Niger : au moins 19 morts dans le double attentat

La mine de Somaïr exploitée par le groupe Areva, le 23 février 2005 à Arlit La mine de Somaïr exploitée par le groupe Areva, le 23 février 2005 à Arlit [Pierre Verdy / AFP/Archives]

Un double attentat à la voiture piégée contre l'armée nigérienne et le groupe français Areva, revendiqué par les islamistes du Mujao, a fait jeudi dans le nord du Niger au moins 19 morts, essentiellement des militaires.

A Agadez, des élèves officiers sont retenus en otages par un assaillant impliqué dans l'opération perpétrée à l'aube contre un camp militaire de cette grande ville du nord désertique du Niger, selon le gouvernement.

Il s'agit des premiers attentats du genre dans l'histoire de ce pays sahélien très pauvre engagé depuis début 2013 au Mali voisin, aux côtés de troupes françaises et africaines, contre des mouvements jihadistes.

Le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), l'un des groupes armés qui occupaient le nord du Mali depuis 2012 avant d'en être chassés depuis janvier, a revendiqué la double attaque. "Grâce à Allah, nous avons effectué deux opérations contre les ennemis de l'islam au Niger", a déclaré à l'AFP le porte-parole Abu Walid Sahraoui. "Nous avons attaqué la France, et le Niger pour sa coopération avec la France dans la guerre contre la charia" (loi islamique), a-t-il lancé.

Ce groupe, également accusé de trafic de drogue, a déjà commis plusieurs attentats-suicides dans le nord du Mali depuis la reprise de cette région par les troupes françaises et africaines, mais c'est la première fois qu'il revendique de tels attentats en dehors du Mali et de l'Algérie.

Le premier attentat à la voiture piégée jeudi a visé un camp militaire d'Agadez, vers 05H00 (04H00 GMT).

"A Agadez, nous avons 19 morts, 18 militaires et un civil", a déclaré le ministre de l'Intérieur Abdou Labo, faisant aussi état de "13 blessés, dont six graves" dans les rangs de l'armée.

Des installations d'extraction d'uranium appartenant à la société Somaïr, filiale du groupe Areva, le 23 février 2005, près d'Arlit, au Niger [Pierre Verdy / AFP/Archives]
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Des installations d'extraction d'uranium appartenant à la société Somaïr, filiale du groupe Areva, le 23 février 2005, près d'Arlit, au Niger
 

"Quatre kamikazes sont morts dans l'explosion", a-t-il poursuivi.

"Un cinquième kamikaze s'est enfermé dans un local avec des otages élèves officiers" en formation à Agadez, a-t-il ajouté. Selon lui, "les dispositions sont prises pour arrêter le kamikaze" et libérer les "quatre à cinq" otages, toujours dans l'enceinte même du camp.

Le président français François Hollande a averti que Paris appuierait "tous les efforts des Nigériens pour faire cesser la prise d'otages" et "anéantir" les auteurs des attaques. "Il ne s'agit pas d'intervenir au Niger comme nous l'avons fait au Mali mais nous aurons la même volonté de coopérer pour lutter contre le terrorisme", a-t-il dit en marge d'une visite en Allemagne.

Les autorités nigériennes regardent vers la Libye voisine. "Les kamikazes viennent effectivement de Libye. La Libye est en train de devenir un sanctuaire des terroristes", a assuré un haut responsable civil de la région d'Agadez.

Barka Sofa, un habitant d'Agadez, a évoqué "une forte explosion devant le camp, suivie de rafales et d'échanges de tirs à l'arme lourde".

"L'explosion a eu lieu à l'intérieur même du camp et a fait "beaucoup de dégâts", a rapporté un journaliste local, décrivant "des bâtiments détruits, des corps déchiquetés de kamikazes sur le sol".

 

Areva encore visé

Environ une demi-heure après le premier attentat, un autre véhicule a explosé sur un site du groupe nucléaire français Areva à Arlit (240 km au nord d'Agadez), a indiqué un employé de la Somaïr, une filiale d'Areva exploitant l'uranium dans la zone.

"Un homme en treillis militaire conduisant un véhicule 4x4 bourré d'explosifs s'est confondu avec les travailleurs de la Somaïr et a pu faire exploser sa charge devant la centrale électrique de l'usine de traitement d'uranium située à 7 km d'Arlit", a-t-il affirmé.

Deux kamikazes sont morts, selon les autorités, qui déplorent "49" blessés parmi les forces de sécurité, ainsi qu'un "civil".

Areva a fait état d'un mort et de 14 blessés, sans préciser l'identité de la personne tuée ni la nationalité des victimes. La société avait auparavant fait savoir que treize de ses collaborateurs, tous nigériens, avaient été blessés.

En outre, "des dégâts ont occasionné l'arrêt de l'usine" de traitement d'uranium, selon une source au sein d'Areva à Niamey.

Le groupe nucléaire a jugé "odieuse" cette "attaque terroriste" et annoncé un renforcement de la sécurité sur ses différents sites, assuré par les forces nigériennes.

 

Deuil national

Après cette double attaque, le gouvernement a décrété un deuil national de trois jours à compter de ce jeudi.

Le Niger a subi ces dernières années plusieurs attaques et enlèvements perpétrés par des groupes islamistes, notamment dans le nord du pays.

Sept employés d'Areva et d'un sous-traitant avaient été enlevés le 16 septembre 2010 à Arlit par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Quatre Français restent aux mains de leurs ravisseurs.

Depuis le lancement de l'opération franco-africaine dans le nord du Mali, l'armée nigérienne avait renforcé la surveillance de sa longue frontière avec ce voisin pour empêcher l'infiltration d'éléments islamistes.

 

Paris appuiera "tous les efforts" du Niger pour "faire cesser" la prise d'otages annonce Hollande

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