Turquie : le gouvernement appelle au calme et s'excuse

Plus de 2.000 personnes ont été blessées lors des affrontements violents entre la police et les manifestants. [GURCAN OZTURK / AFP]

Le gouvernement turc a tenté mardi d'enrayer le mouvement de contestation sans précédent auquel il est confronté en présentant des "excuses" et en appelant les manifestants, désormais appuyés par des syndicats, à rentrer chez eux.

Au terme d'une nouvelle nuit de mobilisation et de violences marquée par la mort d'un deuxième manifestant dans le sud du pays, le vice-Premier ministre Bülent Arinç a reconnu les "légitimes" revendications des écologistes à l'origine de la fronde et invité les protestataires à mettre un terme à leur action.

"Je demande tous les syndicats, tous les partis politiques et à tous ceux qui aiment et pensent à la Turquie de le faire aujourd'hui", a lancé le porte-parole du gouvernement.

En l'absence de la principale cible des manifestants,le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, en tournée au Maghreb jusqu'à jeudi, M. Arinç, qui sortait d'un entretien avec le président Abdullah Gül, a dispensé des paroles apaisantes.

D'abord, il a présenté ses "excuses" aux très nombreux blessés civils, à l'exception toutefois de "ceux qui ont causé des dégâts dans les rues et tenté d'entraver les libertés des gens". Comme il l'avait déjà fait samedi, le vice-Premier ministre a regretté l'usage abusif des gaz lacrymogènes par la police, "qui a fait déraper les choses".

Un geste qui n'a pas convaincu les contestataires. "Cette excuse, c'est pour limiter la casse et parce qu'ils sont coincés", a jugé le porte-parole de la Confédération des syndicats du secteur public (KESK), Baki Cinar, qui a exigé l'abandon du projet immobilier qui a déclenché le mouvement et la démission des responsables de la police.

Sur un plan plus politique, M. Arinç a également assuré que son gouvernement "respecte (...) les différents modes de vie" des citoyens turcs.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan (G) parle au vice-Premier ministre Bülent Arinç, le 25 février 2012 à Ankara [Adem Altan / AFP/Archives]
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Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan (G) parle au vice-Premier ministre Bülent Arinç, le 25 février 2012 à Ankara
 

Depuis le début de la contestation vendredi, les manifestants accusent M. Erdogan de dérives autoritaires et de vouloir "islamiser" la Turquie laïque.

"Nous n'avons pas le droit ou le luxe d'ignorer le peuple, les démocraties ne peuvent pas exister sans opposition", a souligné M. Arinç en promettant que son gouvernement avait "retenu la leçon" de ces événements.

Son discours a tranché avec l'intransigeance affichée depuis vendredi par le chef du gouvernement qui, sûr de son poids politique dans le pays, a renvoyé ses détracteurs aux élections locales de 2014.

Volontiers provocateur, M. Erdogan a même jugé lundi depuis Rabat que la situation était "en train de revenir au calme". "A mon retour de cette visite (ndlr: au Maghreb, jeudi), les problèmes seront réglés", a-t-il lancé.

Violences

La main tendue du gouvernement intervient alors que le bras de fer entre la rue et le pouvoir s'est élargi mardi avec l'entrée en grève de la KESK, timidement suivie. Cette centrale sera mercredi suivie par la Confédération syndicale des ouvriers révolutionnaires (DISK), qui revendique 420.000 membres, pour une mobilisation annoncée comme nettement plus importante, avec des manifestations dans tout le pays.

Après la mort dimanche d'un jeune homme percuté par une voiture lors d'une manifestation à Istanbul, un deuxième protestataire âgé de 22 ans a été tué lundi soir dans un rassemblement à Hatay (sud-est) de plusieurs "coups de feu tirés par une personne non identifiée", a annoncé le gouverneur de la ville, Celalettin Lekesiz.

Le premier rapport d'autopsie rendu public par le procureur a toutefois jeté le doute sur les circonstances de sa mort, assurant n'avoir pas identifié de traces de balles.

Si la situation était calme mardi à la mi-journée, de violents affrontements ont encore opposé dans la nuit la police et les manifestants à Istanbul, Ankara ou Izmir (ouest), faisant de nombreux blessés.

Un protestataire bras levés, lors d'une manifestation à Ankara devant les bureaux du Premier ministre, le 4 juin 2013 [Marco Longari / AFP]
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Un protestataire bras levés, lors d'une manifestation à Ankara devant les bureaux du Premier ministre, le 4 juin 2013
 

Au coeur de la protestation, l'emblématique place Taksim, dans le centre d'Istanbul, a une nouvelle fois été occupée une bonne partie de la nuit de lundi à mardi par des milliers de manifestants qui, bannières rouges au vent, ont réclamé le départ du chef du gouvernement aux cris de "Tayyip, démission !"

Signe de l'inquiétude des marchés financiers face à la persistance de la crise, la Bourse d'Istanbul a dégringolé de 10,47% lundi. Son principal indice a toutefois rouvert mardi en hausse de près de 3% à l'ouverture.

Hormis les deux personnes décédées dimanche et lundi, les violences des quatre derniers jours ont fait plus de 1.500 blessés à Istanbul et au moins 700 à Ankara, selon les organisations de défense des droits de l'Homme et les syndicats de médecins.

 
 

La brutalité de la répression, largement évoquée sur les réseaux sociaux turcs, a suscité de nombreuses critiques dans les pays occidentaux, notamment aux Etats-Unis, en France et au Royaume-Uni.

Une porte-parole du Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, Mme Navy Pillay, a demandé à la Turquie de mener une enquête "rapide, complète, indépendante et impartiale" sur "les policiers qui auraient violé la loi et les standards internationaux des droits de l'Homme".

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