Syrie: les rebelles veulent des armes rapidement, trois soldats tués au Liban

Des soldats patrouillent le 27 mai 2013 dans la ville de Tripoli, au Liban [Joseph Eid / AFP] Des soldats patrouillent le 27 mai 2013 dans la ville de Tripoli, au Liban [Joseph Eid / AFP]

Les rebelles syriens ont accueilli mardi avec circonspection la décision de l'UE de lever l'embargo sur les armes jugeant cette décision comme trop tardive, alors que le conflit déborde au Liban voisin où trois soldats ont été tués dans la nuit.

Parallèlement, la Russie et les Etats-Unis peinent à organiser une conférence internationale censée réunir régime et opposition en juin à Genève et le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov a d'ores et déjà prévenu que son organisation ne "sera pas une mince affaire".

Sur le terrain, le conflit ne connaît aucun répit notamment autour de la ville stratégique de Qousseir, près de la frontière nord du Liban, que les forces du régime tentent de reconquérir.

Dans un contexte d'enlisement du conflit, qui a déjà fait plus de 94.000 morts depuis mars 2011 selon une ONG, l'Union européenne a décidé de lever l'embargo sur les armes pour les rebelles syriens, mais aucun pays n'a l'intention d'en envoyer à ce stade pour ne pas mettre en danger l'initiative de paix russo-américaine.

"L'UE a décidé de mettre fin à l'embargo sur les armes pour l'opposition syrienne et de maintenir les autres sanctions contre le régime syrien", a annoncé le ministre britannique William Hague dans la nuit à l'issue d'une réunion marathon.

Le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov et le secrétaire d'Etat américain John Kerry lors d'un entretien consacré à la Syrie à Paris, le 27 mai 2013 [Jim Young / Pool/AFP]
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Le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov et le secrétaire d'Etat américain John Kerry lors d'un entretien consacré à la Syrie à Paris, le 27 mai 2013

"C'est une levée théorique de l'embargo. Concrètement, il n'y aura pas de décision de livraison avant au minimum le 1er août", a indiqué un haut responsable français, ayant requis l'anonymat.

Pour Moscou, allié du régime, cette décision "porte un préjudice direct à la possibilité d'organiser une conférence internationale".

Mais pour les rebelles cette décision, bien que positive, risque d'être trop tardive.

"Il s'agit certainement d'un pas positif mais nous craignons qu'il ne soit insuffisant et qu'il n'intervienne trop tard", a déclaré à l'AFP Louay Safi, un porte-parole de la Coalition nationale de l'opposition syrienne réunie à Istanbul.

"On espère que ce sera une décision effective et non pas des paroles", a de son côté souhaité un porte-parole du commandement militaire supérieur de l'Armée syrienne libre (ASL), la principale formation de la Coalition, Kassem Saadeddine.

Extension du conflit

Alors que les craintes d'une extension du conflit syrien hors des frontières du pays sont de plus en plus vives, au Liban, trois soldats de l'armée libanaise ont été tués dans la nuit par des hommes armés à l'entrée d'Aarsal (est), une localité proche de la frontière avec la Syrie et favorable à la rébellion, selon un responsable des services de sécurité libanais.

Plusieurs ministres européens des Affaires étrangères en discussion, dont le Français Laurent Fabius, le 27 mai 2013 à Bruxelles [Georges Gobet / AFP]
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Plusieurs ministres européens des Affaires étrangères en discussion, dont le Français Laurent Fabius, le 27 mai 2013 à Bruxelles

Le Liban subit le contre-coup de la guerre qui ravage son ancienne puissance de tutelle alors que le Hezbollah libanais est impliqué massivement dans les combats au côté du régime syrien.

De son côté, Israël a lancé dimanche un "exercice organisé pour faire face à tout événement d'urgence tel que des attaques de centaines de missiles par jour, dotés notamment de têtes chimiques", a affirmé le général Eyal Eisenberg, chargé de la défense passive lors d'une conférence de presse.

Israël a mené début mai deux raids aériens sur des cibles militaires près de Damas disant vouloir empêcher un transfert d'armes au Hezbollah, une formation également soutenue par l'Iran et qu'il a affrontée lors d'une guerre dévastatrice à l'été 2006.

Sur le plan diplomatique, Russes et Américains peinent à organiser la conférence dite de "Genève-2" prévue en juin afin de trouver un règlement politique au conflit.

"Nous avons discuté des moyens de procéder (...) pour que cette conférence ait lieu. Ce n'est pas une tâche facile, ce n'est vraiment pas une mince affaire", a déclaré lundi soir le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, dont le pays soutient le régime de Damas, à l'issue d'un entretien à Paris avec son homologue américain John Kerry.

M. Lavrov a souligné que la conférence de paix pourrait être "élargie pour inclure tous les acteurs clefs", dans la région. Moscou souhaite de longue date que l'Iran, soutien du régime de Damas, participe aux négociations, ce que les Occidentaux refusent.

Mais mardi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov a estimé que l'incapacité de l'opposition syrienne à désigner un représentant constituait le "principal obstacle" à l'organisation de la conférence internationale.

L'Iran a pour sa part annoncé accueillir mercredi une "conférence internationale" visant à trouver une "solution politique" au conflit en Syrie.

Entre-temps, le sénateur américain républicain John McCain a rencontré lundi des chefs rebelles en Syrie qui ont demandé un plus grand soutien des Etats-Unis, en leur fournissant des armes lourdes, en établissant une zone d'exclusion aérienne et en procédant à des frappes aériennes sur le régime syrien, selon le site The Daily Beast.

La Maison Blanche s'est jusqu'ici refusée à franchir le pas de l'assistance létale alors que l'utilisation d'armes chimiques fait l'objet de soupçons depuis quelques semaines dans plusieurs endroits de Syrie, mais n'a pas été formellement prouvée.

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