Le Hezbollah libanais s'est investi en Syrie à l'appel de l'Iran

Véhicules détruits par des roquettes le 26 mai 2013 à Chiah dans la banlieue de Beyrouth [Anwar Amro / AFP] Véhicules détruits par des roquettes le 26 mai 2013 à Chiah dans la banlieue de Beyrouth [Anwar Amro / AFP]

Le Hezbollah libanais s'est investi totalement dans la guerre en Syrie, à la demande de son mentor iranien qui veut maintenir au pouvoir son allié Bachar al-Assad, mais cet engagement ternit son image dans le monde arabe, estiment des experts.

"La participation du Hezbollah à la guerre en Syrie découle d'une décision iranienne de soutenir jusqu'au bout le régime grâce à des acteurs régionaux, et en premier lieu au Hezbollah", explique Ziad Majed, professeur de Sciences politiques et Moyen-Orient à l'Université américaine de Paris.

Le puissant mouvement chiite a engagé près de 1.700 combattants dans l'offensive lancée il y a une semaine par l'armée syrienne pour reprendre la ville de Qousseir aux rebelles.

Cet assaut contre une localité à majorité sunnite a contraint le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, qui avait auparavant justifié l'intervention de son mouvement par la défense de villages et des lieux saints chiites en Syrie, à changer ses arguments.

"La Syrie, c'est la protection arrière de la résistance, le support de la résistance. La résistance ne peut rester les bras croisés quand sa protection arrière est exposée et quand son support se brise", a insisté M. Nasrallah samedi.

Pour Ghassan al-Azzi, professeur de sciences politiques à l'Université libanaise, "les Iraniens ont demandé au Hezbollah de s'engager une fois pour toute et de façon publique car cette guerre doit décider de l'avenir de l'alliance entre l'Iran et la Syrie et peut-être de toute la région".

Mais d'autres raisons expliquent l'engagement militaire du Hezbollah, qui était jusqu'à présent dirigé exclusivement contre Israël.

Capture d'écran de la TV al-Manar montrant Hassan Nasrallah, pendant son discours le 25 mai 2013 [- / AFP]
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Capture d'écran de la TV al-Manar montrant Hassan Nasrallah, pendant son discours le 25 mai 2013
 

"La perte du pouvoir par le clan Assad aurait des répercussions mortelles pour le Hezbollah, non seulement pour son approvisionnement en armes, le passage d'hommes et d'argent, mais aussi sur le plan politique car il ne bénéficierait plus du soutien total syrien" comme depuis 30 ans, explique Waddah Charara, professeur de sociologie à l'université libanaise et auteur de "l'Etat Hezbollah".

Se montrer incontournable

Pour Ziad Majed, l'orgueil entre aussi en compte: le Hezbollah "veut se montrer comme un acteur incontournable dans la région et non plus seulement au Liban. Il veut dire qu'il est capable d'intervenir de manière décisive sur des théâtres d'opération à l'extérieur du pays".

Waddah Charara abonde dans ce sens: "Il saisit l'occasion pour consolider sa réputation de force, si ce n'est d'invincibilité".

"Comme je vous ai toujours promis la victoire, je vous en promets une nouvelle", a ainsi lancé M. Nasrallah samedi.

Mais à quel prix? Tous les experts conviennent que l'envoi d'un corps expéditionnaire en Syrie a terni l'image du mouvement chiite et surtout aggravé les tensions avec les sunnites.

 
 

"Jusqu'en 2011, le Hezbollah était très concerné par son image dans le monde arabe, mais depuis qu'il est conscient que le régime syrien risque de tomber, il est entré dans une logique purement iranienne", assure M. Majed.

"Ce qui le préoccupe, c'est uniquement son image au sein de sa base sociale et à court terme elle n'est pas fragilisée. Mais on n'est pas encore conscient du danger que le Hezbollah cause au Liban en avivant les tensions entre sunnites et chiites", dit-il.

La réaction du dirigeant sunnite Saad Hariri au discours de M. Nasrallah en est l'illustration.

"Vous avez excellé dans l'incitation confessionnelle comme jamais auparavant. Le temps de l'exploitation de la Palestine, de la résistance et de l'unité nationale est révolu. Le peuple libanais, ainsi que les peuples arabes et islamiques en sont partout conscients", a dit l'ancien Premier ministre.

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