Au Kurdistan irakien, l'espadrille traditionnelle a le vent en poupe

Un Kurde dans son atelier de fabrication de "klash", la traditionnelle espadrille kurde, à Halabja, au Kurdistan irakien, le 16 mars 2013 [Ali al-Saadi / AFP] Un Kurde dans son atelier de fabrication de "klash", la traditionnelle espadrille kurde, à Halabja, au Kurdistan irakien, le 16 mars 2013 [Ali al-Saadi / AFP]

Bahjat Majid est assis en tailleur dans son minuscule atelier d'Halabja au Kurdistan irakien. Entre les pots de colle et les rebuts de coton, il vient de finir une nouvelle paire de "klash", la traditionnelle espadrille kurde qui sied aussi bien à la marche en ville qu'en montagne.

La "klash" est connue pour sa résistance. Sa semelle d'environ 1 cm d'épaisseur est faite en cuir, la partie supérieure est en coton et laine tressés à la main par les femmes d'Halabja, une région montagneuse proche de la frontière iranienne à environ 250 km au nord de Bagdad.

"Cela fait 15 ans que je fais cela. Je pense qu'il n'y a pas de plus beau métier. Je fabrique un symbole de la culture traditionnelle kurde. C'est merveilleux", explique Bahjat Majid, 34 ans.

D'un doigt expert il passe un fil de coton entre ses orteils avant de le faire remonter sur une machine qui l'enroule pour le mettre en forme. Cette partie ira garnir le fond de la chaussure.

A quelques mètres de l'atelier de Bahjat Majid, Ikram Moustafa tente de convaincre un client d'acquérir une nouvelle paire de "klash". Dans ses rayons, une paire coûte entre 40.000 et 75.000 dinars, soit entre 33 et 62 dollars.

Un Kurde essaie une "klash", la traditionnelle espadrille kurde, dans un atelier à Halabja, au Kurdistan irakien, le 16 mars 2013 [Ali al-Saadi / AFP]
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Un Kurde essaie une "klash", la traditionnelle espadrille kurde, dans un atelier à Halabja, au Kurdistan irakien, le 16 mars 2013
 

C'est par hasard qu'Ikram Moustafa s'est mis à vendre ces chaussures, lorsqu'il s'est retrouvé au chômage il y a 16 ans. Depuis, son "amour" pour les espadrilles kurdes n'a cessé de croître.

"J'aime ces chaussures même si elles ne rapportent pas beaucoup. Et puis je ne les vends pas toute l'année", souligne-t-il.

Le berceau de la "klash" se trouve dans la région montagneuse de Horaman, à cheval sur l'ouest de l'Iran et le nord-est de l'Irak.

Dans la région on parle le Horami, l'un des cinq dialectes kurdes. L'arboriculture y constitue la source de revenus principale, à laquelle se greffe l'industrie de la "klash".

En Irak, Halabja est aussi dans toutes les mémoires pour l'attaque au gaz perpétrée contre la population civile par les troupes de Saddam Hussein en mars 1988. Quelque 5.000 personnes avaient péri.

Selon la légende, Zoroastre, fondateur de la religion du même nom, aurait été le premier à porter des "klash".

Un Kurde fabrique une "Klash", la traditionnelle espadrille kurde, dans un atelier à Halabja, dans le Kurdistan irakien, le 16 mars 2013 [Ali al-Saadi / AFP]
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Un Kurde fabrique une "Klash", la traditionnelle espadrille kurde, dans un atelier à Halabja, dans le Kurdistan irakien, le 16 mars 2013
 

Aujourd'hui, les jeunes Kurdes réservent la "klash" pour des occasions spéciales, par exemple à Norouz, la grande fête du Nouvel An pour les peuples de la région.

Mais Abou Baker, depuis son échoppe du marché de Halabja, assure que le Kurdistan n'a pas l'exclusivité du port de la "klash".

"Toute l'année nous recevons des commandes de l'étranger ou de Kurdes qui veulent offrir ces chaussures à des amis qui vivent à l'étranger", déclare-t-il, tout en précisant que la "klash" s'exporte aussi bien vers d'autres contrées à l'intérieur de l'Irak.

La "klash" peut être blanche, bleue ou rouge ou arborer les trois couleurs à la fois. Chaque "klash" est faite sur un seul modèle. D'où sa particularité: chaque chaussure va aussi bien au pied droit qu'au pied gauche.

"Certains sont fiers ici de leurs chaussures faites avec du matériel importé, mais la +klash+ est kurde et rien d'autre. Ca n'est pas une imitation", martèle Abou Baker.

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