Syrie : intenses tractations européennes sur la fourniture d'armes aux rebelles

Des rebelles syriens armés, le 22 mai 2013 à Alep [Ricardo Garcia Vilanova / AFP/Archives] Des rebelles syriens armés, le 22 mai 2013 à Alep [Ricardo Garcia Vilanova / AFP/Archives]

Divisés depuis des mois, les Européens sont engagés dans d'intenses tractations sur la question de la livraison d'armes aux rebelles syriens, à quelques jours d'une décision de l'UE sur le renouvellement des sanctions contre Damas.

Les ministres européens des Affaires étrangères se retrouvent lundi à Bruxelles, alors que le dispositif de sanctions contre le régime syrien, dans lequel figure l'embargo sur les armes, prend fin le 31 mai à minuit.

Outre cet embargo, le paquet adopté depuis deux ans par l'UE vise des personnalités et des entités du régime, et comprend aussi une série de sanctions commerciales et financières.

Le Royaume-Uni et la France continuent de plaider en faveur d'une levée de l'embargo sur les livraisons d'armes au profit de l'opposition modérée. Les deux pays estiment que cela permettrait d'accroître la pression sur Assad pour trouver une solution politique. "C'est cette pression militaire qui fera qu'il y aura une solution politique" en Syrie, a déclaré mercredi le président François Hollande.

A l'initiative des Etats-Unis et de la Russie, une conférence internationale sur la Syrie, dite "Genève 2", devrait se tenir en juin.

A l'opposé de Londres et Paris, plusieurs pays européens, notamment la Suède et l'Autriche, sont très hostiles à des livraisons d'armes, en considérant que cela ne ferait qu'aggraver la situation déjà dramatique sur le terrain, augmenter le nombre de morts et retarder la fin du conflit.

Le président français François Hollande (d) et le Premier ministre britannique David Cameron, le 22 mai 2013 à Paris [Patrick Kovarik / AFP/Archives]
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Le président français François Hollande (d) et le Premier ministre britannique David Cameron, le 22 mai 2013 à Paris
 

L'organisation humanitaire Oxfam a estimé qu'une levée de l'embargo pourrait avoir des "conséquences dévastatrices" pour la population civile. Cela "serait irresponsable et pourrait saborder la fragile lueur d'espoir qu'offre le sommet américano-russe".

Un troisième groupe de pays, à l'image d'une Allemagne pourtant très réservée, semblent prêts à évoluer pour trouver un compromis. "Nous devons bâtir un consensus européen" lundi à Bruxelles, a déclaré vendredi le ministre français Laurent Fabius. "On va essayer de jeter un pont pour trouver une solution commune, a ajouté son homologue allemand, Guido Westerwelle, parce que le pire serait un signal de désaccord de l'Europe qui plairait certainement beaucoup au régime Assad".

"Préserver l'unité européenne"

Un compromis avait déjà été trouvé fin février pour prolonger les sanctions pour trois mois, en autorisant la livraison à l'opposition de matériel non létal et d'une assistance technique pour assurer la protection des civils.

Les pays de l'UE sont "d'accord pour préserver l'unité européenne sur le régime des sanctions", mais aussi pour envoyer "un signal politique adapté mais suffisamment clair" avant la conférence de Genève, assure une source européenne.

Le service diplomatique de l'UE, dirigé par Catherine Ashton, met en garde les capitales européennes contre "toute mesure contre-productive". Il a mis au point un document présentant sept options, allant de la reconduction sans changement du régime actuel de sanctions à la levée de l'embargo assortie de garanties pour que les armes ne tombent pas aux mains de jihadistes, ce qui constitue une source majeure d'inquiétude pour la communauté internationale.

Une photo du président syrien Bachar al-Assad, fournie par l'agence Sana, lors d'un discours à l'opéra de Damas, le 6 janvier 2013 [ / Sana/AFP/Archives]
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Une photo du président syrien Bachar al-Assad, fournie par l'agence Sana, lors d'un discours à l'opéra de Damas, le 6 janvier 2013
 

Le document soumis aux 27 évoque aussi l'élaboration d'une liste d'armes expressément autorisées à l'exportation, ou au contraire exclues. Une option serait aussi de se donner de nouveau un peu de temps, éventuellement en amendant légèrement l'embargo, en prévoyant de revoir la position de l'UE au regard du résultat de "Genève 2".

Pour autant, plusieurs responsables européens proches des discussions jugent pour le moins "naïf" d'imaginer faire pression sur le régime syrien en le menaçant de livrer des armes aux rebelles afin de modifier l'équilibre des forces sur le terrain.

"La seule menace capable de faire peur à Assad serait que Moscou ou Téhéran menacent de mettre fin à leur assistance" au régime, estime un diplomate sous couvert de l'anonymat.

Au cours de leur réunion lundi, les ministres des Affaires étrangères de l'UE évoqueront aussi le processus de paix au Proche-Orient et la situation au Mali.

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