Istanbul : deuxième journée de protestation antigouvernementales

Un manifestant contre le gouvernement menace d'un gaz lacrymogènes, le 1er juin 2013 à Istanbul [Bulent Kilic / AFP] Un manifestant contre le gouvernement menace d'un gaz lacrymogènes, le 1er juin 2013 à Istanbul [Bulent Kilic / AFP]

De nouveaux affrontements ont éclaté samedi dans le centre d'Istanbul entre la police et les manifestants, au deuxième jour de l'un des plus importants mouvements de protestation dirigé contre le gouvernement islamo-conservateur turc depuis son arrivée au pouvoir en 2002.

Après une trêve de quelques heures, les forces de l'ordre ont une nouvelle fois fait usage de gaz lacrymogènes samedi matin pour disperser un groupe de plusieurs centaines de personnes qui leur faisait face dans l'une des principales artères menant à la place Taksim, au coeur de la mégapole turque.

D'autres incidents ont éclaté autour de la place, moins violents que ceux qui l'ont embrasée la veille. Des petits groupes de manifestants ont riposté aux grenades lacrymogènes et aux canons à eau de la police par des jets de pierres, a constaté un journaliste de l'AFP.

 

Dizaines de manifestants blessés

Un calme précaire était revenu à la mi-journée, troublé par quelques tirs épisodiques de grenades lacrymogènes.

Des manifestants se heurtent à des policiers turcs, le 31 mai 2013 à Istanbul en marge d'une protestation contre le gouvernement [Gurcan Ozturk / AFP]
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Des manifestants se heurtent à des policiers turcs, le 31 mai 2013 à Istanbul en marge d'une protestation contre le gouvernement
 

D'autres échauffourées ont été signalées un peu plus tôt dans un autre quartier de la ville, Besiktas, lorsqu'un groupe de plusieurs centaines de personnes qui s'étaient rassemblées sur le versant anatolien de la ville pour rejoindre la place Taksim a traversé l'un des ponts qui enjambe le Bosphore et s'est retrouvé nez à nez avec la police.

Là aussi, la police a dispersé à grand renfort de gaz lacrymogènes la foule, qui a répliqué par des jets de pierre.

En fin de matinée, les grands axes menant à la place Taksim étaient barrés par d'importantes forces de police, a constaté un journaliste de l'AFP.

Au terme d'une journée et d'une nuit d'émeutes, cette place, célèbre pour être un des rendez-vous traditionnels de la contestation à Istanbul, et les rues environnantes étaient jonchées samedi matin de débris et leurs commerces n'ont rouvert leurs portes que très prudemment aux riverains et aux touristes.

Des dizaines de manifestants ont été blessés au cours des affrontements de vendredi, Amnesty International évoquant pour sa part "plus d'une centaine" de blessés.

 

Protestation politique

Les autorités n'ont donné aucun décompte précis. Vendredi en fin de journée, le gouverneur de la ville Huseyin Avni Mutlu s'est contenté d'indiquer que 12 personnes étaient toujours hospitalisées en fin de journée, dont une femme victime d'une fracture du crâne, et qu'au moins 63 personnes avaient été interpellées.

Des policiers anti-émeute dans les rues d'Istanbul, le 31 mai 2013 [Ozan Kose / AFP]
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Des policiers anti-émeute dans les rues d'Istanbul, le 31 mai 2013
 

Le mouvement est parti vendredi à l'aube avec l'intervention musclée de la police pour déloger quelques centaines de militants qui occupaient depuis trois jours le parc Gezi, sur la place Taksim, pour y empêcher le déracinement de 600 arbres dans le cadre d'un projet d'aménagement urbain très contesté.

Ameutés par les réseaux sociaux, les militants associatifs ont afflué pour prêter main forte aux manifestants et dénoncer la politique du gouvernement islamo-conservateur au pouvoir depuis 2002. Les affrontements se sont poursuivis jusqu'au petit matin.

"Les arbres, c'est juste la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Les gens en ont ras-le-bol de tout ce que ce gouvernement leur fait", a déclaré dans la nuit un jeune manifestant à l'AFP.

Dès vendredi soir, la contestation partie d'Istanbul s'est propagée à d'autres villes du pays, comme à Izmir (ouest), Antalya (sud) ou la capitale Ankara, où des incident sont opposé la police à des manifestants qui voulaient marcher sur le parlement.

Partout, les manifestants ont dénoncé la répression à Istanbul et accusé le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan d'atteintes aux libertés.

Des manifestants défient la police dans les rues d'Istanbul, le 31 mai 2013 [Gurcan Ozturk / AFP]
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Des manifestants défient la police dans les rues d'Istanbul, le 31 mai 2013
 

L'opposition politique a pris le relais de ces critiques en s'affichant avec les protestataires. Le président du Parti républicain du peuple (CHP), le principal rival du gouvernement, Kemal Kiliçdaroglu, a appelé M. Erdogan à retirer la police des rues d'Istanbul.

A l'appel des réseaux sociaux et du CHP, une manifestation de protestation est prévue samedi après-midi sur la rive asiatique d'Istanbul.

Si le revenu par habitant a triplé en Turquie depuis l'arrivée au pouvoir de son Parti de la justice et du développement (AKP) en 2002, M. Erdogan est accusé de dérives autoritaires et de vouloir "islamiser" la société turque.

La semaine dernière, le vote d'une loi restreignant la consommation et la vente d'alcool a ainsi suscité l'ire des milieux libéraux.

Muet sur ces événements depuis vendredi, le chef du gouvernement avait fait savoir mercredi qu'il ne reculerait pas. "Faites ce que vous voulez, nous avons décidé", avait-il lancé à ses détracteurs.

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