Le Liban reporte les élections législatives

Le Premier ministre libanais Najib Mikati s'adresse au parlement, le 7 juillet 2011 [ / Parlement libanais/AFP/Archives] Le Premier ministre libanais Najib Mikati s'adresse au parlement, le 7 juillet 2011 [ / Parlement libanais/AFP/Archives]

Le Parlement libanais va prolonger son mandat vendredi et reporter les élections prévues en juin en raison de l'incapacité des partis politiques à s'accorder sur une loi électorale mais surtout des profondes divisions suscitées par la guerre en Syrie voisine.

La proposition de loi, présentée par un député chrétien indépendant Nicolas Fattouche, va obtenir l'approbation de plus de cent députés sur les 128 que compte le Parlement après que la quasi-totalité des groupes parlementaires se fut prononcée en ce sens.

"La durée du mandat de la législature sera modifiée exceptionnellement pour prendre fin le 20 novembre 2014", indique le texte soumis à l'approbation.

La raison conduisant à cette prolongation est "la situation sécuritaire dans plusieurs régions libanaises, qui s'accompagne d'une escalade politique et une division qui prend souvent des formes confessionnelles menant à la dissension", explique la proposition de loi.

"Les tensions sécuritaires et politiques empêchent la tenue d'une campagne électorale", ajoute-t-on.

La législature de quatre ans devait s'achever le 20 juin et selon la loi, les élections doivent être organisées dans les 60 jours précédent la fin du mandat.

Pour la doyenne de la faculté de Sciences politique de l'Université Saint-Joseph de Beyrouth, "il faut rechercher la vrai raison de l'extension dans le fait que tous les partis veulent gagner du temps pour savoir qui, du régime ou de l'opposition, l'emportera en Syrie".

"Les parties libanaises, qui soutiennent l'un ou l'autre camp, pensent que cela facilitera grandement leur victoire", assure Fadia Kiwane.

Le Premier ministre libanais Najib Mikati (d) et Michel Aoun lors de consultations pour former un gouvernement, à Beyrouth le 27 janvier 2011 [Wael Hamzeh / Pool/AFP/Archives]
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Le Premier ministre libanais Najib Mikati (d) et Michel Aoun lors de consultations pour former un gouvernement, à Beyrouth le 27 janvier 2011
 

Car si les troupes syriennes ont quitté le pays en 2005 après 30 ans d'hégémonie sur le pays du Cèdre, Damas garde une influence importante grâce au mouvement chiite Hezbollah, seule formation armée du Liban, et de son allié chrétien Michel Aoun.

Le Hezbollah a envoyé de nombreux combattants en Syrie pour y soutenir l'armée régulière face aux rebelles.

"Préserver l'union nationale"

Le Liban, profondément divisé entre pro et anti-régime de Bachar al-Assad, est par ailleurs régulièrement le théâtre d'affrontements meurtriers entre militants des deux camps dans la grande ville du nord Tripoli.

Au niveau politique, la coalition du 14 mars, qui soutient l'opposition syrienne, fustige l'intervention en Syrie du Hezbollah qui en retour l'accuse de soutenir les jihadistes et takfiri (sunnites extrémistes).

Dans un entretien au quotidien français Le Figaro publié vendredi, le Premier ministre libanais Tamman Salam a appelé à "préserver l'union nationale".

Pour Antoine Zahra, député du 14 mars, "le Hezbollah, qui voulait l'extension du mandat du Parlement, peut faire exploser la situation au Liban à n'importe quel moment. Nous avons accepté le report pour éviter cela".

Si chrétiens et musulmans disposent chacun de 64 députés au Parlement, les divisions sur la Syrie traversent les communautés.

Tous les blocs parlementaires seront présents à la séance du Parlement, prévue à 12H00 GMT, sauf le Courant patriotique libre de Miche Aoun qui refuse la prolongation de mandat du Parlement contrairement à son allié du Hezbollah.

Il a même l'intention, comme le chef de l'Etat Michel Sleimane, de présenter un recours au Conseil constitutionnel, mais qui a peu de chance d'aboutir.

Pour Mme Kiwan, "ce qui se passe est pourtant illégal. Les incidents de sécurité ne représentent pas un cas de force majeure pour remettre les élections".

Ce report intervient après des mois de vaines tractations sur une nouvelle loi électorale car les chrétiens estiment que le texte actuel les désavantage.

Les chrétiens représentent en gros un tiers de la population, contre un tiers de sunnites et un dernier de chiites. Les Druzes représentent environ 7% de la population et sont dirigés par Walid Joumblatt.

Après le vote sur le report des élections, il restera cependant à régler un problème difficile: la formation d'un nouveau gouvernement. Depuis sa nomination le 6 avril, le nouveau Premier ministre a été dans l'incapacité de former un nouveau cabinet, toujours en raison des divisions accentuées par la crise syrienne.

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