Iran : le dossier nucléaire, sujet de consensus pour la présidentielle

Des candidats à l'élection présidentielle iranienne, le 31 mai 2013 lors d'un débat télévisé à Téhéran [Mehdi Dehghan / AFP] Des candidats à l'élection présidentielle iranienne, le 31 mai 2013 lors d'un débat télévisé à Téhéran [Mehdi Dehghan / AFP]

Le programme nucléaire est un sujet de consensus pour les huit candidats à l'élection présidentielle iranienne, convaincus du droit légitime de Téhéran à l'énergie nucléaire civile même si certains divergent dans la manière de négocier avec les grandes puissances.

"Le résultat de l'élection présidentielle n'aura aucune influence sur le dossier nucléaire", a rappelé le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie nucléaire, Fereydoun Abbassi Davani, pour doucher les espoirs d'un changement éventuel de la part de Téhéran.

Depuis 2003, l'Iran est engagé dans des discussions parallèles avec l'agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et les grandes puissances, qui soupçonnent son programme nucléaire, et en particulier ses activités d'enrichissement de l'uranium, de cacher un volet militaire.

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 20 mars 2013 à Téhéran [ / Site internet du Guide suprême iranien/AFP/Archives]
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Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le 20 mars 2013 à Téhéran
 

Téhéran, signataire du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), dément et exige que son droit à l'énergie civile soit reconnu. Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a d'ailleurs affirmé que la bombe atomique était "haram" (interdit par la loi islamique).

Après dix ans de négociations infructueuses, la République islamique est sous le coup de plusieurs séries de sanctions de l'ONU, aggravées par un embargo financier et pétrolier des Etats-Unis et de l'Union européenne. L'économie iranienne, largement dépendante de l'or noir, a été sévèrement touchée, avec une inflation dépassant les 30% et une dévaluation de près de 80% de sa monnaie.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a lui-même douté vendredi que l'élection "change le calcul fondamental que fait l'Iran".

"Le dossier n'est pas entre les mains du nouveau président ou du président (Mahmoud Ahmadinejad). Il est entre les mains du guide suprême. C'est le guide suprême qui décide au bout du compte", a-t-il rappelé.

Intransigeance

Washington avait auparavant dénoncé le manque de transparence dans le processus de sélection des candidats, qui sont pour la plupart des fidèles du régime.

"Sans considération du candidat élu le 14 juin, les activités d'enrichissement de l'uranium se poursuivront sans peur des ennemis", a affirmé l'un des favoris du scrutin, Saïd Jalili.

Ce conservateur est depuis 2007 le chef intransigeant des négociateurs iraniens face aux grandes puissances réunies dans le groupe 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne), et conseiller spécial du Guide dans ce dossier.

L'ancien ministre des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati a assuré que l'Iran pouvait "résoudre cette question sans renoncer à la technologie nucléaire".

"Le guide suprême a dit de conserver (cette) technologie et celui qui est élu devra poursuivre cette politique", a souligné M. Velayati, actuel conseiller du Guide pour les affaires internationales.

Hassan Rohani, conservateur modéré et ancien négociateur nucléaire, candidat à l'élection présidentielle iranienne, le 1er juin 2013 à Téhéran [Atta Kenare / AFP]
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Hassan Rohani, conservateur modéré et ancien négociateur nucléaire, candidat à l'élection présidentielle iranienne, le 1er juin 2013 à Téhéran
 

Pour Hassan Rohani, conservateur modéré et ancien négociateur nucléaire sous la présidence du réformateur Mohammad Khatami, "l'enrichissement est notre droit légitime et les sanctions sont illégales".

C'est surtout l'intransigeance de M. Jalili qui est dénoncée par ses concurrents.

M. Velayati, fort de son expérience à la tête de la diplomatie (1981-1997), a égratigné M. Jalili, estimant que les négociateurs devaient "connaître la langue internationale pour que l'autre partie la comprenne".

"Jusqu'à présent les négociations ont mené à une intensification des sanctions", a affirmé le conservateur Mohsen Rezaï, appelant à un "changement d'orientation".

Un autre conservateur, Mohammad Bagher Ghalibaf, a assuré que s'il était élu, "le prochain gouvernement (poursuivrait) sa tâche mais de façon constructive, basée sur l'intérêt national et les valeurs révolutionnaires".

Pour Alireza Nader, chercheur au centre de recherches américain RAND corporation, "nous ne devons pas attendre grand-chose si l'un d'entre eux devient le prochain président".

Il faudra "voir si les pressions économiques sur l'Iran portent leurs fruits", ajoute-t-il, estimant qu'il "existe encore des chances que Khamenei soit plus flexible à cause de la pression".

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