Grèce : durcissement des lois antiracistes

Des sympathisants du parti d'extrême droite Aube Dorée, à Athènes, le 11 juin 2012 [Andreas Solaro / AFP/Archives] Des sympathisants du parti d'extrême droite Aube Dorée, à Athènes, le 11 juin 2012 [Andreas Solaro / AFP/Archives]

Le renforcement prévu des lois antiracistes en Grèce tourne à la foire d'empoigne au sein du gouvernement et entre partis, illustrant les errements de la classe politique face à la flambée néonazie, suivis avec inquiétude de Bruxelles à Washington.

Au départ, l'objectif du ministère de la Justice, tenu par le petit parti de gauche Dimar au sein de la coalition gouvernementale, était simple: intégrer, avec un retard de trois ans, le cadre européen de lutte contre les comportements racistes et xénophobes, et donner un coup d'arrêt aux violences visant étrangers et minoritaires, impulsées et généralisées en Grèce par la mouvance néonazie du parti Aube Dorée.

Mais très vite, les contradictions internes à l'attelage gouvernemental et au parti conservateur du Premier ministre Antonis Samaras, Nouvelle-Démocratie (ND), ont fait capoter le projet de loi, prévoyant la remise à niveau d'un cadre législatif datant de 1979.

Résultat: deux propositions de lois sont désormais en concurrence, une tout juste mise au point par la ND, et celle de ses alliés socialistes (Pasok) et du Dimar, maintenue sur la base de la copie initiale proposée par le ministère de la Justice. Deux autres sont annoncées par l'opposition, émanant de la gauche radicale Syriza, et des populistes "Grecs indépendants".

Rassemblement de militants du parti d'extrême droite Aube Dorée, à Athènes, le 17 septembre 2005 [Louisa Gouliamaki / AFP/Archives]
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Rassemblement de militants du parti d'extrême droite Aube Dorée, à Athènes, le 17 septembre 2005
 

"Le risque est qu'aucun de ces projets ne passe, et que nous soyons totalement ridiculisés", a relevé pour l'AFP le porte-parole du Dimar, Andréas Papadopoulos.

Pour l'analyste politique Ilias Nikolakopoulos, le Premier ministre Samaras est ligoté par un "environnement d'extrême-droite" qui ne veut "pas bouger sur ce dossier". "Les bases électorales de la ND et d'Aube Dorée communiquent", note-t-il.

Or le parti néonazi est désormais crédité de la troisième place dans les intentions de vote, avec quelque 10% des voix, contre 7% lors de son irruption au parlement en mai 2012.

La ND s'est finalement ravisée en proposant ses propres mesures, relève M. Nikolakopoulos, car "les partenaires étrangers, Union Européenne, Etats-Unis et organisations juives, ont exercé une forte pression", alors que l'inquiétude monte à l'étranger face au délitement social d'un pays en pleine paupérisation pour cause de crise et d'austérité.

Conseil de l'Europe, Commission européenne et Congrès juif mondial ont déploré la semaine dernière les palinodies grecques, aux côtés d'ONG de défense des droits de l'homme.

Interpellé en outre par une figure de l'intelligentsia grecque, le poète Nanos Valaoritis, M. Samaras, a tenu jeudi à protester de son zèle, en appelant à l'unité "contre les nazis".

"Il y avait un risque que députés conservateurs et néonazis votent ensemble contre le texte Dimar-Pasok, cela aurait été intolérable", souligne M. Nikolakopoulos, prévoyant désormais des "marchandages" politiques en vue d'un compromis.

Une femme marche près d'un mur où sont inscrits des messages hostiles aux banques et aux nazis, dans une rue d'Athènes, le 7 novembre 2012 [Panayiotis Tzamaros / AFP/Archives]
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Une femme marche près d'un mur où sont inscrits des messages hostiles aux banques et aux nazis, dans une rue d'Athènes, le 7 novembre 2012
 

Qui s'engagent toutefois mal: la copie conservatrice "est dans la logique du +nous ne sommes pas racistes mais ce sont eux qui sont noirs+", a ironisé le Pasok.

"Entre temps, cette affaire profite à Aube Dorée", s'inquiète l'analyste.

Le projet de la ND introduit des peines de prison pour incitation à la haine et à la violence et pénalise pour la première fois le négationnisme, mais en excluant l'Etat (et donc ses serviteurs, policiers, enseignants...), ainsi que l'Eglise orthodoxe, non séparée de l'Etat, de la portée de ses dispositions.

"Le message, c'est que la légalité ne marche pas pour les migrants et les populations vulnérables, il n'y a aucune volonté politique pour répondre à la demande de protection des communautés immigrées", s'indigne Nicodème Maina Kiniua, un Grec d'origine kenyane du collectif Asante d'organisations africaines.

"Le projet de départ était plus satisfaisant", plus pédagogique et ciblant les nervis, avec aussi des mesures de protection pour les victimes, juge-t-il. Il accuse la gauche radicale du Syriza de lui avoir "donné le coup de grâce" en revenant sur sa première décision de le soutenir.

Le Premier ministre grec Antonis Samaras, le 23 mai 2013 à Athènes [Louisa Gouliamaki / AFP/Archives]
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Le Premier ministre grec Antonis Samaras, le 23 mai 2013 à Athènes
 

En matière d'homophobie, la ND propose aussi "un recul honteux", soit la suppression des dispositions actuelles contre les discriminations fondées sur l'orientation sexuelle, relève pour l'AFP Grigoris Vallianatos, militant homosexuel et des droits de l'homme.

"M. Samaras a compris que le pays avait des obligations internationales, mais il ne fait qu'un service minimum, en louchant vers l'extrême-droite", dénonce-t-il.

Au sein de la ND, les plus virulents à dénoncer dans la première mouture du projet une réforme superflue, ou liberticide, ont d'ailleurs été deux transfuges d'extrême-droite, Makis Voridis, issu du même moule extrémiste que le chef d'Aube Dorée, et Andonis Georgiadis, coéditeur dans les années 2000 d'un brûlot antisémite.

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