Birmanie: deuxième journée de violences religieuses

Les restes de maisons brûlées le 29 mai 2013 à Lashio, dans l'état du Shan [Ye Aung Thu / AFP] Les restes de maisons brûlées le 29 mai 2013 à Lashio, dans l'état du Shan [Ye Aung Thu / AFP]

Des violences religieuses ont éclaté mercredi pour la deuxième journée consécutive dans une ville du nord-est birman, malgré les appels au calme du gouvernement qui peine à contenir un sentiment islamophobe de plus en plus étendu dans le pays.

Quatre personnes ont été blessées, selon une source hospitalière, qui n'a pas précisé la gravité ni la nature de leurs blessures.

Une équipe de l'AFP sur place a notamment vu brûler deux maisons adjacentes à Lashio, capitale de l'Etat shan, dans le dernier épisode en date de tensions communautaires qui inquiètent la communauté internationale et fragilisent le gouvernement réformateur en place depuis 2011.

"Mes amis se cachent en lieu sûr. Notre vie est en jeu", a expliqué à l'AFP un musulman sous couvert de l'anonymat. "Nous avons besoin de plus de militaires pour contrôler la situation (...). On n'ose pas sortir alors on s'enferme à la maison".

Les émeutes ont éclaté mardi en fin de journée. Un musulman de 48 ans a été arrêté après avoir grièvement brûlé une bouddhiste de 24 ans qui vendait de l'essence. Des moines en robe et des habitants ont ensuite réclamé à la police - en vain - qu'elle lui livre l'agresseur présumé.

Des pompiers birmans en manoeuvre pour éteindre un incendie de Lashio, dans l'état du Shan, en Birmanie [Ye Aung Thu / AFP]
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Des pompiers birmans en manoeuvre pour éteindre un incendie de Lashio, dans l'état du Shan, en Birmanie

Des bâtiments, dont des magasins, la mosquée et l'orphelinat, ont été incendiés. Le couvre-feu a été imposé et les autorités ont rapidement affirmé qu'elles contrôlaient la situation grâce à l'intervention de l'armée aux côtés de la police.

La victime a été admise à l'hôpital avec des brûlures à la poitrine, au dos et au bras. Ses jours n'étaient pas en danger, selon les médias d'Etat.

De tels événements "ne devraient pas survenir dans une société démocratique telle que celle que nous essayons de bâtir", a déclaré Ye Htut, porte-parole de président Thein Sein sur sa page Facebook.

Tensions islamophobes

"Je voudrais demander à tout le monde de se contrôler et de ne pas reproduire ce qui s'est passé à Lashio et dans d'autres régions", a-t-il ajouté en référence apparente aux violences survenues ces derniers mois.

Le pays asiatique est en proie à des tensions islamophobes de plus en plus graves, au fur et à mesure que les réformes politiques libèrent la société d'un demi-siècle de dictature militaire.

En 2012, dans l'ouest, des affrontements entre bouddhistes de l'ethnie rakhine et musulmans de la minorité apatride des Rohingyas avaient fait environ 200 morts et provoqué le déplacement de 140.000 personnes.

En mars dernier, 44 personnes avaient été tuées et des quartiers entiers brûlés dans la ville de Meiktila, dans le centre, après un banal esclandre entre des clients et un commerçant musulman dans un marché.

Des mosquées de plusieurs villes au nord de Rangoun avaient été ensuite détruites tandis que des moines bouddhistes extrémistes multipliaient les discours incendiaires.

Des événements qui ont mis en lumière une islamophobie latente dans un pays majoritairement bouddhiste où vivent officiellement 4% de musulmans, et dont le pouvoir a été accusé par certaines organisations étrangères d'agir trop lentement face aux émeutiers, voire de laisser faire.

Ces tensions communautaires avaient été au coeur de la visite historique à Washington, la semaine dernière, du président Thein Sein.

L'ancien général avait promis de tout faire pour assurer la sécurité des musulmans du pays. Le président américain Barack Obama avait de son côté exprimé sa "profonde inquiétude", ajoutant que les déplacements de populations et la violence contre la communauté musulmane "devaient cesser".

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