigène guatemaltèque tiennent une conférence de presse, le 22 mai 2013 à Guatemala City [Johan Ordonez / AFP] Des membres de la communauté indigène guatemaltèque tiennent une conférence de presse, le 22 mai 2013 à Guatemala City [Johan Ordonez / AFP]

La communauté maya et les défenseurs des droits de l'homme du Guatemala ont crié au scandale mercredi après l'annulation lundi pour vice de procédure de la condamnation historique de l'ex-dictateur Efrain Rios Montt, reconnu coupable le 10 mai de génocide pendant la guerre civile.

"L'annulation (de la condamnation) constitue une farce de plus pour le peuple ixil", a protesté devant la presse Ana Laynez, maire de Nebaj, dans le département de Quiché (nord), fief de cette communauté maya particulièrement visée par les massacres commis sous la dictature de M. Rios Montt (1982-1983).

Cette dernière a qualifié d'"indigne" et de raciste la décision de la Cour constitutionnelle, qui a annoncé lundi soir que "le jugement (était) annulé" à la suite d'un recours des avocats de M. Rios Montt pour vice de procédure. Le 10 mai, M. Rios Montt, 86 ans, avait été reconnu coupable de génocide et de crime contre l'humanité et condamné à un total de 80 ans de prison.

La Cour constitutionnelle a renvoyé l'accusé devant le tribunal qui l'a jugé. Le procès doit être repris, à une date non définie, là où il avait été mené le 19 avril, date d'une suspension des débats pour vice de procédure.

"Nous pouvons constater que la justice au Guatemala est sous l'emprise du pouvoir économique, politique et militaire", a estimé lors de la même conférence de presse le prêtre maya Manuel Vail.

Une femme marche, le 21 mai 2013 à Guatemala City, devant un mur couvert de portraits de "disparus" [Johan Ordonez / AFP]
Photo
ci-dessus
Une femme marche, le 21 mai 2013 à Guatemala City, devant un mur couvert de portraits de "disparus"

"Ils pourront annuler une condamnation, mais ils ne pourront effacer cette tâche de leur conscience ni la honte du Guatemala face au monde", a-t-il encore estimé.

Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1982, en pleine guerre civile (1960-1996), M. Rios Montt est poursuivi pour sa responsabilité dans des massacres ayant causé la mort de 1.771 Indiens ixiles dans le département de Quiche.

Edwin Canil, du Centre pour l'action légale des droits de l'homme (Caldh, un des plaignants au procès), a dénoncé, lui, une "gigantesque offense" faite aux victimes, démontrant une nouvelle fois "l'impunité" qui règne au Guatemala, pays souvent fustigé pour l'inefficacité de sa justice.

M. Canil a également rapporté que des ex-paramilitaires partisans de l'ex-général avaient tenté d'intimider des survivants ixiles des massacres et averti les autorités de possibles affrontements.

De leur côté, un groupe de 72 ONG parties prenantes au procès a qualifié dans un communiqué d'"illégale" la décision de la Cour constitutionnelle, qui selon elles "porte atteinte à l'Etat de droit".

Une manifestation est prévue vendredi à Guatemala à l'appel de nombreuses associations.

La présidence de fait de M. Rios Montt a été l'une des périodes les plus sanglantes de la guerre civile au Guatemala, qui a fait selon l'ONU 200.000 morts et disparus en 36 ans. Sous son régime, l'armée avait appliqué une sanglante politique de la "terre brûlée" contre les peuples autochtones, accusés à l'époque de soutenir les forces rebelles.

Vous aimerez aussi

Un homme pleure devant sa maison ensevellie de cendres les membres de sa famille disparus, le 7 juin 2018 à Escuintla [JOHAN ORDONEZ / AFP]
Drame Eruption au Guatemala : le bilan s'alourdit à 109 morts
Guatemala : il faut sauver les chiens du volcan
catastrophe naturelle Guatemala : il faut sauver les chiens du volcan
Drame Guatemala : 75 morts et 192 disparus après l'éruption du Volcan de Feu

Ailleurs sur le web

Derniers articles