Turquie : contre-offensive d'Erdogan

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le 7 juin 2013 à Istanbul [ / AFP] Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le 7 juin 2013 à Istanbul [ / AFP]

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a lancé dimanche la contre-offensive contre les manifestants qui réclament depuis dix jours sa démission en mobilisant ses troupes et en prévenant que sa patience avait "des limites".

Alors que des milliers de protestataires ont une nouvelle fois occupé la rue à Istanbul, Ankara ou Izmir (ouest), le chef du gouvernement a renoué avec sa rhétorique offensive contre les "pillards" et les "extrémistes".

Tout au long de la journée, il a multiplié les discours télévisés devant des foules de partisans réunis par son Parti de la justice et du développement (AKP) pour occuper l'espace médiatique, un enjeu vital dans l'affrontement qui l'oppose aux manifestants qui défient son autorité.

A son arrivée en fin de journée à Ankara, M. Erdogan a laissé paraître son impatience devant la persistance de la contestation. "Nous restons patients, nous sommes toujours patients, mais notre patience à des limites", a-t-il menacé.

"Nous ne rendrons pas de comptes à des groupes marginaux mais devant la nation (...) la nation nous a amenés au pouvoir et c'est elle seule qui nous en sortira", a-t-il poursuivi devant la foule qui scandait "La Turquie est fière de toi".

Des protestataires turcs manifestent à Ankara, le 9 juin 2013 [Marco Longari / AFP]
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Des protestataires turcs manifestent à Ankara, le 9 juin 2013
 

Il a donné rendez-vous à ses adversaires aux élections municipales de mars 2014. "Soyez patients encore sept mois au lieu d'occuper (le parc) Gezi (à Istanbul) ou (le parc) Kugulu (à Ankara)", a lancé M. Erdogan. "Vous parlez de démocratie, de libertés et de droits, mais vous ne les obtiendrez pas par la violence mais par la loi".

Un peu plus tôt, il avait demandé à ses troupes réunies à Adana (sud) de donner à la jeunesse qui conteste son pouvoir à Istanbul, Ankara et dans plusieurs villes de Turquie "une première leçon par des voies démocratiques, dans les urnes".

Depuis le début du mouvement, les manifestants accusent le chef du gouvernement, leur principale cible, de dérive autoritaire et de vouloir islamiser le pays.

Parallèlement aux diatribes du Premier ministre, des dizaines de milliers de manifestants occupaient à nouveau la place Taksim d'Istanbul pour un concert-meeting où les harangues anti-Erdogan ont succédé aux chansons assourdissantes et aux slogans "gouvernement, démission !" repris par la foule.

A Ankara, plusieurs milliers de personnes était également rassemblé place Kizilay, le coeur de la contestation dans la capitale, tandis qu'à Izmir (ouest), des milliers de manifestants descendaient dans la rue, selon des photographes de l'AFP.

 

Épreuve de force

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le 7 juin 2013 à Istanbul [ / AFP]
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Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, le 7 juin 2013 à Istanbul
 

Taksim et le petit parc Gezi, dont la destruction annoncée a lancé la fronde le 31 mai, avait enregistré samedi soir sa plus forte affluence depuis le début du mouvement, dopée par la présence de milliers de supporteurs des clubs de football rivaux de la ville, Galatasaray, Fenerbahçe et Besiktas, réconciliés pour l'occasion.

Buse Albay, une architecte de 25 ans, a promis de rester sur la place "aussi longtemps qu'il faudra", jusqu'à la démission de M. Erdogan. "Les gens veulent leur liberté et ils le disent", a-t-elle ajouté.

A Ankara, de violents affrontements ont éclaté dans la nuit de samedi à dimanche lorsque la police est intervenue avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour empêcher des manifestants de marcher sur le Parlement.

Selon les médias turcs, des échauffourées ont également été signalées à Adana (sud) à l'issue d'une manifestation entre opposants et partisans du Premier ministre.

Ces incidents et la stratégie de la confrontation à nouveau adoptée par M. Erdogan dimanche, à la faveur de son déplacement à Adana, suscitent questions et inquiétudes sur la suite du mouvement et les risques d'escalade entre les deux camps.

Le prix Nobel de littérature Orhan Pamuk, une voix respectée en Turquie, a lui-même confié son désarroi après plus d'une semaine d'une contestation sans précédent depuis l'arrivée au pouvoir de l'AKP en 2002.

 
 

L'AKP a d'ores et déjà prévu d'organiser deux réunions publiques de masse samedi prochain à Ankara et le lendemain à Istanbul, officiellement pour lancer sa campagne pour les élections municipales de l'an prochain. Une nouvelle occasion pour le Premier ministre de répondre aux dizaines de milliers de Turcs qui le narguent, souvent bière à la main, devant les caméras du monde entier.

La vague de contestation qui secoue depuis dix jours la Turquie a affaibli son gouvernement, critiqué par des alliés clés comme les Etats-Unis ou l'Union européenne pour la brutalité de la répression policière.

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